Le collectif Rimini Protokoll est connu pour ses dispositifs scéniques originaux qui, donnant la part belle à l’interaction, renouvellent complètement l’expérience du théâtre. Ces dernières années, le collectif berlinois a notamment embarqué son public à bord d’un camion transformé en théâtre (Cargo X), l’a invité à participer, arme au poing, à un jeu de rôles sur l’industrie de l’armement, ou encore lui a proposé de pénétrer dans l’intimité de personnes ayant eu recours au suicide assisté (Nachlass).
Présentée comme une lecture-conférence de l’écrivain Thomas Melle, Uncanny Valley est en réalité une pièce sans comédien, ou plutôt sans humain. En lieu et place de l’auteur, son double animatronique, sorte de robot humanoïde, manifestement décontracté, monologue dans un storytelling où s'entremêlent autodiagnostics, considérations scientifiques et réflexions personnelles. Si la rotation saccadée de la nuque, l’ouverture trop nette de la bouche ou encore les câbles dépassant de son crâne trahissent la nature véritable de l’intervenant, sa voix, elle bien humaine, prolonge l'ambiguïté et le sentiment d’étrangeté que fait régner sur la scène la silhouette assiégée. Durant l’intégralité de la pièce, l'humanoïde racontera à la première personne le récit de celui qui lui à prêté ses traits, dévoile ses aspirations et se livre à certaines confessions. “Si vous êtes venus pour voir un acteur, ou pour assister à une expérience authentique, vous êtes au mauvais endroit”, assure le Rimini Protokoll. Ici, ce n’est pas de Thomas Melle dont il question, mais d’une ballade dans la vallée de l’étrange, où la frontière entre l’humanité et la robotique est de plus en plus ténue.