La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé propose, comme chaque année, une sélection de films programmés lors de la 45e édition des Giornate del cinema muto de Pordenone, conçue en collaboration avec le directeur du festival Jay Weissberg qui présentera plusieurs séances du 17 au 20 novembre.
On se demande souvent si, après
quarante-cinq éditions, les Giornate del Cinema Muto ont déjà projeté la
plupart des films muets dignes d’être vus. La réponse est un « non »
catégorique. Il reste encore tant à découvrir, comme le prouve la sélection de
cette année.
Nous pensons bien connaître le
cinéma de Weimar, mais cette certitude s’avère infondée dès que l’on se plonge
dans l’une des sections les plus importantes de cette année : « Weimar
sans censure. Tabous et transgressions dans le cinéma allemand, 1919-1920 ». Dans
Die Teufelskirche, une femme sensuelle vend son âme
au diable pour avoir un enfant, tandis que le désir d’un pasteur de se doter
d’une nouvelle église l’empêche de voir les conséquences de son alliance avec
le mal. L’intrigue de Heddas
Rache est encore plus surprenante : elle met en scène une jeune
femme qui cherche à se venger de l’homme qui a contraint sa mère à se
prostituer. Cette section est complétée par la nouvelle restauration, réalisée
par le Filmmuseum de Munich, du film Genuine
de Robert Wiene, une rêverie expressionniste dans laquelle Fern Andra, qui
incarne une vampire lubrique, a soif du sang d’hommes séduisants.
Nous poursuivons la série lancée
l’année dernière consacrée à la diva italienne Italia Almirante Manzini avec
deux nouveaux titres : La
grande passione (1922), une histoire de rivalité amoureuse
magnifiquement interprétée, et la superproduction L’arzigogolo
(1924), sortie en France sous le titre La belle dame sans pitié. Toujours
en Italie, nous projetons deux films produits par Film d’Arte italiana : Stellina,
la pêcheuse de Venise (1912), aux magnifiques couleurs réalisées au
pochoir, et Il
Romanzo di Maddalena (1913), tourné au milieu des monuments de
Rome. Les prises de vues en extérieur jouent également un rôle clé dans la
coproduction germano-italienne Villa
Falconieri (1928), réalisée par Richard Oswald.
En direction du Nord, Gyurkovicsarna(1920) est une
charmante adaptation suédoise d’un roman hongrois, réalisée par John A. Brunius
et mettant en vedette son épouse Pauline Brunius, qui a également coécrit le
scénario avec le célèbre acteur Gösta Ekman.
Gloria Swanson qualifiait le réalisateur américain Marshall
Neilan « d’homme le plus envoûtant d’Hollywood », mais il était bien plus que
cela : c’était un excellent réalisateur, très apprécié de ses acteurs et de son
équipe. Nous projetons deux raretés : The
Girl at Home (1917), avec Jack Pickford et Diplomacy
(1926), adapté de la pièce Dora de Victorien Sardou et mettant en
vedette l’épouse de Neilan, Blanche Sweet.
Les relations franco-américaines
occupent une place centrale dans la splendide nouvelle restauration, réalisée
par la Cinémathèque française, du film de Léonce Perret N’oublions
jamais !, dans lequel Rita Jolivet revit son expérience poignante à
bord du Lusitania. Une autre grande diva – Pola Negri – est à l’honneur
grâce à un fragment de film datant de 1920, par ailleurs perdu : Die
Marchesa d’Armiani, qui met en valeur la grâce féline et la
prestance physique de la star.
Enfin, avec Don
Q, son of Zorro (1925), nous savourons la joie pure des aventures
de cape et d’épée incarnées par Douglas Fairbanks au sommet de son énergie,
grâce à une restauration éclatante réalisée par le Danske Filminstitutet.