Déclenchée le 24 février dernier, elle était conçue comme une guerre
éclair. À l'évidence, l'invasion russe de l'Ukraine ne s'est pas
déroulée comme prévu par Moscou : l'armée russe s'est non seulement
heurtée à une féroce résistance ukrainienne doublée d'ennuis de
ravitaillement et de logistique, mais aussi à un régime sans précédent
de sanctions économiques décidées par l'Occident. Aujourd'hui, la Russie
ne semble plus assurée de pouvoir conquérir l'Ukraine. De quoi faire
vaciller son influence ailleurs qu'en Europe, et en particulier en Asie ?
Depuis le milieu des années 2000 et encore plus vigoureusement depuis
2014 - année de l'annexion de la Crimée et des premières sanctions
occidentales, Vladimir Poutine cherche à développer la présence de la
Fédération de Russie en Asie-Pacifique. Objectif : se doter d'une
profondeur stratégique toujours plus importante pour se muscler face aux
Etats-Unis, et retrouver la grandeur de l'empire russe. Mais
l'évolution de la guerre en Ukraine est-elle en train de percuter ce
grand dessein asiatique de Vladimir Poutine ?
Exemple avec le Japon : les relations entre Tokyo et Moscou se sont
tendues dès l'entrée de l'armée russe sur le sol ukrainien. Résultat
immédiat : les négociations pour un traité de paix entre les deux pays
et pour la rétrocession au Japon des quatre îles de l'archipel de
Kouriles occupées par la Russie en 1945 ont été interrompues. Le Premier
ministre nippon Fumio Kishida s'est aligné sur les sanctions
américaines et n'a pas hésité à condamner "l'invasion" russe de
l'Ukraine. Or ces îles, d'importance symbolique pour Tokyo, revêtent un
fort intérêt stratégique pour la Russie dans la zone Asie-Pacifique.
Autre exemple en Asie centrale, dans les anciennes républiques
socialistes. D'abord très vague pour éviter de fâcher le grand voisin
russe, le Kazakhstan a ensuite pris ses distances avec la guerre de
Poutine en Ukraine, de peur d'être le prochain sur la liste. Plus
encore, l'Ouzbékistan n'a pas hésité à critiquer l'invasion russe.
Mais la position russe en Asie est-elle menacée de déclin ? Pas encore
si l'on en croît l'attitude de l'Inde. Dépendant des ventes d'armes
russes, New Delhi, malgré ses liens avec les États-Unis via le forum
sécuritaire Quad, a décidé de ne pas condamner l'invasion russe de
l'Ukraine, comme la Chine. Que faut-il comprendre ?
Cette conférence est le premier volet d’une série de deux débats sur
l’impact de la guerre en Ukraine sur l’Asie. Avant de parler de cette
crise du point de vue de la Chine le 18 mai (infos à venir rapidement),
nous aborderons le 20 avril les relations de la Russie avec l’Asie
centrale, l’Inde et le Japon.
Intervenants :