Pour la Serbie, déjà épuisée par les guerres des Balkans qui venaient de se terminer, la Première Guerre mondiale fut longue et dure. Les théâtres ne fonctionnaient pas sur le territoire serbe, ni à Novi Sad qui avait appartenu, avant la guerre, à la monarchie austro-hongroise.
Dans l’entre-temps, la vie théâtrale se propageait hors des frontières du pays. Soldats, prisonniers, blessés, réfugiés - tous deviennent acteurs, et ainsi, le théâtre renaît là où ils s’arrêtent.
Les spectacles étaient joués en plein air, dans les amphithéâtres déjà existants ou dans les baraques, garages ou autres bâtisses convenables ; les gradins pouvaient accueillir de quelques centaines à quelques milliers de spectateurs. La scénographie était improvisée à partir de boîtes à munitions ou d’ailes d’avion inutilisables, ou bien de matériaux laborieusement récupérés depuis les villes les plus proches.
Le répertoire était majoritairement composé de pièces aux sujets patriotiques et nationaux ; les comédies des auteurs serbes (Trifković, Sterija, Nušić) étaient aussi bien reçues. Des pièces d’auteurs étrangers étaient également jouées, y compris celles de Molière. Certains textes étaient apportés en exil depuis la Serbie, mais la plupart étaient mis à l’écrit par les acteurs eux-mêmes, d’après leur mémoire.
Dans tous les théâtres et leurs programmes, un rôle considérable appartenait aux orchestres militaires, aux musiciens civils et aux orchestres de Tziganes, guidés par des musiciens professionnels.
Hormis les troupes de théâtre organisées, au front et en exil, les acteurs serbes préparaient également des programmes de manière individuelle.
C’est grâce à l’impulsion primordiale de l’homme que le théâtre est né et qu’il dure depuis des siècles comme son besoin quotidien.
Le rôle et l’importance que ces théâtres avaient pour les soldats, les prisonniers et les malades, dans des périodes d’angoisse, de dépression et de nostalgie, restent encore à estimer. L’histoire de cette époque extrêmement difficile sera racontée au cours de l’exposition par la photographie, les documents et le matériel audio-visuel conservés au Musée de l’art théâtral de Serbie.
Auteurs de l’exposition et du catalogue : Mirjana Odavić et Jelica Stevanović
Design : Jovan Tarbuk
Vidéo : Predrag Tončić
Traduction : Marija Panić