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Quand les Toulousains Mouss et Hakim chantent Nougaro

Mise à jour le 05/10/2021
« Darons de la Garonne », un titre qui sonne le Sud, évoque Toulouse et son poète, Claude Nougaro. C’est à lui que Mouss et Hakim, les deux frères du groupe Zebda, doivent leur dernier album. En tournée, ils nous reçoivent avant leurs deux dates parisiennes les 7 et 8 octobre 2021 aux Trois Baudets et à FGO Barbara, dont Mouss est le directeur artistique.
Les yeux pétillants, le check haut et l’accent chantant, Moustapha et Hakim Amokrane, « Mouss et Hakim » si on les connait un chouïa, sont à Paris pour quelques jours. Leur nouvel album « Darons de la Garonne », composé sur des textes inédits de Claude Nougaro, contient quelques pépites que leur a confiées Hélène Bignon, la sœur cadette du poète et chanteur décédé en 2004. Hommage à un modèle, à un « daron » ? Les frères Amokrane ne démentent pas. Ils défendent aussi leur envie de créer en mettant à profit la période du confinement : « On n’a pas pris le temps, il nous a été donné. »

Vous avez de la bouteille. Pas peur de vous frotter aux mots du maître ?

Mouss : Mouss et Hakim, Origines contrôlées, Motivés, 100 % collègues, Zebda… on n’est pas des bleus ! Trente ans de carrière, trente dans la carrière comme dirait Miossec. Entre honneur et pression de vouloir bien faire, on a lu et vécu ces textes avant d’en attaquer la composition.

Faire sonner les mots, composer sur ce qui est écrit, c'est un exercice difficile ?

Hakim : Mouss a inventé un mot pour cela : c’est la francosonie, ou comment tu fais sonner la langue française, comment tu poses une mélodie sur des mots, comment tu les fais vivre.
Mouss : La musicalité des mots de Claude nous y a aidés.

Votre quatuor à cordes aussi ? (Rires)

Absolument ! Ça nous a permis de créer une harmonie non sirupeuse, anti « rome’antique », ce que nous voulions éviter…

Anti « Valses de Vienne », vous voulez dire ?

C’est ça !

On pourrait penser que vous avez écrit certains textes, à l'image du « Lait caillé », qui sonne comme un hommage à vos parents, des bergers kabyles…

Hakim : Notre mère faisait le lait caillé dans le quartier des Minimes à Toulouse, elle le mettait dans la semoule, on le buvait le matin… C’est un hommage à la sécurité affective que nos parents nous ont donnée et qui fait de nous ce que nous sommes aujourd‘hui. On a appris le respect. Pour nous, la sécurité affective nous a permis de relever le défi du devoir d’invention de nous-mêmes.

Mouss et Hakim - Le lait caillé (Clip officiel)

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Le vécu, c’est votre marque de fabrique : engagement, rôle de l’artiste, toujours pas d’arrangement ?

Mouss : L’artiste musicien accompagne les gens avec une énergie saine, positive, ouverte, engagée, militante. Mais la musique ne change pas les choses, elle accompagne les gens qui eux changent les choses.
L’art quel qu’il soit, même quand il est très sombre, est porteur d’espoir parce qu’il signifie l’expression humaine, la possibilité de faire exister les émotions. En ce sens, l’art est constitutif de la démocratie : il permet aux gens de raconter leur vie, de parler de leur ressenti, d’exprimer leurs attentes collectives, mais aussi leurs rêves, leurs fantasmes et leur vision de la société. Égalité, progrès, sororité, fraternité…
Pour nous, l’artiste se confond avec l’individu et le citoyen ; en tant qu’artiste on s’implique, car on se sent redevable au citoyen. C’est pour cela que je tiens mon rôle ici, à FGO Barbara Goutte d’Or, en plein cœur de Barbès, un quartier populaire et mythique [depuis janvier 2019, MOUSS est l’artiste associé, c’est-à-dire le directeur artistique du lieu, ndlr], un ancien faubourg au milieu associatif fourmillant…

La musique peut inclure les faubourgs, pensez-vous qu’elle puisse rapprocher les banlieues ?

Hakim : C’est le thème des « bottes de banlieue » : « Pour visiter l’état des lieux, j’ai mis mes bottes de banlieue ». Voyage, dimension fabulesque, regard empathique et bienveillant porté sur les personnages : la musique crée du lien. C’est ça, l’harmonie. Quand les mots n’existent pas, l’harmonie permet l’expression des sentiments. Et d’ailleurs, l’harmonie musicale se retrouve dans le rapport humain : on parle de rapports harmonieux.
Mouss : Notre particularité, c’est d’avoir grandi dans un quartier au nord de Toulouse, les Minimes [le même que Nougaro, ndlr]. Nous sommes fils d’Algériens, mais nos éducs étaient des militants occitans. Ils nous racontaient l’histoire de France et comment le centralisme jacobin a gommé les accents.

Dans « l’accent tué » vous rendez hommage à votre accent : c’est difficile de chanter avec l’accent ?

Hakim : Je chante comme je parle. Dans l’album Darons de la Garonne, c’est le cas. Et de chantonner, les yeux pétillants : « Je suis frappa dingue d’une trapéziste, saut de l’aaaaange… » Avec l’accent parisien, ça fait saut de longe et tu enlèves une syllabe.

Est-ce qu’un jour vous chanterez Paris ?

Mouss : Notre rapport à Paris, c’est Renaud. Il nous a fait découvrir la chanson réaliste, celle du 18e, celle de Fréhel. « Tel qu’il est, il me plaît il me fait de l’effet, mais je rêêêêve (…) » [il prend l'accent titi parisien, ndlr]. On aime la gouaille titi parisienne. Paris, on l’a toujours chanté dans notre chambre grâce à Renaud…
Hakim : Si on chantait Paris, ce serait le 18e ou Ménilmontant : quand tu pars d’ici pour aller à Ménil, tu traverses la moitié du monde : les quartiers malien, marocain, kabyle…

Quelle est la différence entre un Toulousain et un Parisien ?

Un Toulousain il est de Toulouse, un Parisien il est de partout. À Paris, il y a beaucoup de gens de partout. C’est ça la France.

Citoyens du monde ?

Tout à fait ! « Agir local pour penser le monde » écrivait Édouard Glissant [poète martiniquais, ndlr]. Si tu pars loin avant d’avoir démarré, tu vas nulle part….
Mouss et Hakim seront en concert aux Trois Baudets et à FGO-Barbara les 7 et 8 octobre.

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