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Nouveau look pour le musée Albert-Kahn

Mise à jour le 05/04/2022
Après cinq années de travaux, le musée Abert-Kahn à Boulogne-Billancourt rouvre ses portes dans un écrin magnifique. Consacré à l'œuvre philanthropique du banquier, le site se compose à la fois d'un musée de photographies et de films exceptionnels, et d'un splendide jardin patrimonial de scènes paysagères.
Créé dans les années 80 pour valoriser l'action d'Albert Kahn, banquier humaniste qui mit sa fortune au service de la connaissance, le musée, tant renommé pour son jardin que pour ses collections, avait grand besoin de faire peau neuve. La valorisation des trésors qu'il recèle appelait un projet architectural, muséal et paysager de grande envergure, et la métamorphose est impressionnante : l'ancien bâtiment entièrement détruit a laissé place à ce qui, depuis la rue, ressemble à un monumental vaisseau futuriste paré de longues pliures métalliques ; une enceinte qui protège et révèle à la fois, laissant apparaître, à la nuit tombée, les lumières du musée entre les lames laquées, comme une lanterne. Mais ne restons pas à la porte…

L'œuvre d'Albert Kahn, banquier iconoclaste

La matière artistique exposée par le musée, son fonds d'œuvres, est une exceptionnelle somme d'archives picturales sur la vie au début du vingtième siècle en France, mais aussi et surtout dans le monde entier, observée avec un œil occidental avide de savoir et de découvertes culturelles : des individus, des paysages, des monuments, des traditions, et des architectures souvent lointaines, parfois vues comme exotiques depuis l'Occident, mais montrées avec une forme de pudeur et de sobriété. C'est ainsi une volonté "d'échantillonner" le monde, d'en donner une représentation la plus riche et exhaustive possible, qui guida toute l'œuvre dite philanthropique d'Albert Kahn.
Né Abraham Kahn le 3 mars 1860, à Marmoutier dans le Bas-Rhin, dans une famille appartenant une petite communauté de commerçants juifs, il monte à Paris à 16 ans. Sa perspicacité et sa combativité lui font rapidement gravir les échelons de la banque dans laquelle il entre comme simple commis. En quelques années, de 1889 à 1893, il bâtit une fortune en spéculant tout d’abord sur les mines d’or et de diamants d’Afrique du Sud, collabore à des syndicats de placement dans des projets industriels ou des emprunts internationaux, puis monte sa propre banque en 1898. Il a alors 38 ans.
Il se lance alors dans la création de son projet philan­thropique. S’intéressant aux questions politiques et sociales qui traversent son époque, il cherche à mettre en place des lieux de réflexion et de débat. A travers diverses fondations, Kahn milite pour le rapprochement entre les peuples, et cherche à appréhender l’humanité dans sa complexité (biologique, sociologique, politique, économique, géographique…). Il lance à partir de 1909 son projet d’inventaire visuel du monde, "Les Archives de la Planète", après un épisode "inspirant" : le voyage autour du monde qu’il effectua en 1908-1909, et qui est par ailleurs le sujet de la première exposition temporaire du musée à l'occasion de sa réouverture.

La collection d'autochromes, richesse du musée

Pour construire cette collection d'images, Kahn envoie ses "opérateurs photographiques" à travers le monde, qui reviennent de leurs voyages avec des clichés qui constituent aujourd'hui la richesse inestimable du musée : une collection de près de 70 000 autochromes (un procédé photographique sur verre destiné à la projection ou à la consultation sur visionneuse), ainsi que de nombreux films et photographies en noir et blanc. Si leur tâche de "figurer le monde" peut sembler immense et fastidieuse, l'œil des opérateurs est aiguisé, leur sens du cadrage solide, et leurs rigoureuses typologies non dénuées de valeur artistique, en plus de leur évident intérêt culturel et scientifique.
Vu la profusion de la masse documentaire ainsi accumulée, il n'est bien sûr pas possible de mettre en valeur la totalité des collections du musée. Le choix a été fait, au rez-de-chaussée, d'en présenter des extraits à travers un mur d'autochromes choisis de façon aléatoire, qui donne un aperçu saisissant de sa variété. L'aménagement intérieur du bâtiment dessiné par l'architecte japonais Kengo Kuma, ses volumes, ses plafonds striés de longues lattes de bois, ainsi que la scénographie faite de dispositifs interactifs sophistiqués, donnent à la collection tout l'éclat qu'elle mérite, tandis que quelques détails domestiques rappellent aux visiteurs que le parcours s’effectue dans la propriété du mécène.
L'idée force du nouveau musée semble autant être l'exposition de ces archives documentaires exceptionnelle, que de mener une réflexion sur la notion d'archives photographiques : sur la façon dont elles ont été créées, constituées, conservées, et dont on peut en extraire l'essence de la façon la plus appropriée pour toucher un large public. Une réflexion qui se poursuit dans le jardin jalonné de plusieurs pavillons eux-aussi rénovés à l'occasion de cette réouverture, qui reviennent sur le travail à la fois des photographes, mais aussi sur la manière dont leur travail est traité et archivé.

Une architecture en harmonie avec son environnement

Pour offrir un écrin à la mesure des collections mais aussi en symbiose avec le jardin paysager, Kengo Kuma s’est inspiré de la relation particulière d’Albert Kahn avec le Japon, où ses opérateurs firent de nombreux voyages. Le projet architectural met en scène le rapport du dehors et du dedans, de la ville, du musée et du jardin. Kuma fait de ce lien entre culture et nature apprivoisée le cœur de son projet d’extension du musée et de la recomposition des quatre bâtiments patrimoniaux qui ponctuent le parcours de la visite.
Une fois passée l’entrée, le vocabulaire architectural change, avec un jeu d’écrans, de résilles de lattes de pin et d’aluminium, de passerelles qui rythment la façade intérieure et la relie au jardin. Dans les murs, chaque ouverture est un cadrage. Le regard traverse les hautes parois vitrées et se plonge déjà dans la prairie douce du jardin anglais. Des lignes longitudinales dynamiques se répondent, des lattes du plancher aux gradins, jusqu’au plafond à lamelles de bois infinies, renforcées par des effets miroir.
Le projet instaure un dialogue entre bâtiment et jardin au travers d’un élément emprunté à l’architecture traditionnelle japonaise : l’engawa, espace limitrophe entre intérieur et extérieur. La réinterprétation de cet élément qui se développe sur l’ensemble des bâtiments rénovés permet de tisser un lien entre les différents éléments du site et de conférer une identité à l’ensemble. L’écho sériel des matériaux – bois, bambou, métal – dans chacun des espaces renforce encore cette cohérence d’ensemble.

Le Jardin patrimonial

L’une des singularités de l’œuvre d’Albert Kahn est ainsi la complémentarité des collections végétales et des collections d’images, reflet de l’intérêt qu'il portait à la question du vivant. Elle s’incarne en premier lieu dans le jardin de sa propriété boulonnaise, témoignage exceptionnel de l'art horticole au tournant du XXe siècle et miroir sensible de son projet scientifique. Par son caractère unique et sa notoriété mais aussi par son accessibilité à tous les publics, le jardin représente un point d’entrée idéal dans les collections et le projet de Kahn.
Les travaux de rénovation ont été l'occasion d'agir sur la mise en lumière scénographique du site en valorisant les scènes paysagères du jardin. Son objectif : dessiner un tracé lumineux pour border le futur cheminement des visiteurs entre les bâtiments. Des éléments marquants du jardin bénéficient également d’un éclairage accentué, certaines façades ou parties de bâtiments qui jalonnent le parcours se trouvant rehaussées grâce à un éclairage minimaliste qui valorise le bâti sans prendre le dessus sur le jardin environnant.
La partie du jardin appelée "la Grange vosgienne" met par ailleurs en perspective les savoir-faire des jardiniers à l’époque d’Albert Kahn et les modes de gestion écoresponsable d’un jardin patrimonial. Un triptyque vidéo retrace l’histoire du jardin et les enjeux de ce site exceptionnel. Un herbier photographique magnifie quant à lui la richesse botanique et la spécificité des végétaux qui composent les sept scènes paysagères.

La photographie et le voyage à travers le temps

Une belle exposition temporaire inaugure la réouverture du musée. "La traversée des images, d’Albert Kahn à Curiosity" embarque les visiteurs dans une traversée des collections. Le parcours explore ainsi les représentations du voyage et les figures du voyageur à travers la photographie et le film, du début du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Dans chacune de ces séquences, le parcours d’exposition établit un dialogue entre des images peu connues, voire inédites des collections du musée, des prêts d’institutions partenaires, et les travaux d’artistes contemporains.
Au cœur du parcours de l'expo figure le voyage autour du monde qu'Albert Kahn effectua au tournant du 20e siècle, en 1908-1909. C’est au retour de ce voyage que sera donné le coup d’envoi des Archives de la Planète, cœur historique des collections du musée. L’exposition se déploie autour du noyau constitué par les images de ce périple : près de 4 000 plaques stéréoscopiques et 2 000 mètres de pellicule réalisées par Albert Dutertre, le jeune chauffeur-mécanicien qu’Albert Kahn a chargé de documenter le voyage.
Parmi les œuvres exposées, une grande importance est donnée aux clichés rapportés par les "boursiers" d'Albert Kahn. En effet, le projet d'archive visuelle documentaire s’inscrit lui-même dans un projet plus global initié en 1898, avec les Bourses de Voyages Autour du Monde, données à l’Université de Paris, qui accordèrent à de jeunes agrégés un financement afin qu’ils réalisent un voyage de quinze mois dans un pays étrangers.

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Si le jardin patrimonial apparaît encore un peu vert à ce jour, il devrait au fil du printemps donner sa pleine mesure, et laisser éclater toutes les infinies nuances de ses couleurs, pour offrir une promenade féérique au gré de ses allées sinueuses. Quant au parcours muséal, s'il peut sembler un brin frustrant en ne permettant d'accéder qu'à une partie des trésors des collections, sa scénographie moderne et élaborée dans un bâtiment magnifique, soigné jusque dans ses moindres détails, invite à une déambulation voyageuse et rêveuse ; au cœur de la ville, un moment suspendu dans le temps, entre art, architecture et nature.
Musée départemental Albert Kahn
2 rue du Port, 92100 Boulogne-Billancourt
Ouvert du mardi au dimanche, de 11H à 19H
Entrée de 5 à 8 euros

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