Dans le cadre de l'année thématique Nature 2023, le département de la Réserve de la bibliothèque Sainte-Geneviève présente un cycle d'expositions sur les herbiers naturels du XVIe au XVIIIe siècle.
La bibliothèque Sainte-Geneviève conserve plusieurs manuscrits du XVIIe siècle comportant des plantes séchées, précieux témoins de notre patrimoine naturel. La présence de ces spécimens végétaux permet de les qualifier d’« herbiers naturels », par opposition aux herbiers ou traités de botanique manuscrits ou imprimés illustrés de dessins, de gravures, d’aquarelles, ou, plus rarement, d’impressions végétales (ensemble de procédés destinés à obtenir une image d’un végétal par impression à partir du végétal lui-même). D’autres expressions ont également pu être utilisées pour désigner ce type d’herbiers : « herbiers historiques », « herbiers vifs », « herbiers secs » ou encore « jardins d’hiver ».
L’invention du procédé de fabrication de l’herbier est souvent attribuée à Lucas Ghini (1490-1566), médecin et botaniste italien dont le rôle dans l’évolution de la botanique dans la première moitié du XVIe siècle est essentiel. Cette dernière se détache alors peu à peu de la médecine pour devenir une discipline indépendante. Les bases d’une véritable science botanique sont fondées, les voyages d’exploration accélèrent la découverte de nouvelles plantes et les premiers jardins botaniques sont créés en Italie sur un modèle nouveau, destinés à la fois à l’enseignement et à la conservation des collections de plantes à des fins d’études. L’herbier de Lucas Ghini, conçu comme outil pédagogique mais aussi d’étude personnelle, n’a pas été conservé, contrairement à ceux de son ami Ulisse Aldrovandi (1522-1605) (3), créateur du jardin botanique de Bologne, de Félix Platter (1536-1614), médecin bâlois, ou encore de Jehan Girault, étudiant en médecine à Lyon dans les années 1550.
Les herbiers anciens ne se ressemblent pas tous. Ceux qui sont exposés ici se présentent sous la forme de livres reliés ou de cahiers cousus : ce type d’herbier interdit tout reclassement ou échange des spécimens, contrairement aux herbiers en liasses ou en planches dont l’usage scientifique semble plus manifeste. Il existe également différents types de montage des végétaux collectés et séchés sur le support : ils peuvent être collés en plein ou par quelques points de colle seulement, cousus, fixés par des bandelettes de montage ou par des épingles ou encore insérés dans une fente pratiquée dans le support lui-même.
Contrairement aux herbiers modernes, les herbiers de la Renaissance ne donnent que très peu d’informations sur les conditions de la collecte (auteur, date, lieu…), et même pas toujours le nom des spécimens. Lorsque ce dernier est présent, il peut être donné en latin, en grec et/ou en langue vernaculaire selon les cas. La collection est parfois organisée par ordre alphabétique mais, le plus souvent, il est impossible d’identifier le principe de classement. La pratique évolue dans ce domaine, parallèlement à l’apparition des premières classifications méthodiques des végétaux au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles qui servent à certains botanistes pour classer leur considérable matériel d’herbier.