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Évènement

Exposition « Rupert Shrive expose La Peau de chagrin »

Du jeudi 22 septembre au dimanche 30 octobre 2022
La peau de chagrin est un mystérieux talisman qui exauce tous les vœux mais rétrécit à chaque désir exaucé, et qui mesure la vie de celui qui a accepté ce pacte. Balzac tenait beaucoup à ce roman qu’il a placé en tête des Études philosophiques.
La Maison de Balzac présente une trentaine d’œuvres soigneusement choisies parmi celles que Rupert Shrive a réalisées depuis 2016, date de sa découverte de La Peau de chagrin.
Ce conte fantastique de Balzac met en scène un jeune homme qui, désespéré par la pauvreté et l’échec amoureux, accepte un pacte antique rédigé sur une peau d’âne sauvage. Tous ses vœux lui seront accordés mais à chaque fois la peau se contractera, et sa vie se réduira d’autant. Oscar Wilde – selon qui le XIXe siècle n'existerait pas sans Balzac – s’inspira de cette œuvre cinquante ans après sa publication pour écrire Le Portrait de Dorian Gray. Et cette opposition du désir et de la longévité, cette réflexion sur le prix de la vie et sur l’importance relative des jouissances terrestres – amours, honneurs, gloire, richesse… – n’a rien perdu de sa pertinence.

Confronté à ce roman de Balzac, Rupert Shrive a créé un ensemble d’œuvres hors du commun. Comme avant lui Pablo Picasso, Louise Bourgeois, Eduardo Arroyo ou Pierre Buraglio, il délaisse l’illustration pour relever les thèmes et les images du texte en écho à ses interrogations personnelles sur l’existence.
La plupart des œuvres relèvent d’une technique singulière : de premières peintures, souvent d’après nature, sont découpées, déchirées, froissées, mises en boule et deviennent ainsi des sculptures, des images déconstruites en relief, que l’artiste juxtapose ensuite à toutes sortes d’objets parfois fragmentaires, voire à des déchets qu’il recycle ainsi. Ces étranges compositions deviennent alors le sujet de nouvelles peintures, et le cycle peut se poursuivre. Le travail passe ainsi alternativement de deux à trois dimensions, au gré de l’inspiration, avec un enrichissement permanent de la pensée.

Au tout début de l’exposition surgit une énorme sculpture monochrome, la tête de Balzac, comme écrasée entre sol et plafond. Shrive a toujours admiré la statue de Balzac par Rodin. En découvrant la modestie du cabinet de travail comme de la petite table où Balzac a écrit La Comédie humaine, et pour suggérer la puissance de l’imagination de l'écrivain, il a choisi de créer une installation intérieure qui envahit la salle d'exposition, en contrepoint à la statue de Rodin desservie par un trop vaste espace extérieur. Couverte du texte de La Peau de chagrin, cette tête monumentale renvoie aussi aux innombrables reprises et corrections de l’écrivain.
Parmi les nombreux thèmes retenus dans l’exposition, la domination féminine occupe une large place. Le héros du roman, Raphaël, devient éperdument amoureux d’un comtesse russe, incarnation suprême du charme féminin mais dont la froideur est telle qu’elle le pousse au suicide. Shrive a fortement réagi à ces passages. Il reprend en diptyque l’ancien portrait d’Olympe Pélissier (brièvement maîtresse de Balzac) alors qu’elle posait pour une Judith – l’une des femmes fortes de la Bible, Judith séduit le général Holopherne qui persécutait son peuple et lui coupe la tête durant son sommeil –, avec une inversion du visage qui dégage un côté très inquiétant. Il peint ensuite une Judith. On retrouve les mêmes couleurs, le même format, la même figure de femme nue, dans une bacchanale fantastique qui fait écho à l’orgie peinte par Balzac dans le roman. Ce sont encore sur d’autres toiles des hameçons, des perles derrière des barbelés, les feuilles mortes de l’espérance…
D’autres thèmes présents dans La Peau de chagrin sont développés dans des œuvres tout aussi vibrantes et résolument modernes : l’angoisse de celui qui doit confier sa vie au hasard, la difficulté à maîtriser ses pulsions ; le rapport à l’animalité – omniprésent dans La Comédie humaine – ; la fragilité de l’être, la dureté des rapports humains… Une vision sensible et personnelle d’un grand roman de Balzac, exprimée dans un langage pictural aussi somptueux qu’étrange, et qui ne laissera pas le visiteur indifférent.
Mise à jour le 15/09/2022

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