La variété de langues et de cultures européennes
requiert le respect pour la diversité sans transformer les différences
en frontières. Ambivalente, comme à la fois ligne et espace de
négociation, la frontière unifie tout en séparant. Au contraire des
frontières, ce sont des traits engageants qui rendent l’interaction et
le dialogue captivants. C’est l’intégration plutôt que la comparaison
qui compte, sans effacer les différences, qu’on ferait mieux d’apprécier
comme base du rêve culturel. Langues, littératures, cultures intégrées : comment le faire ?
J’aborderai cette question à travers des concepts d’analyse, avec
l’aide des œuvres littéraires, visuelles, et cinématographiques, dans
lesquelles je mettrai en relief ce qui démontre que les œuvres se
répondent, et répondent aux différences.
Mieke Bal propose ainsi d'analyser les enjeux qui à la fois
distinguent les pays européens les uns des autres et, pour cette raison
même, encouragent le débat et l’amalgame qui s’ensuivent, ce qui est en
réalité ce qui définit, ce qui fait l’Europe. Dans sa leçon inaugurale, elle
présentera ces enjeux comme un terrain vague intellectuel où toute
balade peut mener à l’égarement, mais aussi à cette « union européenne »
dont la pluralité définit et facilite l’identification plutôt que
l’identité. La dernière n’est pas un trait inné qu’on porte partout où
on va, mais le résultat d’une identification dans le présent, orienté
vers l’avenir. Le défi ultime pour l’Europe, alors, est de choisir avec
quels projets et idées chacun, chaque pays, s’identifie. L’identité
n’est pas quelque chose que nous avons, mais ce que nous devons
réaliser.
Mieke Bal est invitée à occuper la chaire annuelle du Collège de
France L'invention de l'Europe par les langues et les cultures 2022-2023, en partenariat avec le ministère de la Culture.
Elle prononcera sa leçon inaugurale intitulée "Un rêve culturel : l’Europe au pluriel" au Collège de France le 18 octobre à 18h00.
Accès libre et gratuit dans la limite des places disponibles.
Sur Mieke Bal
Après
le baccalauréat en lycée classique aux Pays-Bas, j’ai fait des études
de langue, littérature et civilisation françaises. Ensuite, pendant
quelques années d’enseignement dans un collège de formation de
professeurs du secondaire, j’ai écrit ma thèse de doctorat sur la
théorie narrative, développée avec des romans français avec un focus sur
des concepts d’analyse. Mon engagement féministe m’a amenée à
travailler sur la bible hébraïque, dont je cherchais à sonder les
partis-pris idéologiques et ce que les cultures occidentales en ont fait
(souvent en les empirant). Mon intérêt pour la focalisation dans la
narrativité m’a poussée vers l’art visuel, puis, après quelques
monographies sur des artistes et de nombreux articles, vers l’étude et
la création d’expositions. Le monde contemporain, le désir de le
comprendre mieux, m’a incitée à entreprendre la réalisation de films.
Mes œuvres publiées comprennent quarante-cinq livres,
en français, anglais, espagnol et néerlandais, et de nombreux articles.
Mes travaux ont été traduits en plusieurs langues, dont le chinois, le
coréen, le serbe, et beaucoup d’autres. J’ai tenu des postes permanents à
l’université d’Utrecht, à l’université de Rochester (New York),
l’université d’Amsterdam, et un grand nombre de postes invités dans des
pays différents, y compris la France (Paris III). Le travail d’accompagnement de thèses doctorales a toujours tenu une place importante dans mes activités. J’ai rédigé un « mode d’emploi » pour les thésards, et à ce jour j’ai dirigé quatre-vingt-une thèses complétées, dans des champs d’études très divers.