La ligne de nage, de Julia Otsuka (Gallimard, 2022)
Nageurs et nageuses de cette piscine que tous appellent « là en bas » ne
se connaissent qu’à travers leurs routines et petites manies, et les
longueurs, encore, encore. Ils y viennent à heure fixe pour se libérer
des fardeaux de « là-haut ».
Alice, tout spécialement, trouve un
grand réconfort dans sa ligne de nage. Et puis un jour, une fissure
apparaît au fond, dans le grand bain, en préfigurant d’autres, celles de
son cerveau. Pour elle, l’inéluctable fermeture résonne comme un clap
de fin. Remontent alors à la surface des souvenirs de jadis, de
l’internement dans un camp pour Nippo-Américains pendant la Seconde
Guerre mondiale, d’une enfant perdue très tôt, pourtant si parfaite…
Mais Alice oublie chaque jour un peu plus.
Là où il faudra bien se
résoudre à l’enfermer, sa fille essaie de sauver quelques lambeaux du
paysage fracturé qu’est devenue leur relation lacunaire.