À l’église Saint-Vincent-de-Paul, les peintures de William Bouguereau retrouvent leurs couleurs

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Mise à jour le 11/07/2024
L'Adoration des Bergers de William Bouguereau  à Saint Vincent de Paul (10e)
Les peintures murales l'Adoration des bergers et La Visitation de William Bouguereau, très abîmées, avaient été restaurées de janvier à juin 2023, dans la chapelle de la Vierge de l’église Saint-Vincent-de-Paul (10e). Cette année, l’Adoration des mages et La Fuite en Égypte ont également fait l’objet de restauration.
Construite en 1824 par Jacques Hittorff - architecte de la gare du Nord, de la place de la Concorde et du Cirque d'Hiver - Saint-Vincent-Paul est un joyau du néoclassicisme français. En 1869, la chapelle de la Vierge est ajoutée pour agrandir l’église. Sa décoration est confiée au peintre William Bouguereau (1825-1905), qui réalise huit panneaux à l’huile sur toile marouflée, représentant différents épisodes de la vie de la Vierge.
Saint-Vincent-de-Paul, réalisation de Jacques-Ignace Hittorff

William Bougereau, peintre de génie

Figure majeure du monde des arts à Paris dans la seconde moitié du XIXe siècle, William Bouguereau était connu dans toute l’Europe et jusqu’aux États-Unis, pour ses peintures de chevalet qui savaient raconter des épisodes plaisants empruntés à la mythologie ou à l’univers champêtre. La décoration de Saint-Vincent-de-Paul représente le versant religieux de son art, où son talent pour la figure trouve son expression la plus dramatique, au service de grandes compositions.
Dans L’Adoration des bergers (1884, huile sur toile marouflée, 220 x 352 cm), il s’appuie sur sa maîtrise du clair-obscur et sur l’éloquence du langage des corps pour rendre le moment de la Nativité. La Vierge y présente l’enfant Jésus endormi aux bergers. Leurs gestes et leurs attitudes expriment vénération et émerveillement. Joseph, légèrement en retrait derrière Marie, observe cette scène émouvante. Au pied du berceau, un agneau ligoté préfigure le sacrifice qui sera celui du Christ sur la croix.
La Visitation (1885, Huile sur toile marouflée, 220 x 352 cm) représente la visite de Marie, enceinte du Christ, à sa cousine Elisabeth, elle-même enceinte du prophète Jean-Baptiste. Elles sont entourées par leurs maris respectifs, Joseph et Zacharie. Au loin, la perspective atmosphérique d’un paysage vallonné se déploie.
Une première campagne de mécénat, mené par la Fondation pour la Sauvegarde de l’Art français, a permis de collecter 65 000 euros nécessaires à la restauration. La Ville de Paris a mené le chantier avec l'équipe de la restauratrice Alina Moskalik-Detalle, spécialiste de la peinture murale.

Le diptyque de l'Adoration des mages et La Fuite en Égypte restauré

Cette année le diptyque de l’Adoration des mages et de La Fuite en Égypte a également bénéficié d’une restauration, grâce au financement de la Fondation pour la Sauvegarde de l’Art français. Le décrassage puis le nettoyage ont permis de retrouver les couleurs de la peinture de Bouguereau, jusque-là occultées. Afin de rendre toute sa lisibilité aux toiles, une retouche ponctuelle sera effectuée pour reconstituer les éléments les plus abîmés.
Dans l’Adoration des mages, La Vierge présente aux mages l’Enfant Jésus, qui les bénit. Les trois souverains, vêtus de draps d’or et couronnés de riches pierreries, s’inclinent pour lui offrir l’or, l’encens et la myrrhe. William Bouguereau a ici remplacé la traditionnelle mangeoire, présente dans l’Adoration des bergers par un berceau en bois sculpté, sur lequel il a apposé sa signature.
Enfin, La Fuite en Égypte représente Joseph et Marie, prévenus par un ange de l’imminence du massacre des nouveau-nés décidé par le roi Hérode, et fuient vers l’Égypte avec l’Enfant Jésus. Pour peindre les animaux d’après nature, Bouguereau allait régulièrement rendre visite à sa voisine, la peintre animalière Rosa Bonheur, qui possédait une ménagerie. Il se dégage une grande douceur de cette scène, contrastant avec les peintures suivantes du cycle où la Passion du Christ est représentée.