Je suis accroupie. Je suis au sol. Je vois les choses d’en-bas. Les cheveux, les seins, le sexe, les jambes et le visage construisent cette danse « d’en-bas ». Plongée dans cette posture, je revisite la mémoire des gestes qui la constituent. Une posture millénaire, une posture d’attente, de travail, de magie ; une posture obscène, parfois difficile, inconfortable, dont on pourrait croire qu’elle empêche le mouvement. Je ne peux pas m’écrouler, je ne peux pas m’élancer, mes genoux sont pliés, je marche, je saute, je danse. Pour ce solo, je suis partie d´une posture extraite du duo Époque, pièce créée avec Volmir Cordeiro, en 2015, à partir de danses de femmes du XXe siècle. Nous nous étions alors inspirés d’une danse japonaise qu’on m’avait racontée et que je n’avais jamais vue. Une danse pour laquelle la danseuse était accroupie.
Cette danse, toujours inconnue de moi, a continué de m’intriguer. À partir de cette ignorance et du désir de la voir un jour, j'ai pris cette posture et je l'ai mise au cœur d'une danse qui serait mienne, évocatrice de cette source riche d'inspiration. En explorant cette position accroupie, je fais un voyage dans le temps, depuis les Andes précolombiennes, jusqu’à ses résurgences les plus actuelles. Danses de boite de nuit, de club, mais aussi sous-terraine, dans cet espace très profond, en dessous du sol, inconnu et mystérieux. La posture devient un terrain fécond d’étude, un territoire, une archive vivante, une mémoire active.
Marcela Santander Corvalán
Chorégraphe