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Le musée Zadkine, écrin d'un sculpteur fascinant

Mise à jour le 04/10/2021
Le musée Zadkine est une pépite méconnue de la capitale. Dédié à la mémoire et à l’œuvre du sculpteur d’origine russe Ossip Zadkine (1888-1967), il s’épanouit dissimulé aux regards des passants, mais recèle pourtant de nombreux trésors…
Un étroit passage entre deux résidences, un fond de cour pavée, une entrée des plus anonymes et une salle toute en modestie pour entamer la visite… Question flamboyance et ostentation architecturales, le musée Zadkine ne joue clairement pas dans la même cour que la Fondation Vuitton. S'il ne paie certes pas de mine, sa quiétude au cœur de Paris est pourtant une forme de luxe, et la modestie de ses moyens est exclusivement mise au service d’une œuvre phare de la sculpture moderne. La déambulation au cœur du musée, au fil de ses petites salles enchâssées, ne fait que quelques dizaines de mètres, mais le parcours est malgré cela immensément riche, et la scénographie d’une grande densité.

Les vies d'Ossip Zadkine

C’est en 1982 qu’a ouvert le musée Zadkine, grâce au legs consenti par sa veuve Valentine Prax, une somme de dessins, de photos, de tapisseries et bien sûr de sculptures. Il sera rénové en 2011-2012, pour adopter sa configuration actuelle, que nous découvrons à l’occasion de la magnifique exposition « Le rêveur de la forêt », d’après une œuvre éponyme de Zadkine, qui pour des raisons logistiques n’a malheureusement pas pu être intégrée à l’expo, mais aussi en hommage à Zadkine lui-même, et à ses jeunes années passées au cœur des forêts de conifères de la Russie d’alors, à son attachement intime au mystérieux monde des bois. Dans la nudité d’espaces rendus à leurs volumes d’origine, sous la lumière des verrières qui font vivre les œuvres au rythme des saisons, renvoyant silencieusement au monde de l’atelier.
Jardin du Musée Zadkine
Jardin du Musée Zadkine
Hélène Cardi / Mairie de Paris
Avant de devenir l’un des grands noms de la sculpture du XXe siècle, Ossip Zadkine semble avoir vécu plusieurs vies. Né en 1890 à Vitebsk, en Biélorussie actuelle, le jeune Ossip grandit entre la maison de bois de Smolensk, le domaine de l’oncle maternel, sur les rives de la Duina et la chair profonde des forêts de pins. La terre, l’eau et le bois : les éléments fondateurs de son œuvre sont déjà là. C'est à l’automne 1910 qu'il pose ses valises à Paris, gravite autour de Montparnasse, champ magnétique de l’art moderne, croise Matisse, Picasso, approche Apollinaire, partage avec Modigliani « le temps des vaches maigres »… Il s’engage ensuite dans la Grande Guerre, y verra défiler son « cortège d’horreurs », et en rapporte une quarantaine d’œuvres sur papier exécutées dans l’urgence, à la puissance d’expression stupéfiante.
Après son mariage avec Valentine Prax, Zadkine organise en 1920 sa première exposition personnelle en son atelier, faite de sculptures taillées dans le bois, la pierre ou le marbre. Vient ensuite un intermède cubiste de quelques années, puis son œuvre entre dans de profondes mutations : sans renoncer à la taille directe, l'artiste procède à un retour « aux limpides sources de philosophies religieuses et esthétiques » de la plastique antique. Revenu en 1945 de cinq années passées aux États-Unis, son art retrouve, au sein du chaos, une unité marquée par le souvenir des villes fracassées par la guerre. Zadkine acquiert sa stature de sculpteur phare du siècle, et est exposé dans les plus prestigieux musées européens. En dépit d’une santé fragile, il vit en perpétuel « état de quête », il continue de réaliser des œuvres monumentales. Il meurt le 25 novembre 1967, et est enterré au cimetière Montparnasse.

Un nouveau parcours à découvrir

Ce parcours, inauguré dès le 22 juin 2021 à l'occasion de la réouverture du musée, permettra aux visiteurs de découvrir ou redécouvrir les chefs-d’œuvre de Zadkine - ses emblématiques pierres et bois taillés et une sélection d'œuvres rarement exposées - dans le contexte intime des ateliers, du jardin et de la maison où l’artiste vécut et travailla de 1928 à 1967.
Articulé par ensembles représentatifs de l'évolution stylistique du sculpteur, il permet d'appréhender toute la richesse polymorphe de son œuvre et des techniques expérimentées par l'artiste inclassable.
Dans l’environnement unique qui fut son cadre de vie et de travail – atelier, maison et jardin, qu’il affectionnait tant – le principe proposé au visiteur est celui d’une déambulation ouverte, comme à l’invitation de Zadkine lui-même qui aimait y recevoir ses hôtes, les accueillant parfois au seuil de la véranda. Ce sont donc ses mots qui guideront le public, les mots tout à la fois simples et puissants par lesquels il décrivait son histoire, ses œuvres et sa vision de la sculpture.
Hicham Berrada (né en 1986) Augures mathématiques, 2019. Résine, 50 x 50 x 50 cm.
Hicham Berrada (né en 1986) Augures mathématiques, 2019. Résine, 50 x 50 x 50 cm.
© ADAGP, Paris 2019 et Kamel Mennour, Paris/Londres Photo : archives Kamel Mennour, Paris/Londres
Musée Zadkine
100 bis, rue d'Assas 75006 PARIS

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