Cette nouvelle conversation "Dans l'intimité de la recherche" réunira Valeria De Luca, autrice de l'ouvrage "Le Tango argentin. Gestes, formes, sens", maître de conférences en sciences du langage et sémiotique à l’Université de Limoges, et Luca Greco, professeur de linguistique à l'Université de Lorraine.
Comment serait-il possible de « sémiotiser » la danse ? En quoi
consisterait cette opération de la pensée ? Quelle serait l’apport de la
sémiotique aux savoirs chorégraphiques ?
À partir du tango argentin, l’ouvrage Le Tango argentin. Gestes, formes, sens paru aux Presses universitaires de Liège veut
répondre à ces questions et analyser « … cette façon de se fendre, de
se tourner soudain, ce contraste d’impétuosités, de sauvageries
elliptiques, de rêves langoureux ;… » (de la Serna, 1993, Interprétation
du Tango, 45. ). Car pour tous les écrivains poètes, émigrés, musiciens
et marlous du Rio de la Plata, le tango - comme le reprend de la Serna
de Discépelo- « C’est une pensée triste qui se danse » (id. : 53).
L'ouvrage
Le caractère sémiotique de la danse, à savoir sa capacité de produire
et de stabiliser des configurations de sens spécifiques, s’est avéré
problématique dans la tradition structurale aussi bien du point de vue
théorique que méthodologique. Pourtant, en dépit de la qualité éphémère
du geste dansant, la variété et les attestations de ses manifestations
sémiotiques ne font nul doute. Le tango argentin est dans ce sens
emblématique, car il se déploie sur plusieurs niveaux d’appréhension
sémiotique: le corps dansant, des pratiques sociales, des institutions,
des imaginaires culturels et identitaires.
Dans cette perspective, l’ouvrage analyse le tango argentin à partir
de la constitution de l’acte de danse en ceci qu’il est indissociable de
la pratique du bal. Ainsi, il propose une approche sémiogénétique du
tango, qui tient compte de ses multiples niveaux de manifestation et de
leur dynamique. Du point de vue méthodologique, l’imbrication des
traditions post-structurales et morphogénétiques permet de concevoir un
modèle plus général du geste dansant qui puisse s’appliquer à d’autres
danses à vocation «pratique». C’est ainsi qu’il faut comprendre la suite
gestes, formes, sens: une trajectoire qui décrit la sémiose de ses
phases de germination à sa stabilisation et sa transmission culturelle.
L’ouvrage est accompagné d’une annexe iconographique du fonds «
Carlos Vega », ethnomusicologue argentin et pionnier d’une approche
analytique du tango argentin basée sur la notion de «forme
chorégraphique». Les images issues de ce fonds sont inédites dans
l’espace francophone européen.