Évènement

Galerie du Haut Pavé Exposition Antoine Langenieux-Villard

Du mardi 27 février au mardi 2 avril 2024
« La première fois que j’ai visité l’atelier d’Antoine, c’était par une fin d’après-midi étouffante de la mi-juillet. Dans la rue principale, là où donnait l’entrée, se déroulait une grande foire avec un immense parc d’attractions. Partout il y avait de la musique et des effluves de barbe à papa, mais une fois le seuil franchi, on était dans un autre monde. Des centaines de toiles colorées étaient collées dans la pièce, sur les murs, pliées au sol et disposées sur diverses tables, dans un désordre sensible et silencieux. Dès que les toiles chutent des murs, Antoine commence à travailler dessus. C’est le signal, le point de départ aléatoire qui suspend l’atmosphère dans un état d’alerte perpétuel, rendant l’atelier bien plus magique que la galerie des glaces du Luna Park ».
La pratique de la peinture d'Antoine repose sur deux points fondamentaux : la surface comme lieu à construire et le dispositif technique d’où la forme émerge. À travers différentes méthodes d’assemblage et de pliage, il pense au geste et à son ancrage dans la toile. Il cherche des stratégies qui mettent en retrait le rôle de la main pour parvenir à un tableau en évitant toute préconception.
L’activité de l’atelier vacille entre coloration, déconstruction et réparation. C’est un processus autonome de recyclage. Dans la série Abrasée, les peintures sont travaillées au sol, libres de leur chassîs, avant d’être pliées et trempées dans des bains de couleurs, puis séchées et enfin dépliées. Il remplace le pinceau par du papier de verre. Semblable au geste du sculpteur, Il enlève et soustrais de la matière des deux côtés de la toile réalisant à l’aveugle un réseau de lignes. En abrasant la surface, Il plonge dans sa profondeur et son volume pour finalement révéler le mouvement des gestes antérieurs. Au cours de ce long processus, le matériau s’altère et se détériore lentement créant la nécessité de le réparer.
Telle une seconde main, pièce par pièce, Il reconstitue la surface grâce à des techniques de couture et de collage empruntées notamment à la tradition textile japonaise du boro. Au verso, Il place des bandages fabriqués à partir de résidus de toiles. L’étape de réparation préserve les traces antérieures établissant la surface comme une membrane. Il laisse le travail du hasard et du temps créer ses propres effets. Ce qui se cache, ce qui est manquant, est nécessaire à la vie des choses. Le visible est fragmenté comme la mémoire où l’envers refait surface.
Texte écrit par Nicola Mafessoni,
Commissaire d’exposition et galeriste
Extrait « Un désordre silencieux et sensible»

Mise à jour le 09/02/2024

À lire aussi

Vous ne connaissez toujours pas ?

Sélection des bons plans intemporels, mais qui valent le coup toute l'année !