Luciénagas est un projet du photographe Magnum Yael Martínez, né après la disparition de trois membres de sa famille au Guerrero, au Mexique. À travers photographies et fragments de journal, il explore la violence du crime organisé et le deuil sans réponse qui en découle. L’absence, omniprésente, imprègne chaque image. En intervenant sur ses tirages, Martínez fait surgir des formes lumineuses, comme des lueurs dans l’obscurité. Son travail tisse ainsi un espace fragile entre douleur, mémoire et espoir.
Yael Martínez, né en 1984 au Guerrero (Mexique), explore les communautés marquées par la violence. Lauréat de plusieurs distinctions internationales, il développe une pratique mêlant documentaire et approche personnelle. Son travail explore les liens entre mémoire, territoire et expérience intime. Il est membre de Magnum Photos depuis 2024.
Luciérnagas relève, à bien des égards, du rituel. Une tentative d’exorciser des traumatismes irrésolus dans le paysage spectral du Guerrero, terre natale du photographe Magnum Yael Martínez, au Mexique.
Le projet débute en 2013, après la disparition de trois membres de sa famille. Cette tragédie ouvre une enquête sur la violence omniprésente du crime organisé dans la région, sur la manière dont elle infiltre le quotidien et altère profondément l’esprit des lieux. Martínez passe ensuite du temps auprès d’autres familles confrontées à la disparition d’un proche. De ces rencontres émergent des liens qui dépassent son histoire personnelle, s’étendant au-delà des frontières — jusqu’au Honduras, au Brésil et aux États-Unis — pour former une constellation d’expériences marquées par une violence endémique.
Tout au long de l’œuvre, les images sont traversées par des fragments de journal, écrits sur le terrain. Martínez y consigne les émotions qui l’habitent face à la perte, et accompagne le processus de deuil de familles à qui l’on n’a jamais laissé la possibilité de faire leur deuil. Dans Luciérnagas, la mort n’est jamais montrée, mais sa présence imprègne chaque image, tapie dans l’ombre. Chaque photographie porte la trace douloureuse d’une violence calculée, survenue sans être vue ni détectée, laissant derrière elle le vide immense d’un être disparu. Et pourtant, une forme d’espoir persiste et traverse l’ensemble du travail.
Entre 2019 et 2023, Martínez engage une nouvelle exploration de ses images : il perce les tirages et les rétroéclaire. Des rais de lumière jaillissent alors des photographies, se déployant en formes libres qui viennent percer l’obscurité. Dans ce geste, la lumière se métamorphose au contact des scènes représentées, donnant naissance à une forme d’alchimie où surgissent, fragilement, réparation, résilience et possibilité d’un avenir.
C’est dans ce dialogue entre réalité et imaginaire que Luciérnagas renouvelle le regard porté sur les violences en Amérique latine. Ici, les émotions ne sont pas seulement suggérées, elles sont exprimées. À travers des figures ordinaires qui nous guident, l’œuvre redonne toute sa place à l’humanité de celles et ceux qui vivent dans ces territoires éprouvés, tout en révélant le coût intime de la violence.