À la suite de la redécouverte des vêtements d’Antoine Bourdelle en 2020, le musée Bourdelle explore, dans une nouvelle exposition, les représentations et les stratégies de mise en scène des artistes à travers leurs habits, de la fin du 19e siècle au milieu du 20e siècle. Le parcours de « L’étoffe de l’artiste » est ponctué de vêtements méconnus portés par des figures emblématiques ou plus confidentielles, hommes comme femmes – notamment Gustav Klimt, Rosa Bonheur, Foujita, Sonia Delaunay, Camille Bernier –, en dialogue avec des peintures, sculptures, arts graphiques et photographies.
À la fin du 19e siècle, si de nombreux artistes portent des tenues de ville courantes, certains s'affirment par des tenues plus élégantes, tandis que d’autres s’affichent en blouse, salopette ou combinaison, incarnant un nouvel idéal d’artiste au travail.
Les codes vestimentaires se démultiplient bientôt, à la faveur d’un mouvement de singularisation. Au tournant du 20e siècle, la garde-robe devient alternativement un manifeste révolutionnaire, la prolongation de l’acte créateur, voire l’affirmation d’une identité : fluidité de genre et jeux de travestissements, quête d’ailleurs réels ou rêvés, appartenances ou marginalités… Les artistes se composent soigneusement une tenue, et tracent
des silhouettes reconnaissables pour la postérité.
Si le rapport des artistes au vêtement a déjà été exploré (notamment dans l’exposition S’habiller en artiste. L’artiste et le vêtement au Louvre Lens en 2025), L’étoffe de l’artiste adopte une approche novatrice, à la croisée de l’histoire de l’art, de la sociologie et de l'histoire de la mode. Pour la première fois ont été rassemblés plus de 50 pièces textiles, accessoires et objets portés par les artistes, grâce à un long travail de recherche mené par les commissaires dans les collections et archives d’institutions et de collections privées. Ces pièces uniques sont mises en regard de 50 photographies, 33 peintures, 12 dessins et 9 sculptures dans un parcours chrono-thématique, pour saisir les styles, allures et mises en scène qui les identifient immédiatement comme artistes. Une attention particulière a été apportée à la diversité des artistes représentés, avec près d’un quart de femmes artistes exposées.
Fruit de cinq années de travaux et de recherches, L’étoffe de l’artiste bénéficie de prêts exceptionnels de la part de grandes institutions françaises et européennes telles que le musée d’Orsay, le musée des Arts décoratifs de Paris, le musée d’Art moderne de Paris, le Palais Galliera, la Maison-atelier Foujita, le Museo di arte moderna e contemporanea di Trento e Rovereto (Italie), le Wien Museum (Autriche) ou encore le Städel Museum de Francfort-sur-le-Main (Allemagne). De nombreux prêts proviennent également de collections privées.