Le troisième rendez-vous économique de Melville se penche sur une facette du capitalisme peu connue : celle qui exploite les femmes et leur discipline face à leurs devoirs pour fonctionner.
Venez rencontrer celle qui a mis en lumière ce phénomène : la socioéconomiste Isabelle Guérin, autour de son ouvrage La femme endettée : à l'ombre de la finance mondialisée, aux éditions La Découverte.
Rencontre suivie d'une séance de dédicace.
Loin des
gratte-ciel et des salles de marché de New York et de Shanghai, où des
hommes riches et diplômés animent les marchés financiers à l'aide
d'algorithmes complexes, une autre figure de la finance se dessine :
celle de la femme endettée. Elle n'est ni banquière ni spéculatrice.
Elle veille sur les siens, compte chaque sou, s'endette pour nourrir,
loger, soigner, marier. Elle négocie, quémande, parfois se vend. Et
toujours, elle paie. De la France au Tamil Nadu, du Sénégal au Maroc, ce
livre part à sa rencontre. Il dévoile le rôle central – mais ignoré –
qu'elle joue dans le fonctionnement quotidien du capitalisme. Ces femmes
qui contractent de petites dettes ne sont pas à sa marge, mais en son
cœur : sans elles, pas de consommation, pas de profits. Sans elles, la
machine ne tourne pas.
En mêlant ethnographie, enquêtes statistiques
et récit engagé, Isabelle Guérin révèle une autre face du capitalisme,
fondée non sur l'abstraction financière, mais sur la honte, l'épuisement
et la discipline des femmes. Elle éclaire aussi le patriarcat comme un
régime de dette permanente : être femme, c'est devoir – à ses enfants, à
son conjoint, à l'État, aux banques, aux dieux, à la nation. Mais la
dette peut aussi se retourner. De chaîne, elle devient lien.
La Femme endettée n'est
pas qu'une enquête sur la dette : c'est une clé pour penser autrement
nos interdépendances. L'ouvrage montre comment l'économie, loin d'être
un monde à part, est intimement nouée à la parenté, au corps, à la
sexualité. Repenser la dette, c'est repenser ce à quoi – et à qui – nous
tenons vraiment.
Isabelle Guérin est socioéconomiste, directrice de recherche à l’IRD et au Cessma, affiliée à l’Institut français de Pondichéry. Elle a cofondé et codirige l’Observatoire des dynamiques rurales et des inégalités sociales en Inde du Sud. Elle a publié de nombreux ouvrages sur la financiarisation des inégalités, les résistances qu’elle suscite et les manières d’enquêter qui font dialoguer les vies et les chiffres.