Matrimoine : 6 statues de femmes illustres ornent la façade de l'Hôtel de Ville… Les connaissez-vous ?
Mise à jour le 15/09/2026
Depuis 1882, 108 statues de célébrités, toutes nées à Paris, ornent les niches des quatre façades de l’Hôtel de Ville. Parmi elles, six femmes qui ont su marquer leur époque et l'histoire de la France.
Après l'incendie de 1871, l'Hôtel de Ville de Paris est entièrement reconstruit à la manière de la Renaissance par les architectes Ballu et Deperthes. Il est décidé que, comme pour le premier édifice, des statues de personnalités meubleraient ses niches sur trois niveaux. Une commission spéciale des Beaux-arts, responsable de ce programme décoratif, se réunit pour choisir les 108 personnalités qui auront cet honneur, ainsi que les sculpteurs à qui elles seront commandées. Le panel est large : écrivains, artistes, scientifiques, hommes politiques… mais il n'y a plus de rois.
Qu'elle soit du Moyen-âge, de la Renaissance ou contemporaine, chaque personnalité est représentée au naturel, en habit d'époque, les noms et dates clairement lisibles sur l'œuvre. Et un prérequis : elle doit être née à Paris. L’architecte du premier Hôtel de Ville (dont la construction débute en 1533), l'Italien Boccador, sera la seule exception.
Des personnages comme Molière ou Voltaire se retrouvent ainsi sur les niches donnant sur le parvis, les plus visibles et donc les plus prestigieuses, tandis que les figures de six femmes d'influence sont installées côté Seine, dans le jardin des appartements du Préfet, invisible du badaud. Aujourd’hui, on peut les admirer tous les week-ends, à l'occasion de l'ouverture au public du jardin des combattants de la Nueve. Qui sont-elles ?
Madame Roland
Vous aurez la chance d'apercevoir Manon Roland depuis la rue, même quand le jardin est fermé ! Épouse d’un inspecteur des manufactures, fondateur du Club des Jacobins à Lyon, cette femme était reconnue pour sa vivacité d'esprit et son rôle d'inspiratrice. Dès 1791, elle anime un salon où se retrouvent les grandes personnalités de la Révolution et devient l’égérie du groupe politique des Girondins. Elle finit guillotinée en novembre 1793. On dit qu'en prison, au tribunal comme sur l'échafaud, elle a toujours montré un courage stoïque.
Pour sa statue, Chatrousse la représente les cheveux lâchés, ce qui témoigne d'un idéal de liberté et de simplicité. Il a également porté une attention aux détails de son costume et n'a pas oublié de la doter d'un attribut important : un journal qu'elle tient fermement de sa main gauche.
Madame de Sévigné
Au XVIIe siècle, Madame de Sévigné, veuve à 25 ans et jamais remariée, anime un salon d'intellectuels dans ses appartements de l’hôtel de Carnavalet. Quand sa fille qu'elle idolâtre se marie et s'éloigne de Paris, elle entame une correspondance qui marquera l'histoire littéraire. Pleines de sensibilité, Les Lettres de madame de Sévigné décrivent la vie parisienne de l'époque dans ses moindres détails.
On la retrouve ici, sculptée par Aizelin, coiffée d’une coiffure typique du Grand siècle et tenant une lettre dans la main.
Madame de Staël
Représentée en femme du monde avec son éventail et son diadème, Madame de Staël, fille d'un ministre de Louis XVI, est une grande personnalité du monde des arts et de la culture de la fin du XVIIIe siècle. Elle écrit nombre d'ouvrages philosophiques et de romans et aime se faire représenter par les peintres tantôt en poétesse à l'antique, tantôt coiffée d'un somptueux turban. On retiendra aussi que, sous le Directoire, elle résiste fermement à Napoléon, qui finit par l'assigner à résidence. Madame de Staël réussit à s'enfuir, mais sa vie n'est qu'une suite d'exils jusqu'à la chute du régime.
Madame Vigée Lebrun
C'est l'une des peintres les plus célèbres de la fin du XVIIIe siècle. Autodidacte, elle réussit à s'imposer dans le monde de l'art très peu ouvert aux femmes et croque la haute société parisienne. Ses portraits de la reine Marie-Antoinette lui assurent une immense renommée. À la Révolution, menacée, elle est obligée de fuir. Elle parcourra toutes les cours d'Europe où les souverains s'arracheront son talent.
Comme les autres femmes représentées sur l'Hôtel de Ville, elle affirme une grande indépendance. Le sculpteur Pépin n'a pas oublié de doter sa statue d'une palette de peintre. Sa robe est ornée d'une fraise, détail vestimentaire que l'on retrouve dans les autoportraits de l'artiste.
Madame Geoffrin
Toutes les gens de lettres du XVIIIe siècle se ruaient dans le salons de cette femme d’influence… et autoritaire ! Veuve jeune, elle fait fructifier l’argent de son mari et décide d'octroyer des pensions aux artistes pour leur donner la liberté d'écrire. Elle est ainsi le mécène de Diderot et d'Alembert quand ils écrivent leur grande Encyclopédie. Le sculpteur Francheschi la représente sans attribut, mais avec un geste d'éloquence.
George Sand
On ne présente plus cette grande figure des lettres du XIXe siècle. Après avoir rompu avec son mari, Aurore Dupin prend le pseudonyme de George Sand, s'habille en homme et vit de sa plume : elle publie des articles, des essais, des pièces de théâtre, de nombreux romans et acquiert une réputation dans toute l'Europe. C'est pourtant un portrait très assagi de cette artiste scandaleuse qu'a choisi de sculpter Bourgeois, représentée dans sa niche en « bonne grand-mère », en chignon sage et voilette.
George Sand meurt en 1876, à peine quelques années avant que sa figure ne trouve sa place sur la façade de l'Hôtel de Ville…
À noter que les petites maquettes en plâtre de cinq de ces six statues sont conservées par la Ville. Il est même possible d'admirer la statuette représentant Madame Roland au musée Carnavalet !
Une seule sculptrice
De grands sculpteurs ont laissé leur trace sur la façade, comme Rodin qui a réalisé la statue de l'encyclopédiste d'Alembert. Mais on retiendra une femme, seule sculptrice, Hélène Bertaux, pour la statue du peintre Jean Siméon Chardin (façade rue de Lobau). Artiste reconnue pour ses œuvres monumentales, elle créé en 1881 l'Union des femmes peintres et sculpteurs et usera au long de sa carrière de sa notoriété pour promouvoir l'éducation artistique féminine.
Découvrez l'histoire d'Hélène Bertaux sur Les MonumentalEs.
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