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Paris ville du quart d'heure, ou le pari de la proximité

Mise à jour le 10/12/2020
Paris souhaite devenir la ville des proximités, où l’on trouve tout ce qui est nécessaire à quinze minutes de chez soi. Un objectif qui exige de repenser l'utilisation d'un certain nombre d'équipements existants, comme les cours d'école, et d'en imaginer de nouveaux comme les kiosques citoyens où les « sport social clubs ».
Et si les Parisiens, petits et grands, pouvaient tout faire en bas de chez eux, ou presque ? C’est l’un des objectifs de la ville du quart d’heure, un concept qui a inspiré la Ville de Paris pour cette nouvelle mandature. Mais de quoi parle-t-on exactement ? D'où vient cette idée de ville du quart d'heure? En quoi la déclinaison de ce concept va t-elle concrètement changer les vie des habitants ?
La ville du quart d'heure, c'est défendre l'idée que l'on puisse trouver près de chez soi tout ce qui est essentiel à la vie : faire des courses, travailler, s’amuser, se cultiver, faire du sport, se soigner… Le tout donc, à 15 minutes à pied ou à 5 minutes à vélo.

Un concept universel

Plusieurs métropoles telles Ottawa, Copenhague ou Melbourne planchent également sur cette forme de nouvelle urbanité, afin de limiter les déplacements polluants et d'améliorer le cadre de vie. Les « 20-minute neighbourhoods » (voisinages à 20 minutes) initiés à Portland à la fin des années 2000 ont ainsi déjà inspiré plusieurs métropoles françaises, telles que Rennes ou Bordeaux.
Le concept nécessite d'en finir avec une ville fragmentée où de nombreuses activités dépendent des déplacements en voiture ou en transports en commun. Au contraire, la ville du quart d'heure consiste à limiter le périmètre d'accès à des fonctions vitales, comme se nourrir, travailler, se cultiver, etc.

Comment Paris veut décliner le concept de ville du quart d'heure

La ville du quart d’heure est un concept co-créé par l’universitaire franco-colombien Carlos Moreno, professeur associé à l’Institut d’administration des entreprises de Paris (Université Paris 1-Panthéon Sorbonne). Il a constaté que dans les années 1990, on pensait résoudre les problèmes liés à l'éclatement spatial des villes grâce à la technique. Par exemple, avec des métros plus rapides pour aller plus loin et plus vite. Puis, avec d'autres, Carlos Moreno s'est intéressé aux conséquences néfastes de cette façon de voir sur la vie des habitants. Il évoque aussi un besoin de "démobilité" afin de réduire notre impact environnemental et climatique.
Le chercheur dégage six fonctions sociales qui doivent être rapidement accessibles - c'est-à-dire en un quart d'heure - depuis n'importe quel point de la ville : se loger, travailler, accéder aux soins, s'approvisionner, apprendre et s'épanouir (sports, loisirs).

La ville du quart d’heure n’est pas une baguette magique, il faut l’adapter aux conditions locales de chaque ville. Paris est à la fois une ville monde et une ville déséquilibrée entre l’est et l’ouest, entre le nord et le sud. Il y a des rééquilibrages, notamment économiques, d’habitat et de travail à opérer.

Carlos Moreno
universitaire, professeur associé à l’Institut d’administration des entreprises de Paris

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Mais comment décliner ce concept universel à Paris ? Autrement dit, comment rendre possible la ville du quart d'heure dans l'ensemble des 17 arrondissements parisiens qui ont chacun leur physionomie ?
Afin de respecter l'égalité entre tous les Parisiens, la réalisation concrète de l'idée de ville du quart d'heure nécessitera, sur le long terme, une intervention sur l’ensemble du territoire parisien pour que les habitants aient tous accès à un « socle commun » constitutif de la « ville du quart d’heure ».
Pour constituer ce « socle commun », l'idée générale n'est pas de systématiquement construire ou d'implanter de toute pièce des nouveaux équipements propres à chaque quartier. Il s'agit davantage, quand cela est possible, de transformer des lieux existants afin qu'ils permettent d'y exercer plusieurs activités, plutôt qu'une seule. Cette mutation des espaces pourrait s'articuler autour de trois grands thèmes : l’école, la culture et la démocratie participative.

L'école, la « capitale » du quartier

Tout d'abord, l'école doit devenir la « capitale » du quartier, son lieu central. Ainsi, Paris souhaite ouvrir les cours d'écoles sur leur quartier. Elles ne seront plus réservées à la détente ou aux activités physiques des écoliers et collégiens. Rénovées et végétalisées - un chantier déjà débuté sous le nom de "cours oasis" -, elles seront ouvertes en dehors des horaires scolaires afin d'accueillir les habitants qui pourront y trouver des activités ludiques, sportives, culturelles. Pour prolonger le concept, des « rues aux écoles » seront piétonnisées et également animées.

Rapprocher la culture des habitants

L'idée est de développer des « plateaux artistiques » de proximité pour rapprocher la culture des habitants. Ces lieux accueilleront en résidence des activités hors les murs de grandes institutions culturelles parisiennes et des acteurs culturel de chaque arrondissement. Professionnels et amateurs doivent pouvoir cohabiter.
La démocratie participative enfin. Paris souhaite déployer des "kiosques citoyens", nouveaux espaces de proximité où les citoyens pourront se rencontrer, s'entraider, demander des conseils, avoir accès à des agents de la ville ou des associations. Ce kiosque pourra aussi être un point de rencontre entre les habitants et le responsable propreté du quartier qui va être institué.

Garde d'enfants et aide aux devoirs dans les « sport social clubs »

Cette idée de lieux dédiés à des multiples activités concerne aussi d'autres fonctions sociales. Le sport par exemple. Parfois, les parents voudraient se consacrer à une activité sportive pendant un certain laps de temps mais peut alors se poser la question de la garde des enfants.
Comment faire ? La réponse pourrait se trouver dans l'installation de "sport social clubs". Il s'agirait d'un lieu où parents et enfants pourront pratiquer gratuitement près de chez eux une activité sportive mais où il sera également possible de bénéficier d'une garde d’enfants ou d'une aide aux devoirs si les parents en expriment le besoin. Un seul lieu donc, mais plusieurs activités.
Paris continuera en parallèle à développer les pratiques sportives dans les rues et les jardins, en créant de nouveaux parcours sportifs et des terrains gratuits en plein air.

La ville du quart d'heure passe aussi par une adaptation des commerces

Il s’agira de renforcer le maillage des commerces et services de proximité ainsi que de favoriser la production locale et/ou les circuits courts avec le label « Fabriquer à Paris » (commerces et halles alimentaires, commerces culturels, recycleries, artisanat, conciergerie, espaces de fabrication ou encore de logistique urbaine).
Bien entendu, rien ne peut se faire sans l'avis des habitants des quartiers. C'est leur quartier, il faut donc leur consentement. Aussi, Paris va d’abord mener une intervention sur des territoires pilotes : la Ville va identifier avec les mairies d’arrondissement des quartiers nécessitant une action rapide et d’ampleur. Sur ces quartiers, une analyse exhaustive des équipements et des services de proximité, publics, associatifs ou privés, existants ou à créer, sera conduite avec les mairies d’arrondissement. Une consultation des habitants et des usagers du territoire sur leurs besoins et leurs idées sera également entreprise. Puis, il s’agira de créer les services nécessaires.
Kiosque citoyen
Avant / Après

Le Paris du quart d'heure en images

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La ville du quart d'heure en réponse à la crise sanitaire

La ville du quart d’heure est aussi une réponse à la crise sanitaire que nous traversons. De fait, avec l'épidémie de Covid -19, les Parisiens ont dû limiter leurs déplacements. D'où l’impérieux besoin de trouver près de chez soi les besoins "vitaux" et de limiter les risques de contamination propres aux transports et lieux publics. Des solutions rapides ont déjà été trouvées avec, par exemple, les pistes cyclables provisoires et les terrasses éphémères.
De plus, des réseaux de solidarité de proximité se sont mis en place pendant le confinement et ont démontré l’importance de renouer des liens d’entraide à l’échelle du quartier, en particulier pour les personnes âgées, handicapées ou isolées.
Dans ce contexte sanitaire dégradé, faire de Paris la ville des proximités c’est aussi renforcer la médecine de ville. En d'autres termes, il faut parvenir à rapprocher les services de santé du patient. Cette idée a commencé à avoir un début de concrétisation. La Ville de Paris et le département de Seine st Denis ont été en effet les 2 premiers territoires pilotes à déployer Covisan avec l'Assistance publique- hôpitaux de Paris (APHP) : ce dispositif de prévention, très proche des habitants, s’appuie sur la médecine de ville pour dépister les cas de Covid, accompagner les patients et prévenir les risques de contamination.
Ainsi, le concept de ville du quart d'heure permettrait non seulement de favoriser le bien être des habitants en leur simplifiant la vie et la ville mais constituerait aussi une réponse possible aux défis sanitaires et climatiques à venir.
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