Au XIXe siècle, les sœurs hospitalières sont au cœur du système de soin parisien et la « sœur de la charité « est une figure archétypale de la société française dont la cornette est la synecdoque. Cette conférence propose de dévoiler l'identité et les activités sociales de ces femmes qui font doublement « silence » par leur sexe et leur état religieux, et d'analyser leur rôle auprès des pauvres de la capitale tout au long du XIXe siècle. Paris accueille ainsi nombre de congrégations soignantes et de jeunes femmes au désir de vie religieuse et de service. Cet engagement religieux leur ouvre des voies pour s’affirmer hors de la famille, dans l’espace public et le monde du travail. Infirmières ou pharmaciennes, responsables de services d’hôpitaux et d’hospices, ou garde-malades à domicile, ces sœurs sont présentes dans le quotidien des Parisiens, dans les établissements hospitaliers, les quartiers et les maisons, accompagnant l'extension de la capitale. Elles sont les chevilles ouvrières du système public de santé dont elles accompagnent la médicalisation, collaborant avec les médecins, diffusant les normes d’hygiène auprès des classes populaires. Dans une société confrontée à une nouvelle pauvreté massive, dont la visibilité a explosé aux yeux des contemporains au début des années 1830 sous le double effet de la Révolution de Juillet et du choléra, et alors que l’Église catholique s’inquiète de la déchristianisation populaire, les sœurs soignantes répondent aux attentes sociales et sanitaires, religieuses et morales de leur temps. La laïcisation hospitalière, menée tambour battant à Paris sous la Troisième République, ne signale pour autant pas leur départ de la capitale, où demeure un concordat charitable.