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Une balade sur les pas de Sidonie devenue Colette

Mise à jour le 08/06/2020
De nombreux écrivains et poètes ont laissé leurs empreintes dans des quartiers parisiens. Parmi ces intellectuels, Colette, une des pionnières du féminisme, à la fois journaliste, danseuse de pantomime et écrivaine au style inimitable.
Capitale de ses amours libres, théâtre de ses romans et de sa vie, Paris révèle Colette en femme affranchie. Quand en 1889, certificat d’études en poche, Colette fait son premier voyage pour la capitale, la jeune femme aux tresses infinies s’appelle encore Sidonie Gabrielle. Elle n’a pas déjà fait du nom de son père, le capitaine Colette, son nom de femme de lettres.

Son premier appartement parisien

À 20 ans, elle laisse derrière elle sa Puisaye natale pour épouser le corpulent Henry Gauthier-Villars, dit Willy, et le suivre à Paris. Les tourtereaux établissent leur nid au troisième étage du 28, rue Jacob (6e).
Colette en garde un souvenir vivace, plusieurs fois traduit dans ses romans. « Sombre, attrayant comme sont certains lieux qui ont étouffé trop d’âmes, je crois que ce petit logement était très triste. Je le trouvais pourtant agréable », écrit-elle dans Mes apprentissages (1936).
Colette (1873-1954), écrivain français, à 13 ans.
Colette (1873-1954), écrivain français, à 13 ans.
© Roger-Viollet

Ses débuts d’écrivain : la série des « Claudine »

Willy l’introduit dans les salons littéraires et musicaux de la capitale. Et comme l’argent vient à manquer, il incite sa femme à raconter ses souvenirs d’enfance.
Fureur et scandale : Colette écrit son premier roman Claudine, que Willy signe de son nom. Le jeune ménage, point de mire du Tout-Paris, se rapproche du quartier des théâtres, rue de Courcelles (17e), adresse plus propice à la vie mondaine parisienne. Colette poursuit la série des Claudine dans l’ombre de son mari : La Maison de Claudine, Claudine à Paris, Claudine en ménage, Claudine s’en va

Colette, une femme libre

Ses débuts au music-hall

Colette aussi s’en va. En 1906, elle s’émancipe de Willy et s’affranchit de la morale. La voilà jouant la pantomime au music-hall. Ses tenues très dévêtues font fureur au théâtre Marigny (8e), au Moulin-Rouge (18e), au Bataclan (11e)… Et sa liaison avec sa partenaire Mathilde de Morny, dite Missy, fait scandale.

Journaliste, écrivain, engagée…indépendante !

Qu’importe, Paris offre à Colette toutes les libertés. Après la scène, elle reprend la plume. La première œuvre à être signée du seul nom de Colette, Le Blé en herbe paraît en 1923, confirmant le succès de l’auteur de Chéri.
Sous le nom de Colette Willy, la romancière se fait connaître par ses Dialogues de bêtes (1904) ou La Vagabonde (1910). Elle est aussi journaliste pour Le Matin, La Vie parisienne, Marie-Claire, ou encore Paris-Soir. Les billets de Colette sont des petits bonheurs d’écriture. Elle raconte le courage des mères pendant la Grande Guerre ou encore plaide pour que les pigeons de Paris soient nourris pendant l’hiver…
Colette (1873-1954), écrivain français, en 1939.
Colette (1873-1954), écrivain français, en 1939.
© Laure Albin Guillot/Roger-Viollet

« Chéri » adapté au cinéma

Roman de Colette publié en 1920, Chéri est adapté au cinéma en 2009 par Stephen Frears. Michelle Pfeiffer y tient le rôle principal de Léa de Lonval. Le lieu du tournage ? Paris, bien sûr !
On y retrouve l’hôtel particulier Mezzara (16e), au balcon duquel Léa se remémore les temps heureux passés aux côtés de Chéri, mais aussi la place Colette (1er), à côté du Palais-Royal cher à l’écrivaine, ou encore l’église du Val-de-Grâce (5e), devenue dans le film « église Saint-Étienne-du-Mont », où Chéri épouse Edmée.

La dame du Palais Royal

Après deux mariages, la naissance de sa fille dite « Bel Gazou » et quinze déménagements parisiens, Colette devient la dame du Palais-Royal, au 9, rue de Beaujolais (1er). Elle occupe d’abord l’entresol puis l’« étage noble », au premier.

Première femme lauréate, présidente de l’académie Goncourt

Ses fenêtres donnent sur les jardins du Palais-Royal.
« Le type du jardin pour grandes personnes, c'est le Palais-Royal. Ravagé par les jeux et le séjours des enfants, il comporte peu d'attraits pour ceux-ci. Point de sable ni de gravier, la terre battue la plus ingrate, un sol interdit à l'arrosage - seules les plates-bandes et les pelouses ont le droit d'être abreuvées, et le jardinier les soigne avec amour -, notre "cour" n'est lentement et séculairement imprégnée que des pluies, de l'urine canine et des déjections humaines, disons enfantines pour atténuer un peu.» Colette - Le Fanal bleu
Dans son écriture riche en couleurs où elle brouille régulièrement les frontières de sa vie et la fiction, Colette dépeint son « palais » dans Le Fanal bleu (1949). Avec Cocteau, en voisin, ils fréquentent les restaurants du quartier, Le Grand Véfour, comme la très chic galerie Vivienne (2e). Au n°45, la librairie Petit Siroux, aujourd’hui Jousseaume, est le repaire de l’écrivaine devenue première femme lauréate et présidente de l’académie Goncourt.

L’arthrose, le « lit-radeau »

Immobilisée sur son « lit-radeau » par une arthrose de la hanche, Colette s’éteint doucement. En 1954, l’âme du Palais-Royal n’est plus… Sur le balcon de son ancienne chambre, un « C » gravé s’entrecroise avec un soleil. « Joyau tout en or » comme la considérait sa mère, Colette témoigne dans son autobiographie En pays connu (1949) que « quarante-cinq ans de Paris n’ont pas fait de moi autre chose qu’une provinciale en quête, sur vingt arrondissements et deux rives de fleuve, de sa province perdue… ».

Une plaque commémorative en hommage à Colette
Une plaque commémorative en hommage à Colette
François Grunberg / Ville de Paris
« Au lieu d'aborder des îles, je vogue donc vers ce large où ne parvient que le bruit solitaire du cœur, pareil à celui du ressac. Rien ne dépérit, c'est moi qui m'éloigne, rassurons-nous. Le large, mais non le désert. » - Le Fanal bleu, S. Gabrielle Colette.

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