Dans "Mental", Kazuhiro Soda portait son attention sur les patients de Yamamoto, psychiatre japonais avant-gardiste. Douze ans plus tard, alors que ce dernier part à la retraite, Soda revient le filmer.
Professeur Yamamoto part à la retraite (2020), huitième long métrage documentaire de Kazuhiro Soda, prolonge directement son deuxième « observational film », Mental (2008). Dans Mental,
Soda s’intéressait aux parcours de vie des patients du psychiatre
Yamamoto et des soins avant-gardistes prodigués par celui-ci. Douze ans
plus tard, le docteur prend sa retraite et Soda revient le filmer. Son
attention de cinéaste se déplace : Yamamoto n’est plus la figure
tutélaire autour de laquelle gravite de nombreux personnages, il est un
homme âgé qui doit réapprivoiser sa vie personnelle. D’un film à
l’autre, Soda interroge autant la puissance d’écoute de son personnage
que la construction de la sienne en qualité de cinéaste.
18h | Mental
de Kazuhiro Soda (2008, 135 minutes)
Mental s’ouvre en franchissant
physiquement, caméra à l’épaule, le seuil de la clinique psychiatrique
du Docteur Yamamoto, Chorale Okayama.
Pour écouter la souffrance des nombreux patients du
docteur sans faire preuve de jugement, Soda rend d’emblée tangible sa
présence de cinéaste. Dans son deuxième « observational film »,
construit sur des prises longues, le réalisateur ne cherche jamais à
substituer les récits filmés au travail thérapeutique de Yamamoto. Au
nom du « hito-gusuri » ( « médecine humaine » ), ce personnage en
présence-absence prodigue à ses patients de « travailler à leur raison
de vivre ». Les rencontres filmées, la plupart du temps face caméra,
toujours en cinéma direct, viennent plutôt exprimer ce que le soin a
rendu possible : la capacité des êtres filmés à raconter leur passé, à
énoncer leurs angoisses, sans la honte d’être regardés et parfois, avec
l’espoir d’une vie apaisée.
20h45 | Professeur Yamamoto par à la retraitre [avant-première]
de Kazuhiro Soda (2020, 119 minutes)
À quatre-vingts-ans passés, à l’heure
de prendre sa retraite, le Docteur Yamamoto confie au cinéaste Kazuhiro
Soda : « j’ai consacré ma vie à coexister avec mes patients, mais en
faisant ça, c’est elle que j’ai sacrifiée ».
Autoanalyse redoutablement lucide : l’existence de
Yamamoto aura principalement été peuplée de l’écoute des autres, sur le
fil entre vocation et abnégation. Tandis que Yamamoto adresse ses adieux
à ses patients, Soda se saisit d’un dernier portrait de chacun,
respectueux de l’expression de leurs nécessités et de la singularité de
leurs phrasés. Quand Yamamoto, enfin retraité, retrouve son foyer et un
semblant d’intimité avec Yoshiko, son épouse souffrante, leur vie
personnelle semble tout juste commencer. Par-delà la réflexion profonde
sur ce qui constitue une vie quand le travail s’en va, Soda, caméra
nerveuse au poing défiant l’inertie des tombes, s’intéresse ici aussi
aux gestes retrouvés et renouvelés de ce couple, qui peut enfin prendre
le temps de soins réciproques.
Plein tarif : 7€ - 10€ les deux séances
Tarif réduit : 5,50€ sur présentation d'un justificatif et pour les adhérents de l'association Documentaire sur grand écran.