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Le musée Carnavalet dévoile son nouveau visage

Mise à jour le 08/02/2021
Fermé depuis 2016 pour subir une indispensable rénovation, le musée dédié à l'histoire de Paris est en effervescence pour préparer sa réouverture, espérée au printemps. On vous emmène dans ses allées au fil d'un parcours transfiguré, entre frustration devant les œuvres encore dissimulées aux regards, et excitation de savoir leur dévoilement imminent.
Quatre longues années que le plus parisien des musées de la capitale a dû fermer ses portes. Une éternité pour les féru·e·s d'art et d'histoire, mais une nécessité pour cette institution parisienne qui, créée dans les murs d'un hôtel particulier, puis étendue dans un second, avait besoin de faire peau neuve pour accueillir ses publics et valoriser ses collections dans les meilleures conditions.
Objets archéologiques, peintures, sculptures, mobilier, maquettes, photographies… L'immense collection du musée, riche de plus de 600 000 oeuvres, illustre l’évolution de la ville de la Préhistoire à nos jours, la montrant à diverses époques, notamment à travers sa vie quotidienne et intellectuelle. Si c'est l'histoire de Paris qui est contée, ses dates clés comme ses temps longs se confondent bien souvent avec ceux de l'histoire de France.
C'est l'histoire d'une ville qui fait marcher le pays dans le même élan, et c'est ainsi celle de la centralisation du pouvoir en France qui apparait en filigrane de la visite. À l'occasion de cette rénovation et plus que jamais, Carnavalet veut toutefois incarner l'histoire de tous et toutes les Parisien·ne·s, et non plus seulement de ses personnalités les plus illustres, occupant des positions de pouvoir.

Un musée composite en recherche de lisibilité

L’idée d’un musée consacré à l’histoire de Paris s’imposa sous le Second Empire. Le baron Hausmann refaçonne la ville, et une grande partie du cœur historique de la capitale est appelé à disparaître. Nait alors l'idée de créer un musée pour conserver la mémoire passé. La municipalité acquiert l’hôtel Carnavalet en 1866 pour y abriter la nouvelle institution, dans un édifice qui avait été habité, de 1677 à 1696, par Madame de Sévigné. Le musée ouvrira ses portes en 1880. Agrandi à plusieurs reprises, il occupe également, depuis 1989, l’hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau, édifice voisin bâti en 1688.
Le musée Carnavalet a donc grandi entre les murs de (luxueuses) habitations, et l'installation des oeuvres s'y est faite au fil du temps, sans pouvoir construire une scénographie parfaitement cohérente et réfléchie. Composite, hétéroclite, le musée avait besoin d'une rénovation d'envergure pour trouver unité et lisibilité dans son parcours de visite. Des travaux de mise aux normes de sécurité étaient également nécessaires, ainsi que la mise en place d'une plus grande accessibilité, notamment pour les enfants et les personnes malvoyantes.
Au fil d'un parcours chronologique long de plus de 1,5 kilomètres, les quelque 3800 pièces extraites des collections se déploient au rythme des grandes périodes et des grandes dates de l'histoire de la ville. Une visite chronologique toutefois parsemée d'incises thématiques, pour se permettre des gros plans sur des personnages, des sujets, des objets méritant à eux seuls le détour.

Un défi : réinventer l'expérience de visite

Entrée en matière de la visite telle que pourra la vivre le public: la traversée de deux "salles des enseignes", qui donnent la sensation de parcourir une rue de Paris au début du 20ème siècle, au fil de commerces de bouche, d'auberges, d'apothicaires ou de tabacs… On pénètre ensuite dans deux salles d'introduction, qui doivent positionner le musée aux yeux des visiteur·euse·s, de dessiner les contours de son identité: on fixe les limites de la ville, on montre ses symboles. Un fois ce cadre fixé, on passera dans la salle réservée à "l'œuvre du mois", qui rendra hommage à une pièce emblématique de la collection.
Dès ces premiers pas dans les allées du musée, les apports de la rénovation en termes d'accessibilité sont notables: la scénographie a été voulue "à hauteur d'enfant", avec des cartels adaptés et souvent agrémentés de dessins réalisés par de jeunes mains. De nombreuses maquettes jalonnent le parcours, dont beaucoup sont accessibles aux plus petits. Des panneaux d'information sur les salles et les œuvres exposées sont également écrits en braille, tandis que des dispositifs interactifs, classiques mais nouveaux pour le musée, sont nouvellement disponibles.
L'on plonge ensuite dans les entrailles du musée, dans ses sous-sols, pour découvrir les fondations de l'histoire parisienne à travers les trouvailles de la recherche archéologique. L'histoire de Paris commence en effet 9000 ans avant JC, et l'on rencontre dans ces salles des molaires de mammouth, des pirogues du Néolithique (4500-2000 avant J.-C.), une trousse du chirurgien ou encore une empreinte funéraire d’un visage d’enfant du IIIe siècle…

Un voyage de la Préhistoire à nos jours

Et l'on remonte peu à peu les étages du musée pour explorer l'histoire de Paris à travers les époques. Si de nombreuses œuvres sont encore drapées ou en cours d'installation, et les restaurateur·trice·s à leur chevet, travaillant avec patience et minutie, on peut d'ores et déjà apprécier la fluidité de la scénographie. Encore en chantier, l'espace dédié à la Révolution Française sera morceau de choix de la visite, une enfilade de salles où l'on revivra ses développements presque heure par heure, ainsi que la rédaction de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
La période romantique de la capitale est bien sûr à l'honneur, immortalisée par de nombreux tableaux. Opéra, cafés, théâtres… La "vie parisienne" de l'époque concerne peu les populations les moins favorisées, que l'on retrouvera en 1871 lors de la Commune de Paris, où l'Hôtel de Ville sera totalement détruit par les flammes. Viennent ensuite des salles dédiées à Montmartre ou au Paris de la Belle Époque, puis à celui de l'entre deux guerres, où le bouillonnement artistique attire les artistes du monde entier. La section consacrée à la deuxième guerre mondiale est succinct, puisque largement traitée par le musée de la Libération de Paris. Et on termine le voyage par l'évocation du quartier de Pigalle, ou encore les "événements" de mai 68… L'histoire de Paris continue bien sûr, et le musée s'enrichira de nouvelles pièces au fil de son écriture.

Les décors reconstitués, joyaux du musée

Grandes attractions de la visite, les décors reconstitués impressionnent. Si les salons et les chambres des différentes époques se succèdent, richement décorés et meublés de pièces caractéristiques de leur temps, ce sont surtout les intérieurs de personnages réels qui marquent: dans les appartements de la marquise de Sévigné (qui vécut 19 ans à l'Hôtel Carnavalet), on peut l'imaginer assise à son bureau laqué chinois, écrivant sa fameuse correspondance, ou se représenter Marcel Proust dans sa chambre, entre son lit de laiton et sa petite table couverte de plumes, d'encre et de cahiers… La reconstitution de la bijouterie Fouquet, décorée par l'immense Alfons Mucha, est également un clou de la visite.
Si l'ample rénovation du musée apporte une grande clarté dans la scénographie, il conserve ce côté labyrinthique et foisonnant qui fait également son charme. Les salles s'enchâssent en chapelets historiques ou thématiques, riches de décors opulents et d'oeuvres en cascade… Une excellente raison pour y revenir autant de fois que vous voudrez, qui vous permettront d'apprécier les trésors du musée à leur juste valeur. Rendez-vous au printemps…

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