Avec près d’une quarantaine de projections, avant-premières, débats, rencontres exceptionnelles et tables rondes, en présence de nombreux invités, le festival du Forum des images reste fidèle à sa vocation : ausculter l’état du monde à travers les images et le regard de celles et ceux attentifs à ses déséquilibres, à ses heurts.
Comment lutter contre l’emprise des discours dominants ? Le ton de cette 14e édition est donné avec la présence exceptionnelle de la documentariste engagée Laura Poitras. À ses côtés, la réalisatrice Rosine Mbakam, l’anthropologue Chowra Makaremi, l’écrivain Camille de Toledo et la géographe Nepthys Zwer ouvrent de puissantes perspectives critiques.
Laura Poitras, invitée d'honneur
La réalisatrice Laura Poitras poursuit un travail d’investigation vital. Vent debout contre toutes formes d’impunité, elle signe des enquêtes engagées contre la politique américaine. Elle présente sa trilogie post 11-septembre (My Country, My Country ; The Oath ; Citizenfour). Lors de sa master class, animée par Joseph Confavreux (Mediapart), elle reviendra sur ses méthodes de travail et partagera sa vision de notre époque.
Partie prenante de la programmation du festival, la cinéaste a choisi de présenter dans sa carte blanche : La Zone d’intérêt de Jonathan Glazer et Green Border de Agnieszka Holland, fictions sur l’innommable des camps, et Queendom, d’Agniia Galdanova, documentaire de lutte sur Gena Marvin, artiste issue de la communauté LGBTQIA+, persécutée en Russie. (du 25 au 28 janvier)
Ces trois films font partie du volet d’avant-premières et d’inédits que le festival a sélectionnés avec La Bête de Bertrand Bonello, Bye Bye Tibériadede Lina Soualem, Mambar Pierrette de Rosine Mbakam, présentés par les cinéastes, et de Los de abajo d’Alejandro Quiroga. (du 25 au 31 janvier).
Carte blanche à Camille de Toledo
Autre décrypteur de discours dominants, l’écrivain Camille de Toledo (Thésée, sa vie nouvelle ; Une histoire du vertige) interroge les traumas des corps face au chaos du monde. Eloignés dans le temps ou dans l’espace, comment les drames du monde et leurs récits résonnent en nous ? Deux rencontres exceptionnelles éclairent le regard de cet auteur attaché à l’alchimie secrète de la sensibilité : l’une, animée par Sophie Joubert (L’Humanité), aborde les thèmes qui nourrissent son œuvre ; l’autre réunit la philosophe Claire Marin et l’historien Hervé Mazurel pour un dialogue entre trois voix singulières qui explorent les contours de nos sensibilités en échos aux drames du monde. Dans sa carte blanche (Né un Quatre juillet d’Oliver Stone, Still Walking de Kore-eda), la cinéaste Nurith Aviv se joint à lui pour présenter Poétique du cerveau. (les 27 et 28 janvier).
Rétrospective Rosine Mbakam
Croiser les regards ou ajuster la focale, la réalisatrice Rosine Mbakam d’origine camerounaise accompagne la rétrospective de ses cinq films. Sélectionné à la Quinzaine des Cinéastes 2023, Mambar Pierrette, son premier long métrage de fiction, sort sur les écrans le 31 janvier. Rosine Mbakam réalise un portrait de femme, comme précédemment dans ses documentaires, dont la force s’inscrit dans les actes d’un quotidien précaire. La cinéaste interroge les dispositifs filmiques pour porter à l’écran un héroïsme discret et une sororité atemporelle. À Bruxelles, dans le salon de Sabine (Chez Jolie Coiffure), la vie continue face aux difficultés de la clandestinité et la mélancolie de l’exil. Les confidences de Delphine dessinent une génération blessée et perdue dans le mirage de l’Europe (Les Prières de Delphine). Au Cameroun, dans le face à face de Rosine Mbakam et de sa mère, sont questionnés choix de vie et héritage des traditions, difficultés surmontées et liberté de vivre un autre parcours (Les Deux Visages d’une femme bamiléké) (du 28 au 30 janvier)
La carte et le politique : Nepthys Zwer
Qu’est-ce que la contre-cartographie ? L’invitation à la géographe Nepthys Zwer, autrice de La Cartographie radicale : Exploration et éditrice de Ceci n’est pas un Atlas ! (Éditions du commun) offre l’opportunité de décrypter ce que nous racontent les cartes. Admises pour leur apparente neutralité, ces images sont pourtant le fruit d’une intention et l’affirmation du pouvoir.
Dans sa conférence, Nepthys Zwer révèle comment la cartographie critique, en permettant de représenter d’autres expériences de l’espace, est un outil au service des luttes et des mobilisations. L’historienne propose un atelier collectif de réalisation de contre-cartes et une exposition est à découvrir dans les espaces du Forum des images. Elle accompagne les trois films de sa carte blanche : Elisée Reclus, la passion du monde en présence de son réalisateur Nicolas Eprendre, Le Pays où rêvent les fourmis vertes de Werner Herzog et Bob Ellis et Si le vent tombe de Nora Martirosyan. (du 26 au 29 janvier)
Carte blanche à Chowra Makaremi
Quatre films et une rencontre croisée, le festival est heureux d’accueillir, l’anthropologue Chowra Makaremi. Dans son essai remarquable Femme ! Vie ! Liberté !, publié à la rentrée, elle revient sur la puissance du mouvement de contestation mené par les femmes, en Iran depuis plus d’un an maintenant. Elle a invité la cinéaste Hind Meddeb et la chercheuse au CNRS Leyla Dakhli à débattre sur la place du féminisme dans les soulèvements révolutionnaires, en Iran et au-delà, du Soudan au Chili en passant par le Bélarus.
Parmi les films à découvrir (Between Revolutions de Vlad Petri et J’essaie de ne pas oublier de Pegah Ahangarani), Chowra Makaremi présente Hitch : une histoire iranienne qu’elle a réalisé sur le destin tragique de sa mère opposante au régime islamique, mais également Radiographie d’une famille, de Firouzeh Khosrovani, documentaire sur la complexité de l’identité iranienne. (du 29 au 31 janvier)