David Zwirner a le plaisir d’accueillir Josef Albers: Duets dans les espaces de sa galerie parisienne.
L’exposition rassemble des peintures et dessins importants dans l’œuvre d’Albers, exécutés entre les années 1930 et les années 1970, qui mettent tous à l’honneur un jeu, une tension entre deux formes semblables. De tels dialogues formels et la notion même de dualité fascinaient Albers. Ses œuvres nous font prendre conscience d’une double vérité : par bien des aspects, deux tableaux – ou deux éléments dans un même tableau – peuvent présenter de grandes similarités, mais être à la fois très différents à cause de variations de couleur ou de composition interne.
Josef Albers: Duets, organisée en collaboration avec la Josef & Anni Albers Foundation, constitue la première exposition monographique de l’artiste à Paris depuis Josef et Anni Albers : L’art et la vie, en 2021-2022. Plébiscitée par la critique, cette rétrospective au musée d’Art moderne de Paris a été prolongée par l’installation d’une présentation permanente d’un don de plus de cinquante œuvres de l’Albers Foundation auprès du musée.
L’exposition comporte également des tableaux et œuvres sur papier issus de Homage to the Square (1950-1976), série qui a fait date pour l’histoire de l’art, où Albers multiplie les expériences, les combinaisons chromatiques et les jeux de perception au sein de compositions méticuleuses de format bien précis. Sont ainsi présentés deux grands carrés de 40 pouces de côté (un peu plus d’un mètre), Study for Homage to the Square: Starting Anew (1964) et Study for Homage to the Square (1968), dont la palette commune de verts et de gris atteste le retour du peintre, au fil des ans, vers des choix chromatiques affirmés. Non loin, Study to Homage to the Square: Budding (1958) et Study for Homage to the Square: Spring Out (1962) font écho au monde naturel et au passage des saisons grâce à leurs teintes vertes ou brunes évoquant celles de la campagne. D’autres œuvres – telles ces deux études en noir, blanc et gris pour le premier tableau de la série Homage to the Square, datant de 1950 – illustrent encore plus franchement l’importance de la composition dans la perception des couleurs.
L’accrochage offre d’autres exemples du travail d’Albers autour du noir et blanc et du gris, comme les œuvres tirées de la série de jeunesse Treble Clefs (1932-1935), où des éléments de notation musicale sont représentés dans divers tons de gris – en l’occurrence, une remarquable œuvre sur verre et plusieurs gouaches. Ces œuvres reconnues sont comme un trait d’union entre la période où Albers quitte le Bauhaus et celle où il arrive aux États-Unis. On trouve à leurs côtés plusieurs diptyques marquants issus de Homage to the Square, dont les études déjà citées datant du début de la série, mais aussi l’intégralité de Gray Instrumentation I (1974), portfolio de sérigraphies d’œuvres de Homage to the Square, publié par Tyler Graphics à Bedford Village dans l’État de New York.
Une sélection de Variants est aussi présentée : cette série d’œuvres, commencée par Albers en 1947, est aussi connue sous le nom d’Adobes tant elle évoque l’architecture du Mexique et du sud-ouest des États-Unis, qui captivait tant l’artiste. De fait, un élément central de la série est la représentation de deux entrées ou portes, invitant le regardeur à une expérience double, où l’on peut explorer la même structure en suivant deux chemins différents quoique similaires. Pour Albers, le fait d’offrir une multiplicité d’expériences visuelles était justement le reflet de ce qui se passe dans la vraie vie lorsque l’on envisage ou que l’on emprunte – littéralement ou émotionnellement – un chemin ou un autre, à rebours de l’idée qu’il n’y a jamais qu’une seule manière d’accomplir une chose ou une autre.