LIUSA WANG a le plaisir de vous présenter l’exposition « Écloses » d’Antoine Petel.
Comment avez-vous choisi le thème de cette exposition ?
« Écloses » induit l'idée d'une dynamique vivante dans la genèse de mon travail. En évoquant l'apparition, il associe mes sculptures à des formes vivantes.
Pour vous, quelle est la relation entre sculpture et dessin ?
Le dessin signifie le projet, l'esprit qui cherche. Il est la liberté du mouvement, la possibilité de tout faire advenir. L'immanence de tous les possibles. Etre ouvert au monde est une sensation très excitante, même si parfois, dans ma quête, je rentre bredouille. Ma sculpture fonctionne comme un dessin dans l'espace, une ligne qui chercherait une forme et un sens pour se cristalliser.
Comme une morphogenèse, ma sculpture affirme le temps de sa construction, de sa croissance : elle part de rien, d'un point qui décrit une ligne qui va devenir une forme, se déployer en une surface. C'est l'idée d'un néant qui germe. Quelque chose apparaît qui va prendre place dans l'espace, et exister. Devenir un objet concret, réel, que l'on peut porter et voir. Le dessin reste apparent pendant toute la genèse de l'œuvre, du début à la fin. Le métal est le vecteur matériel de ce dessin dans l'espace. Quand la sculpture est terminée, le dessin initial est toujours lisible. Il est la trame, le squelette, le support du sens. Il magnifie la légèreté, la fragilité, le mouvement dans l'espace. Le dessin construit une sculpture graphique aérienne, une boucle qui raconte, tout à la fois, la genèse, l'épanouissement et la disparition de nos vies. Il y a toujours un cahier de dessin près de moi. J'aime beaucoup réfléchir un crayon à la main et chercher des combinaisons qui me permettent d'explorer la forme à mi-chemin entre la figuration et l'abstraction. Je cherche des images qui nous fassent penser au vivant et à la nature, sans pour autant décrire un objet naturel. Ce point d'équilibre est important pour garder le sens de mon travail ouvert. Ce sont ces dessins qui servent de points de départ à mes sculptures.
Quelles sont vos sources d'inspiration ?
La nature et le vivant dans son ensemble. Mais aussi les dessins d'Ernst Haeckel, les photos de Karl Blossfeld, les ouvrages de biologie et finalement, les plantes, les animaux et l'humain dans toutes leurs dimensions physique, organique ou sociale.
Aujourd'hui, les textes de Batiste Morizot, de Philippe Descola, de Michel Serres ou d'Emanuele Coccia nourrissent ma réflexion. Tout ce que j'entreprends se nourrit du questionnement sur le vivant. J'aimerais, dans ma sculpture, incarner une question : Qu'est ce qu'un être vivant ? Simplement parce que c'est une belle question, une question importante. Si l'on avait cette interrogation plus souvent présente à l'esprit, il me semble que la vie aurait plus de sens et que l'émerveillement aurait davantage sa place.
Pouvez-vous nous parler des œuvres exposées ? Pourquoi cette sélection?
Ces œuvres parcourent le travail des trois dernières années. Elles conjuguent différentes approches. Elles tentent, dans leur diversité, de nous parler de la richesse formelle de la nature, de son foisonnement. Certaines ne sont que graphiques, des dessins colorés dans l'espace, d'autres ponctuées de points colorés, comme les nœuds d'un réseau. D'autres encore offrent des formes plus épanouies et déploient la couleur plus généreusement dans l'espace.
Pour moi, la couleur est un élément essentiel qui sollicite nos sens et interpelle notre perception. La couleur, dans la surface épanouie, dit l'incarnation, la matérialité du corps. Dans mon travail, elle est la preuve que l'on existe. Ma sculpture est juste un miroir de nous-mêmes. Avec maladresse, elle déploie ce que nous sommes. Elle prend la vie au sérieux et joue gaiement avec elle. Elle affirme, éblouie, la fragilité, la précarité, la magie d'être vivant.