Cet évènement fait partie de
Nuit Blanche 2026
Luciérnagas : une œuvre intime entre absence, mémoire et espoir.
Luciérnagas relève, à bien des égards, du rituel. Une tentative d’exorciser des traumatismes irrésolus dans le paysage spectral du Guerrero, terre natale du photographe Magnum Yael Martínez, au Mexique.
Le projet débute en 2013, après la disparition de trois membres de sa famille. Cette tragédie ouvre une enquête sur la violence omniprésente du crime organisé dans la région, sur la manière dont elle infiltre le quotidien et altère profondément l’esprit des lieux. Martínez passe ensuite du temps auprès d’autres familles confrontées à la disparition d’un proche. De ces rencontres émergent des liens qui dépassent son histoire personnelle, s’étendant au-delà des frontières, jusqu’au Honduras, au Brésil et aux États-Unis, pour former une constellation d’expériences marquées par une violence endémique.
Tout au long de l’œuvre, les images sont traversées par des fragments de journal, écrits sur le terrain. Martínez y consigne les émotions qui l’habitent face à la perte, et accompagne le processus de deuil de familles à qui l’on n’a jamais laissé la possibilité de faire leur deuil. Dans Luciérnagas, la mort n’est jamais montrée, mais sa présence imprègne chaque image, tapie dans l’ombre. Chaque photographie porte la trace douloureuse d’une violence calculée, survenue sans être vue ni détectée, laissant derrière elle le vide immense d’un être disparu.
Et pourtant, une forme d’espoir persiste et traverse l’ensemble du travail.
Donner forme à l’invisible :
Entre 2019 et 2023, Martínez engage une nouvelle exploration de ses images : il perce les tirages et les rétroéclaire. Des rais de lumière jaillissent alors des photographies, se déployant en formes libres qui viennent percer l’obscurité. Dans ce geste, la lumière se métamorphose au contact des scènes représentées, donnant naissance à une forme d’alchimie où surgissent, fragilement, réparation, résilience et possibilité d’un avenir.
C’est dans ce dialogue entre réalité et imaginaire que Luciérnagas renouvelle le regard porté sur les violences en Amérique latine. Ici, les émotions ne sont pas seulement suggérées, elles sont exprimées. À travers des figures ordinaires qui nous guident, l’œuvre redonne toute sa place à l’humanité de celles et ceux qui vivent dans ces territoires éprouvés, tout en révélant le coût intime de la violence. Réuni pour la première fois sous forme de livre, ce travail propose une nouvelle manière de représenter les disparitions liées au crime organisé et à la violence d’État : une vision où la lumière vient éclairer l’obscurité, comme une luciole nous ouvrant la voie vers d’autres possibles.
Né à Guerrero en 1984, Yael Martínez crée des œuvres qui traitent des communautés déchirées de son Mexique natal. Il recourt souvent à un langage symbolique pour évoquer le sentiment de vide, d’absence et de souffrance enduré par les personnes touchées par l’État et le crime organisé. Il a rejoint Magnum Photos en tant que membre à part entière en 2024.