Face à tous les malheurs du monde, le découragement nous guette. Vers quelles formes d’engagement et de militantisme faut-il se tourner si on veut agir pour un monde meilleur ? Est-il possible de militer sans violence et de lutter sans sectarisme ? A son micro, Victoire Tuaillon invite militant·es et chercheureuses à s’exprimer sans jargon ni tabous pour des enregistrements en public de son podcast « Renverser la table ».
« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage. » avertissait Jean Jaurès au début du XXe siècle. Après les crises économiques de notre siècle, voilà que le « réarmement » est de nouveau dans toutes les bouches. L’économie de guerre s’impose à coups d’austérité, les Empires se militarisent, la France reste le deuxième vendeur d’armes de la planète, l’anéantissement de Gaza se poursuit. Face à cette normalisation martiale, comment renouer avec une tradition oubliée : celle des luttes sociales qui se sont dressées contre le nationalisme conquérant, l’uniforme et l’union sacrée ?
Pierre Douillard-Lefèvre sait de quoi il parle. Mutilé par un tir de LBD en 2007, alors lycéen, il consacre depuis vingt ans ses recherches à la militarisation du maintien de l’ordre et à la montée de l’autoritarisme, en s’engageant aux côtés des blessé·es par la police et des militant·es contre l’industrie de l’armement. Chercheur en sciences sociales, dessinateur, journaliste indépendant, il est l’auteur entre autres de Maudite soit la guerre (Éditions Divergences), un manuel de résistance antimilitariste qui puise dans l’expérience des réfractaires d’hier et d’aujourd’hui : « Il n’y a jamais eu autant de discours militaristes, et aussi peu de contre-discours antimilitaristes », alerte-t-il.
À ses côtés, des militant·es de la coalition Guerre à la Guerre, qui rassemble depuis janvier 2025 vingt-quatre organisations (des Soulèvements de la Terre aux Inverti·es en passant par Tsedek) pour, selon leur propre appel, « désarmer les machines de guerre ».