L'esthétique de Clément Étienne est une alchimie entre matière, temps, théâtre et cinéma, où la transformation, l'incertitude et la mémoire des processus sont au cœur de l'expérience artistique.
Le
cinéma irrigue profondément la pratique de Clément Étienne.
Plus
que les récits qu’il produit, l’artiste s’intéresse à sa matérialité : la
lumière, le décor, l’espace et les procédés qui donnent naissance à l’image.
Formé au design graphique avant de s’orienter vers les arts plastiques, il
développe une œuvre où peinture, dessin, sculpture et installation empruntent
aux techniques du peintre en décor comme à celles de l’image imprimée.
Ses
recherches prennent appui sur les récits d’anticipation, non pour en illustrer
les fictions, mais pour interroger les transformations de notre environnement.
Hôtels désertés, théâtres abandonnés, architectures minérales ou paysages
traversés par les intempéries composent des espaces où les éléments semblent
reprendre possession des lieux. Le feu, la pluie, l’air ou l’oxydation
deviennent alors des forces qui transforment l’image et révèlent la fragilité
des constructions humaines.
Cette
attention portée aux phénomènes traverse l’ensemble de son travail. Aérographe,
plâtre, mortier, patines ou réactions chimiques deviennent des moyens
d’explorer les capacités de transformation de la matière. Les surfaces se
brûlent, se décolorent, se chargent de pigments ou conservent l’empreinte d’une
forme disparue. L’image semble alors apparaître d’elle-même, comme si elle
conservait la mémoire des processus qui l’ont fait naître.
Entre
peinture, sculpture et installation, Clément Étienne entretient une incertitude
du regard. Les échelles se troublent, les matières se confondent, les décors
paraissent parfois réels tandis que l’architecture devient illusion.
En
déplaçant le cinéma de l’écran vers l’espace d’exposition, il fait de l’image
une matière sensible, traversée par le temps, la lumière et les éléments, où la
fiction continue de se construire.
Texte de Steven Vandeporta