Évènement

Penser la traduction en termes politiques

Le jeudi 10 février 2022
Dialogue entre Tiphaine​ ​Samoyault et Christiane Fioupou. Penser la traduction en termes politiques afin de rendre visible la violence largement occultée que celle-ci peut induire. C'est le propos du livre Traduction et violence, paru au Seuil en 2020. Rencontre avec son auteur, Tiphaine Samoyault, en dialogue avec Christiane Fioupou.
Rencontre - Un livre, des collections
Avec Traduction et violence, Tiphaine Samoyault propose de penser la traduction en termes politiques afin de rendre visible la violence largement occultée que celle-ci peut induire. Car l'acte de traduire n'est pas neutre, en particulier dans les contextes dénués de bienveillance ou d'altruisme, celui-ci s'accompagnant souvent d'une part de déformation ou d’appropriation et occasionnant déception et blessures. La traduction est même, nous dit l'auteure, un des instruments décisifs de toutes les entreprises coloniales : « Traduire l’autre, c’est souvent le dominer en l’amenant de force vers soi, vers ses ordres sociaux, culturels et idéologiques. » (entretien avec Frédérique Roussel, Libération, 1er avril 2020).
Et loin d'envisager le futur plus équitable que nous vend la traduction automatique, Tiphaine Samoyault voit plutôt dans l’intelligence artificielle au service de la traduction, au-delà des avantages qu’elle apporte, le danger d'une accentuation de la hiérarchie entre les langues dominantes et les langues dominées, et à terme, la disparition de ces dernières. La traduction automatique induit également l'idée fallacieuse d'une transparence des langues impliquant leur équivalence et n'exigeant plus d'aller vers l'autre, de faire avec ses différences et d'enrichir la langue de la traduction.
La chercheuse Anne Madelain ne dit pas autre chose quand elle évoque la question cruciale de la traduction des sciences sociales : « La globalisation a imposé la fausse évidence de la transparence des langues. Traduire les sciences humaines dans une autre langue, ce n'est pas simplement transposer des idées. Tous les chercheurs qui travaillent sur ces questions le savent. Et je sais combien à la BULAC on a la conscience aiguë de l'importance de l'existence de cette diversité de langues. Il est désormais important de rappeler l'existence d'une richesse littéraire mais aussi d'une richesse de pensée "entre les langues". Et seuls les échanges et la traduction peuvent la donner à voir. L'idée de l'usage d'une langue commune transparente est une illusion qui commence à s'imposer. » (La BULAC vue par Anne Madelain).
Pour Tiphaine Samoyault, le discours positif sur la traduction, en tant que lieu de compréhension et de respect de l'autre, n'est pas faux. Mais il ne peut pas occulter le fait que la traduction est le lieu de l'imperfection et du conflit, à commencer pour le traducteur.

Mise à jour le 03/02/2022

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