Évènement

« L'ignorance en démocratie » : la thématique de février au Théâtre de la Concorde

Du dimanche 1er au samedi 28 février 2026
L’ignorance, en démocratie, n’est jamais neutre : elle est une forme active de vulnérabilité. Dans un monde saturé de récits concurrents, de vérités parallèles, de fictions politiques qui s’habillent des apparences du réel, nous perdons parfois le fil de ce qui fait sens. Et quand la compréhension collective se fracture, quand la confiance vacille, la démocratie vacille avec elle : elle devient un terrain fertile pour la manipulation, le simplisme, la polarisation.
C’est précisément là que se situe l’enjeu du mois de février au Théâtre de la Concorde. Faire Concorde, c’est apprendre ensemble à douter, à complexifier, à regarder autrement. C’est redonner au débat sa force joyeuse, à la pensée sa nécessité partagée. C’est offrir un espace où l’intelligence n’est pas un privilège réservé à quelques-uns, mais un muscle démocratique à entretenir collectivement.
Le mois de février réunit spectacles, rencontres, projections et ateliers qui révèlent nos angles morts, interrogent nos certitudes, éclairent les zones d’ombre de nos croyances. Parce qu’une démocratie solide n’est pas celle qui prétend tout connaître : c’est celle qui accepte d’apprendre, d’éprouver, de chercher, malgré le bruit du monde.

DÉVOILER LES MÉCANISMES DE LA MANIPULATION : PROPAGANDE, MÉDIAS, RÉCITS TOXIQUES

La démocratie ne se défend pas seulement dans les urnes : elle se joue dans les récits. Dans ce que l’on croit, dans ce que l’on partage, dans la manière dont les images façonnent nos convictions.
Le cycle de films FIPADOC se poursuit le 3 février avec La Cravate, où la fabrique du récit politique apparaît à nu. Suivre Bastien, militant d’extrême droite filmé sans fard en pleine campagne électorale, c’est voir comment se construisent les identités politiques, comment s’opèrent les glissements idéologiques, comment naissent les affects qui mènent au vote. Une plongée cruciale dans les coulisses de la persuasion.
Cette réflexion se prolonge le 11 février lors du cycle “IA, démocratie et milieu informationnel” mené par Hugo Micheron, qui analyse la manière dont les systèmes numériques redessinent nos comportements, nos attentions, nos émotions politiques. Quand l’information devient un flux algorithmique, qui décide de ce que nous voyons ?
La Revue K. en scène ! propose le 5 février un autre type de récit, Juifs d’Europe : Rendez-vous en terre inconnue – une traversée sensible de la situation des Juifs d’Europe, mêlant documentaire, concert, témoignages et mémoire. À travers la pluralité des voix juives contemporaines, la soirée interroge la manière dont l’ignorance nourrit les extrêmes.
Quant à la conférence Démêler les idées reçues : peut-on encore tout dire ? du 10 février, elle explore la fabrique des préjugés, la circulation des fausses évidences, les mécanismes qui transforment l’opinion en dogme. Comment penser librement dans un monde saturé d’injonctions ?
L’historien Stéphane Audoin-Rouzeau vient le 24 février pour une rencontre autour de son ouvrage Notre déni de guerre afin de comprendre ce qui se joue lorsqu’un conflit se déroule sous nos yeux, mais que nous peinons encore à en mesurer la portée.
Enfin, la rencontre avec l’Observatoire des Médias sur l’Écologie propose un décryptage sur la manière dont la presse écrite traite l’urgence climatique et façonne notre perception des enjeux environnementaux.

APPRENDRE À LIRE LE MONDE : HISTOIRES, ENQUÊTES, EXPERTISES PROFANES

L’ignorance commence souvent dans l’incapacité à relier les récits : à comprendre ce qui nous précède, ce qui nous constitue, ce qui nous traverse.
Avec Notre histoire (se répète) (3 au 14 février), Jana Klein et Stéphane Schoukroun explorent l’impossible séparation entre l’intime et l’Histoire. Leur pièce s’empare des héritages qui hantent, des silences qui écrasent, des fractures qui persistent. Comment raconter ce qui se répète, quand les récits contradictoires brouillent nos repères ?
En partenariat avec l’École des Mines, la rencontre Ignorance, inconnu et création en démocratie du 17 février interroge les formes contemporaines de l’ignorance et de l’inconnu dans nos sociétés, pour comprendre comment les individus et les collectifs explorent cet inconnu, avec quels biais, quels outils et quelles formes d’organisation.
Le cycle La démocratie pour tous se poursuite avec une séance le 18 février sur l’expertise profane. Loïc Blondiaux discute d’un enjeu rarement discuté : la place des savoirs citoyens. Quel type de connaissance légitime la prise de décision collective ? Comment reconnaître la valeur démocratique de l’expérience vécue ?
L’association Parlons Démocratie propose des ateliers extrascolaires les 24 et 25 février où les jeunes se glissent dans la peau de députés et de sénateurs pour une simulation de débat parlementaire ainsi qu’une visite à l’Assemblée nationale.
L’atelier stop à l’infox par l’association Fake Off du 25 février permet de s’entraîner à repérer et déjouer les fake news et renforcer son esprit critique.

PENSER CONTRE SOI-MÊME : DOUTER, CONTREDIRE, COMPLEXIFIER

Le mois de février invite à un exercice rare : la pensée qui se retourne sur elle-même.
Avec Le français va très bien, merci (7 février), les Linguistes atterrées déplacent le débat là où on ne les attend pas : la langue comme terrain de lutte contre les idées reçues. Entre humour, pédagogie et déconstruction, l’atelier-spectacle nous invite à désapprendre nos réflexes pour mieux comprendre la complexité du français.
La rencontre avec Patrick Boucheron du 14 février, autour de son livre La Peste noire, propose une leçon d’histoire vivante : comprendre une crise passée pour penser nos vulnérabilités présentes, nos peurs, nos récits de survie.
L’atelier Féminisme en pratique par l’association Safe Place du 17 janvier permet d’explorer des pistes concrètes pour traduire les théories féministes en gestes du quotidien.
Le café psychosocio avec le CIRFIP du 21 février commence par un sujet proposé par l’un des participants : puis ensemble, on en discute, on l’explore et on le met en perspective dans un espace de réflexion collective.
Enfin, le cycle Poésie-Concorde se poursuit avec une séance le 28 février sur « Se tenir alerte, entendre l’autre » pour relier écriture et vigilance démocratique. Écrire, c’est déjà apprendre à percevoir ce qui échappe, à accueillir ce qui déroute – à lutter contre les angles morts.

RÉSISTER PAR L’ART : LA SCÈNE COMME CONTRE-POISON À L’IGNORANCE

L’art ne nous protège pas de l’ignorance : il nous en délivre.
L’atelier de danse Un pas vers l’autre du 7 et 21 février montre que l’ignorance naît de la distance : un geste, un mouvement, une rencontre suffisent parfois à réinventer la relation et à faire communauté.
Le Procès de Poutine le 13 février, imaginé par Amnesty International France et le studio Sonique, recrée une audience à la Cour pénale internationale. Témoignages, récits, archives : la fiction révèle ce que le réel peine parfois à nommer. Qui parle quand les États se taisent ?
L’atelier Stand-up du 14 février rappelle que l’ignorance recule quand les voix se lèvent : prendre la parole, rire de ce qui nous dépasse et raconter le monde, c’est déjà exercer sa citoyenneté.
Le samedi soin du 14 février propose les ateliers Carnet de santé créatif avec l’association Amardrama et l’atelier de chant avec Marion Corrales pour cultiver ce qui apaise et prendre un moment pour soi.
Avec Forcenés (18 au 28 février), Jacques Vincey adapte Philippe Bordas dans une traversée des puissances du langage, du corps et du mythe. L’œuvre interroge ce qui fait force — et ce qui la dévoie.
Les concerts de Paul Serri du 19 et 28 février déploient une autre forme de connaissance : celle qui se ressent. Mendelssohn, Schönberg, les quatuors, les ensembles : chaque note ouvre un espace de perception, où l’on apprend à écouter autrement, à sortir du bruit du monde.
L’atelier de Slam (28 février), organisé par l’association Dixlesic & Co, permet de s’exercer à l’écriture et à l’oralité, qui deviennent alors des terrains de jeu et d’engagement face à l’ignorance en démocratie.

Mise à jour le 22/01/2026

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