« Pourquoi veux-tu partir pour Cordoue ? – Parce que je ne connais pas le chemin », écrit Mahmoud Darwich. Le poète cerne ici la désorientation qui habitait déjà la conscience andalouse à l'époque de l'Espagne musulmane. Dans une cartographie scindée en zones étanches selon sept « climats », al-Andalus oscille entre la partie dite occidentale et la partie dite orientale, tiraillée entre les terres « chrétiennes » et la « maison de l'islam ». Or, c'est précisément en vertu de cette situation liminale qu'al-Andalus devient, selon Averroès, un lieu propice à la philosophie, capable de joindre l'héritage grec au monothéisme musulman. Autrement dit, l'impossibilité d'assigner al-Andalus à un lieu circonscrit est certes la source d'une intranquillité géopolitique, mais celle-ci n'est que l'envers de sa fécondité philosophique.
Avec Salima Zouaghi, professeure agrégée de philosophie et doctorante contractuelle au sein de l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, dans le cadre d'une thèse intitulée « Averroès et la théorie des climats », sous la direction de Jean-Baptiste Brenet. Ses recherches s'intéressent aux rapports entre philosophie et géographie, dans son pan médiéval comme dans son pan contemporain.