Cet évènement fait partie de
Nuit Blanche 2026
Un ensemble d’installations inédites et de projections permet de comprendre comment le cinéaste filme l'amour en train de se faire : liens entre vitesse et désir – entre le Boléro de Ravel et coeur de l’humanité – la sincérité des regards et les parfums de vérité, le tout accompagné par la présence sonore et visuelle de Claude Lelouch. L'une des 4 expériences sur l'Amour en mouvement de Claude Lelouch à l'Ecole Municipale des Beaux-Arts
Devant l'entrée des Beaux-Arts, la Ford Mustang 184 emblématique du film Un homme et une femme accueille les visiteurs : symbole de la philosophie du
cinéaste, la vitesse comme langage du désir, le mouvement comme seule façon
d'aimer.
Le moteur et l'Amour
Le cinéma de Claude
Lelouch se caractérise par la passion, la sincérité, l’audace – ses histoires
d’amour éblouissantes, sa vision romanesque de l’existence, la beauté parfois
cruelle des hasards et coïncidences.
Ce qui relie tous ces
films, c’est une conviction intime : on ne rencontre l’amour qu’en
mouvement. Jamais à l’arrêt. L’amour est la récompense de ceux qui osent foncer
– en voiture, en fuite, en danse, en musique. Ses personnages sont toujours des
êtres en mouvement. Ni super héros, ni super méchants, il aime le quotidien. Le
moteur n’est jamais une fin en soi : c’est le courage d’aller vers
l’autre. Parce que s'arrêter, pour Lelouch, c'est un peu mourir. Et aimer,
c'est d'abord oser foncer vers l'autre.*
Quand on
est un homme d'action comme moi, on fonce. On regarde un peu dans le rétro mais
pas trop.
Claude Lelouch
Cette idée de foncer
aboutira au film Un homme et une femme. A la création de ce 7ème
long-métrage, Claude Lelouch désespéré, suite à de multiples échecs
cinématographiques, part en voiture de Paris de nuit. La route le mène à
Deauville. Au petit matin il voit une femme qui marche sur la plage avec son
enfant, une voiture roule vers elle… l’idée de scénario jaillit.
C'était
un rendez-vous (1976) — La philosophie à l'état pur
Neuf minutes. Un seul plan-séquence. Paris au petit matin du 15 août
1976, encore endormie et déserte. Une voiture traverse la ville à une vitesse
folle — feux rouges grillés, sens interdits ignorés, pigeons envolés en
catastrophe place du Tertre. Et au bout du voyage, sur la butte Montmartre : le
rendez-vous avec une femme.
Ce court-métrage est peut-être l'œuvre où la philosophie
de Lelouch se révèle dans sa forme la plus pure. Pas de dialogue. Pas de récit.
Seulement un moteur qui rugit, une ville traversée comme une déclaration
d'amour, et la certitude que quelqu'un vous attend. Aucun trucage — il faut
arriver à temps avec les 300 mètres de bobines disponibles. Le film est une
équation en images : le moteur pulse, l'action démontre, l'amour récompense.
L'amour qui fait perdre la tête, au mépris du code de la route. Celui qui est
pressé d'aimer n'est pas sujet à l'accident.
Claude Lelouch
à propos de C'était un rendez-vous
Le
Boléro — Les Uns et les Autres (1981) — La synthèse absolue
Dans Les Uns et les Autres, Lelouch filme quatre familles
— russe, française, allemande, américaine — sur trois générations, de
l'entre-deux-guerres aux années 1980. Toutes sont unies par un seul fil
conducteur : l'amour de la musique et de la danse.
Le film tout entier n'existe que pour rendre possible sa
scène finale : dix-neuf minutes du Boléro de Ravel, chorégraphié par Maurice
Béjart, dansé par Jorge Donn sur le parvis du Trocadéro devant deux mille
spectateurs. Une mélodie unique, répétée à l'infini, qui monte inexorablement —
comme il n'y a qu'une seule histoire humaine, rejouée de génération en
génération avec la même urgence
amoureuse.
J'ai écouté mon film avant de le voir, et j'ai réalisé l'importance du Boléro.
Il allait être au cœur du dispositif, puisque c'est le cœur de l'humanité qui
bat dans le film.
Claude Lelouch
Jorge Donn n'était pas un grand technicien de la danse.
Mais il avait mieux : une présence absolue, une authenticité qui traversait
l'écran. Exactement le « parfum de vérité » que Lelouch traque depuis toujours.
Le Boléro présenté est un second montage de Claude
Lelouch réalisé pour le ciné
spectacle symphonique qui a eu lieu au Palais des Congrès pour ses 60 ans
de carrière en novembre 2022..
Installation
— La Sincérité des regards
Le dernier espace de cette immersion est consacré aux
regards. Ce dispositif est conçu et réalisé grâce au concours des apprentis des ateliers de cinéma de Claude Lelouch.
Sur plusieurs écrans simultanés, des fragments de l'œuvre de Lelouch
capturent ces secondes où un acteur cesse de jouer et communique quelque chose
de vrai. C'est cela, le « parfum de vérité » : ce moment insaisissable où la
frontière entre fiction et vie disparaît.
Pour obtenir ces éclairs d'authenticité, Lelouch emploie
des méthodes presque clandestines : donner le texte aux acteurs le matin pour
le jouer l'après-midi, filmer sans prévenir, tourner en une seule prise dans
des lieux réels. La surprise crée la vérité. Le mouvement libère l'émotion.
Il y a une fréquence
radio entre les gens qui s'aiment. Mon rôle est de brancher ma caméra sur cette
fréquence-là.
Claude Lelouch
Écran
interactif bandes-annonces – 60 ans d’amour du cinéma, 51 films !
Les bandes
annonces sont des films à part entière dans le cinéma de Claude Lelouch. Chacun
peut choisir la ou les bandes annonces qu’il souhaite voir. Chaque film
représente un amour particulier
L'Amour comme destination
Lelouch a souvent dit que
la vie est le plus grand scénariste. Que ses huit milliards d'habitants donnent
huit milliards de scénarios différents. Mais au fond, pour lui, tous ces
scénarios racontent la même histoire : quelqu'un qui fonce vers quelqu'un d'autre,
avec toute son énergie, toute sa vitesse, tout son amour.
Le moteur pulse. L'action
démontre. La musique emporte. Le regard révèle. Et maintenant, grâce à la
masterclass, vous le savez de l'intérieur : l'amour à l'écran n'est pas une
illusion de cinéma. C'est de la vie captée au vol, par quelqu'un qui a décidé,
il y a plus de soixante ans, de ne jamais s'arrêter de courir après elle.
Au bout de tout ce
mouvement — au bout de la route de nuit dans Un homme et une femme, au
bout de la traversée de Paris dans C'était un rendez-vous, au bout des
dix-neuf minutes du Boléro, au bout de votre propre scène improvisée
avec lui — il y a toujours quelqu'un qui attend. C'est cela, le cinéma de
Claude Lelouch. Un rendez-vous. Et ce rendez-vous, aujourd'hui, c'est avec
vous.
Trois
secondes de bonheur peuvent justifier soixante ans d'emmerdements.
Claude Lelouch