Pinault Collection présente dans la Rotonde et les vingt-quatre vitrines de la Bourse de Commerce une exposition de l'artiste américaine Barbara Kruger, « The History of Tears ».
Conçue spécifiquement pour la Rotonde et les vitrines du musée, l'exposition « The History of Tears » (« L’histoire des larmes », en français) de Barbara Kruger confronte les visiteurs à un flux ininterrompu de mots, de phrases et d’injonctions, de séquences filmées et de voix.
Au cœur du musée, les murs courbes de Tadao Ando deviennent le support de citations monumentales empruntées notamment aux œuvres littéraires 1984 (1949) de George Orwell et Cahier d’un retour au pays natal (1947) d’Aimé Césaire, tandis que les vingt-quatre vitrines du Passage, transformées en boîtes lumineuses, scandent l’espace d’injonctions éclatantes écrites par Barbara Kruger (née en 1945).
À cet ensemble viennent se mêler deux vidéos, réinstallées aujourd’hui dans ce nouveau dispositif. Réalisée et montée par l’artiste au Wexner Center for the Arts de Columbus (États-Unis), Power, Pleasure, Desire, Disgust fut présentée pour la première fois en 1996 avant d’être montrée à plusieurs reprises dans différents contextes, toujours liés à un environnement textuel. Les œuvres confrontent le visiteur à une succession de visages, de regards et de paroles où se mêlent désir, domination, peur et violence. Entre saturation verbale et immersion visuelle, Barbara Kruger compose une œuvre totale où l’intime et le politique, le corps et le langage, se heurtent dans un tourbillon hypnotique dont la portée résonne aujourd’hui avec une saisissante acuité.
« Un infini déluge des yeux. Une fontaine de perte et de peur. Mais aussi de pouvoir, de plaisir, de désir et de dégoût. Un réservoir qui s’emplit à travers la domination et la conquête, sur le plan mondial comme à l’échelle domestique. Une fontaine qui jaillit dans des moments de grande violence et de brutalité, mais aussi au cœur des cruautés les plus intimes. Elle peut être triomphaliste par son ampleur, ou bruiner, tel un mélodrame mesquin émaillé de caricatures de séduction et de rejet grotesques. C’est une production corporelle à la fois mémorisée et oubliée. C’est un corps en larmes, perdu au milieu des décombres de batailles menées pour l’argent, la terre, l’amour et d’autres corps. Cartographier cette fontaine émotionnelle, l’inscrire dans son contexte historique, conduit à dire la lutte profonde entre les puissants et les démunis, les aimés et les mal-aimés, les gagnants et les perdants. Cela laisse transparaître la honte, la fierté, la conviction et le doute d’une manière intensément menaçante et tragiquement comique. Cela peut nous montrer et nous dire comment nous étions, comment nous sommes et comment nous serons les uns envers les autres. »
— Barbara Kruger,
à propos de « The History of Tears ».
Commissariat : Matthieu Humery, conseiller en photographie auprès de la Collection Pinault, avec la collaboration de Lola Regard, chargée de projets.