Avec Don Carlos, Ferdinand Flame se saisit de la fable
politique de Schiller pour la mêler au dispositif, quasi panoptique, de
l’émission de télé-réalité Loft Story. La mise en scène des
protagonistes historiques, qui voient la Cour d’Espagne sombrer dans un
régime de post-vérité suite à la trahison de leur roi, entre ainsi en
résonance avec le terrarium où Loana et ses acolytes rivalisent entre
eux pour gagner en reconnaissance. Pourtant, de confession en
confession, quelque chose se déplace. Dans un monde où la valeur de la
parole s’érode à mesure qu’enflent les fake news et que s’étend
le royaume des apparences, les personnages du XVIe siècle, les jeunes
gens du loft, mais aussi les acteurs qui interprètent la pièce ne
cessent de se débattre. Malgré leur enfermement, malgré les structures
de pouvoir et en dépit des pièges de l’outrance et du narcissisme, leur
quête d’amour ne faiblit pas. Le recours aux techniques de la
télé-réalité – surtitres, confessionnal, voix off – se
transforme ainsi en une machinerie théâtrale diabolique où le vrai, pour
paraphraser Debord, est un moment du faux. Au soupçon répond l’exigence
de sincérité, et à la morsure du mensonge le désir inextinguible, sinon
l’idéal romantique, de vérité. Notre société, notre théâtre, deux lieux
de l’artifice et de son double.
Avec Claire Toubin, Jeanne Berger, Guillaume Gendreau, Oscar Montaz