Évènement

Premières Nations. Arts et cultures du Nord-Ouest de l’Amérique

Du samedi 26 septembre 2026 au dimanche 17 janvier 2027
Coffre à motif de requin

Entre l’océan Pacifique et les forêts pluviales, les Premières Nations de la côte nord-ouest de l’Amérique ont développé, au fil des siècles, des sociétés d’une exceptionnelle richesse culturelle, spirituelle et politique. Façonnées par un environnement naturel hors du commun et par de vastes réseaux d’échanges, ces communautés ont donné naissance à des modes de pensée originaux, à des structures sociales complexes et à un art puissant, peuplé d’êtres mythiques et de récits fondateurs.

En présentant leur remarquable patrimoine matériel et immatériel, l’exposition invite à découvrir l’histoire et les traditions de ces sociétés, notamment le potlatch, système d’échanges et d’alliances structurant les relations entre nations, clans et villages. Profondément bouleversées à partir du 18e siècle par l’expansion coloniale et la mondialisation, ces cultures n’en demeurent pas moins porteuses d’une vitalité et d’une créativité toujours vivantes.

La voix des masques

L’exposition s’ouvre sur l’univers des masques, dont les voix portent les récits, les croyances et les identités des peuples de la côte nord-ouest du continent américain et d’ailleurs. Dans de nombreuses cultures, les masques permettent d’exprimer la conscience humaine. Ils véhiculent, par l’intermédiaire de leur voix, des valeurs ancestrales, des convictions spirituelles et des aspects de leur identité. Derrière ce second visage posé sur le premier, les humains s’effacent afin de laisser place aux émotions, au sacré et aux considérations politiques et sociales.

Les premiers humains

Le contexte écologique de la côte nord-ouest de l’Amérique se caractérise par une richesse exceptionnelle de milieux naturels, qu’ils soient marins, fluviaux ou terrestres. Cette région se distingue notamment par ses vastes forêts de cèdres géants, ses ressources issues des littoraux, ainsi que par une mer particulièrement riche, habitée par une grande diversité de mammifères marins.

C’est dans ce décor naturel grandiose que s’installent les ancêtres des Premières Nations actuelles, s’adaptant à ce milieu naturel riche, et favorisant l’émergence, il y a plus de mille ans, du schéma culturel qui les distingue. Ce contexte participe au développement d’un art peuplé d’êtres prodigieux qui expliquent l’origine du monde et donnent un sens à la vie, à la mort et aux forces qui régissent l’univers. Souvent représentés sous la forme d’êtres-esprits, ces sujets sont les ancêtres reconnus des lignages les plus prestigieux et les premiers pourvoyeurs de privilèges et de droits ancestraux.

Les animaux, les motifs et les signes qui représentent ces êtres obéissent à des règles stylistiques précises, partagées par de nombreux groupes. Cette iconographie couvre presque toutes les surfaces et se retrouve inscrite aussi bien sur la peau que sur les vêtements et les coiffes, sur les murs des maisons, sur les mâts héraldiques, sur les flancs des canots et sur nombre d’objets, aussi bien rituels qu’utilitaires.

Rencontres et bouleversements

Hormis quelques jonques japonaises échouées, qui expliquent la présence de fer chez certains groupes, l’arrivée documentée des premiers individus étrangers dans la région débute hypothétiquement avec l’incursion du corsaire et explorateur britannique Francis Drake (1579). Elle se poursuit avec la venue des Russes (Vitus Bering, 1741), des Espagnols (Juan Pérez, 1774), des Anglais lors du troisième et funeste voyage du capitaine James Cook (1778), et des Français avec Jean-François de La Pérouse à bord de La Boussole et de L’Astrolabe (1786).

Les premières présences européennes dans la région ne sont pas à interpréter comme des entreprises d’exploration. Ces dernières, qui visaient à « découvrir le monde », étaient largement achevées au cours du siècle précédent. Dans la région, les Russes, les Espagnols et les Anglais participent par la traite des fourrures, au premier grand processus de mondialisation entre l’Europe, l’Amérique et la Chine.

Le parcours de l’exposition revient sur ces premières entreprises de colonisation et sur l’introduction de l’économie de marché. L’inévitable choc des cultures qui en découle est évoqué, ainsi que les affrontements, l’arrivée des maladies de l’Ancien Monde qui fauchèrent les populations autochtones, et les interdits coloniaux allant jusqu’à l’interdiction du potlatch (1884-1951) et la saisie de biens et autres objets de pouvoir.

Société et pouvoir

L’exposition met en lumière les différentes formes d’organisation sociale des Premières Nations, leurs systèmes de chefferie, ainsi que leurs pratiques politiques et rituelles.

Les groupes villageois partagent savoirs et croyances et présentent des structures sociales élaborées organisées en clans exogames, souvent matrilinéaires À l’époque des premiers contacts avec les Européens, au 18e siècle, ce mode de vie est partagé par plus d’une vingtaine de Nations parlant des langues différentes, distribuées sur environ 1.800 kilomètres de littoral côtier.

À partir du 19e siècle, la présence européenne déstabilise le complexe équilibre de ces structures sociales : la colonisation britannique de la région et la création du Canada (1867) engendrent de nombreux bouleversements sociaux et économiques qui ébranlent les Premières Nations, touchées les maladies infectieuses et l’impact des politiques nationales d’intégration.

Cette section montre également les efforts concertés des Premières Nations pour maintenir une identité culturelle en dépit des ruptures profondes avec les pratiques ancestrales, consécutives aux épidémies, aux pressions colonisatrices, aux pertes de territoire, ainsi qu’aux effets de la Loi sur les Indiens (« Indian Act » de 1876), qui consistait en des politiques actives d’assimilation et en l’interdiction du potlatch, entre 1885 et 1951.

Monde spirituel

La structure sociale et le monde spirituel des Premières Nations sont étroitement liés. Les droits et privilèges des chefs et des clans trouvent leur origine et leur légitimité dans le lien entre les humains et les esprits, entre l’ordre social et l’univers spirituel. L’existence de chaque clan est ainsi rattachée à la présence d’un esprit ancestral.

Dans un processus cyclique annuel, le monde spirituel, associé chez certains groupes à des cérémonies hivernales, se combine avec le monde séculier, dont la période principale d’activités se déroule lors de la saison productrice estivale, marquée par la collecte de végétaux et l’exploitation intensive des harengs, des saumons et autres espèces qui viennent frayer sur les côtes et dans les rivières. Cet ensemble forme un système global qui tient compte à la fois des espaces naturels et culturels, du monde des esprits et des forces qui régissent le tout.

Une part importante de l’art des Premières Nations porte sur l’expression du spirituel et du sacré sous toutes ses formes. En témoignent masques, sculptures et objets divers porteurs d’une « cosmovision» qui conjugue ressources matérielles et convictions spirituelles.

Art et culture

L’exposition se termine avec la célébration des arts et des artistes des Premières Nations, d’hier et d’aujourd’hui, et signale leurs multiples apports dans les sphères culturelles et intellectuelles internationales, comme en témoignent notamment des objets ayant appartenus à André Breton, Claude Lévi-Strauss et Max Ernst. Immédiatement reconnaissable, le style distinctif des arts de la région dépasse les particularismes culturels et les différences de langage entre ces nombreuses nations, et démontre qu’il s’agit d’un art véhiculaire, d’une authentique forme de communication.

En plus des arts « traditionnels », tels que la statuaire et les mâts héraldiques, sont présentées des œuvres d’artistes contemporains qui s’inscrivent dans la continuité de la tradition ou s’en éloignent pour explorer une modernité artistique. Parmi les nombreux artistes représentés : Robert Davidson, Charles Edenshaw, Susan Point, Bill Reid, et Michael Yahgulanaas.

Un nouveau mât héraldique haïda entre dans les collections du musée

À l'occasion de l'exposition et dans le cadre de son 20ème anniversaire, le musée enrichit ses collections avec l'acquisition d'un exceptionnel mât héraldique réalisé par James Hart, artiste et chef de la nation haïda. Sculptée dans un tronc de cèdre et rehaussée de pigments, cette œuvre monumentale de 6,20 mètres de haut représente trois sentinelles et une ourse tirant la langue.

Offert par le Cercle des Amis du musée, le mât sera présenté à l'entrée de l'exposition avant de rejoindre, à partir de février 2027, le hall du musée où il sera installé de façon permanente. Du 22 au 30 juillet 2026, James Hart sera présent au musée pour intervenir sur son œuvre, raviver ses couleurs et réaliser les dernières retouches. Les visiteurs pourront assister à ce travail exceptionnel et échanger avec l'artiste.

Mise à jour le 18/08/2026

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