Évènement

WhatRemains, Lou Fauroux

Du jeudi 9 au samedi 18 février 2023
Exposition personnelle de Lou Fauroux à la galerie du Crous de Paris.
WhatRemains,
Enfant, j’ai développé une peur préquelle de la fin du monde. Conscience semi-rationelle que j’ai observé gagner le reste de la planète, tout en s’enfonçant dans la polarisation idéologique et l’exploitation des ressources naturelles et des data via la surveillance des GAFAM1 ; l’algorithme comme libre arbitre. Quand certain·es s’évertuent à sauver les meubles d’un système qui a failli la majorité des êtres vivants, WhatRemains, se projette au-delà, et spécule sur l’effondrement de notre civilisation. La fin n’est plus à envisager comme un malheur, mais comme cette seconde chance que l’humanité espère secrètement. Au seuil de ce monde post-contemporain tourné vers le meilleur, WhatRemains, apparaît alors comme une projection eschatologique2 composée de vestiges rétro-futuristes et de prophéties aléatoires.
Câbles, écrans, routeurs wifi, batteries, caméras de surveillance : au mur se connectent tout un tas de rebuts sauvés dans un grand recyclage frankeinstanien. Cette végétation technologique nous téléporte dans un cadre spatio-temporel dé-défini par Lou Fauroux, at the core, quelque part entre un datacenter cosmogonique et le Cerebro du professeur Charles Xavier, donnant à entrevoir, à capter, et à déchiffrer des bribes d’humanité. Cette matrice abrite les artefacts et les reliques d’une époque que nous ne connaîtrons pas. Quand Britney Spears bumps into Gollum à Coachella, c’est Beckett qui côtoie le sort des derniers vivants alors qu’iels essayaient d’atteindre l’immortalité, muent par l’espoir de sauver leur peau grâce au Google-Verse. Des restes humanoïdes encore chauds aux formes prélevées du post-internet et du Web 4.0, les objets de fictions fabriqués par Lou Fauroux flirtent entre le présage science-fictionnel et la documentation pure d’une culture pop où l’absurde fait définitivement poésie.
Récit genèse à la frontière de demain et d’après-demain, WhatRemains, Genesis, (le film) et la série The Internet Collapse (dont le premier épisode The Porn Selector est visionnable à l’étage) se concentrent sur ce moment en particulier. Tandis qu’une ex-porn star sauvegarde son business à l’aube de la disparition d’internet en enterrant une sélection de chefs-d’oeuvre du genre (promettant des fouilles archéologiques de qualité) ; un girl gang de hackeuses aux aspirations socialistes parvient à pirater Google afin de redistribuer à tous·tes l’antidote contre la mort. Lueur d’espoir ou cadeau empoisonné, from Pantine 2023 to Los Angeles an 5933 après le prophète Zuckerberg.
Si l’immortalité métaversienne risque de transformer la planète en limbes, la fin d’internet donne foi en un autre avenir. Et si l’épilogue de cette dystopie présente et future nous permettait d’écrire la naissance d’un nouvel ordre ? Un lendemain tourné vers une éthique humaine globale et reconstructrice. Les sheros3 des films de Lou Fauroux sont à l’image de ces habitant·es du futur. Queer et/ou majoritairement féminines, ce sont des êtres évolués, dotés d’un grand instinct de survie. Marqués par la malice et l’audace, iels sont tour à tour badass, brainy, sexy, funny et so smart. La civilisation qu’iels annoncent illustre bel et bien l’échec de l’ordre actuel et laisse enfin la place à une génération qui s’édifiera et se réinventera en dansant joyeusement la gigue sur les cendres du système patriarco-capitaliste. Et si ce n’était pas assez clair : « I want a dyke for president »4.
- Mathilda Portoghese
Mise à jour le 06/02/2023

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