La Fondation propose un cycle de films consacré au réalisateur français Jacques Feyder, qui a influencé toute une génération de cinéastes allant de Jean Grémillon à Germaine Dulac en passant par Abel Gance. La filmographie de la période muette du cinéaste révèle une œuvre rigoureuse et sensible, caractérisée par une volonté d’exploration de l’âme humaine et des territoires.
Acteur, puis réalisateur
Feyder débute comme comédien de théâtre et, dès
1912, joue de petits rôles au cinéma.
En 1915, il remplace au pied levé le réalisateur et termine le tournage de Monsieur
Pinson, policier à la grande satisfaction de Léon Gaumont qui lui offre
l’opportunité de réaliser de nombreux films comiques pour la firme de 1916 à
1919, comme l’intrépide exercice de style Têtes de femmes… femmes de
tête ou Le Pied qui étreint.
En 1921, il adapte le roman à succès de Pierre
Benoît L'Atlantide, qu’il tourne en décors naturels dans le
Sahara algérien. Le succès phénoménal du film lui confère une reconnaissance publique et
professionnelle immédiate. En 1922, il porte à l’écran la nouvelle d’Anatole
France Crainquebille, critique de l’institution judiciaire, en accordant
une profonde humanité au personnage interprété par Maurice de Féraudy.
Départ pour les États-Unis
En
1923, Visages d'enfants, d’après un scénario écrit par le cinéaste et
tourné en Suisse, dans le Haut-Valais, est une âpre peinture de mœurs, un drame
au style retenu qui, malgré sa justesse et la beauté des prises de vues, ne
retiendra pas l’attention du public, tout comme son film suivant L’Image.
Fragilisé par ces déconvenues, Feyder s’associe en 1925 au producteur
russe installé en France Alexandre Kamenka qui favorise d'heureuses rencontres,
notamment celles avec le décorateur Lazare Meerson. Il créé les fabuleux décors
de style Art Déco de Gribiche, adapté d’une nouvelle écrite pour
le cinéma par Frédéric Boutet.
En 1926, Kamenka engage la chanteuse et
comédienne espagnole Raquel Meller, célèbre pour son interprétation de la
chanson La Violettera et pour le film d’Henry Roussel Violettes
Impériales (1924). Elle veut incarner Carmen sous la
direction de Feyder mais les relations entre le cinéaste et la comédienne sont
tendues, leur vision du personnage diverge.
Avant son départ pour les États-Unis,
Feyder tourne Les Nouveaux Messieurs, adaptation d’une pièce de
boulevard de Robert de Flers et Francis de Croisset, comédie satirique qui
raille, à travers les fréquentations amoureuses d’une jeune danseuse, les mœurs
politiques françaises. Sous contrat avec la MGM, il réalise à Hollywood The
Kiss avec Greta Garbo, Conrad Nagel et le jeune premier Lew Ayres. Dernière
œuvre muette du cinéaste et de la MGM, The Kiss n’en est pas
moins un ultime gage de virtuosité. Après quelques autres films américains, dont Day Break
et Son of India en 1931, Feyder revient en Europe où il réalise les
œuvres qui vont parfaire sa renommée : Le Grand Jeu, Pension
Mimosa et La Kermesse héroïque.