Nature sauvage et usages urbains sur la Petite Ceinture de Paris

Focus

Mise à jour le 12/05/2026

Perspective de Réaménagement de la Petite Ceinture en espace de promenade - secteur Bédier Oudiné - Paris 13e
Cette recherche étudie la transformation de la Petite Ceinture de Paris, ancienne voie ferrée devenue friche urbaine, en espace de biodiversité et de nouveaux usages urbains. Elle analyse les relations entre nature spontanée, politiques publiques et appropriations habitantes dans un territoire longtemps resté en marge de la ville officielle.
Infos clés
Dispositif : Cifre
Chercheur-se : Julie SCAPINO
Période : 2013 - 2016
Statut : thèse soutenue
Direction : Direction des Espaces Verts et de l'Environnement
Thématique : biodiversité urbaine, friches urbaines

Présentation

Cette thèse explore la manière dont une ancienne infrastructure ferroviaire abandonnée — la Petite Ceinture de Paris — est progressivement devenue un espace de biodiversité, d’expérimentations urbaines et d’appropriations sociales multiples.
Longtemps fermée au public après l’arrêt progressif des trains dans les années 1990, la Petite Ceinture a vu se développer des usages spontanés : promenades, graffiti, jardins informels, refuges précaires ou explorations urbaines.
Parallèlement, la Ville de Paris a intégré cette friche dans sa politique de biodiversité urbaine, notamment à travers le Plan biodiversité de Paris adopté en 2011. La Petite Ceinture devient alors un “corridor écologique” et un “réservoir de biodiversité” à préserver et aménager.
La recherche interroge ainsi la rencontre — parfois conflictuelle — entre deux dynamiques :
  • l’appropriation spontanée d’un espace abandonné par ses usagers ;
  • son institutionnalisation progressive au nom de la nature et de l’écologie.

Méthodologie

La recherche repose principalement sur une enquête ethnographique menée sur plusieurs tronçons de la Petite Ceinture parisienne.
L’autrice combine :
  • observations de terrain ;
  • participation à des réunions publiques et concertations ;
  • entretiens avec des habitants, promeneurs, jardiniers, graffeurs, naturalistes et agents municipaux ;
  • analyse des politiques publiques de biodiversité ;
  • étude des transformations paysagères et urbaines.
Le travail croise ainsi anthropologie, écologie urbaine et études urbaines pour comprendre les usages, les représentations et les conflits autour de cette friche ferroviaire.

Résultats

Une friche devenue refuge écologique
L’abandon progressif de la voie ferrée a permis le développement d’une biodiversité urbaine importante. La Petite Ceinture accueille de nombreuses espèces animales et végétales et constitue aujourd’hui un corridor écologique majeur dans Paris.
La recherche montre que les friches urbaines peuvent jouer un rôle écologique essentiel dans les villes denses.
Un espace d’usages informels et d’appropriations multiples
La thèse met en évidence la richesse des usages sociaux développés sur la Petite Ceinture : exploration, promenade, graffiti, jardinage, sociabilités marginales, refuges précaires ou pratiques artistiques.
Ces usages reposent précisément sur le caractère indéterminé et peu contrôlé de la friche, perçue comme un espace “à part” dans la ville.
L’autrice montre que ces lieux permettent des formes de liberté, d’expérimentation et d’urbanité spontanée devenues plus rares dans les espaces publics fortement réglementés.
La biodiversité comme nouvel outil de transformation urbaine
La recherche analyse aussi comment la biodiversité devient un outil d’aménagement urbain et de réintégration des friches dans la ville institutionnelle.
À travers :
  • la gestion écologique ;
  • les inventaires naturalistes ;
  • les promenades aménagées ;
  • les jardins partagés ;
  • les projets municipaux ;
la Petite Ceinture passe progressivement d’un espace marginal à un espace encadré et valorisé.
Une tension entre spontanéité et normalisation
L’un des principaux apports de la thèse est de montrer la tension entre :
  • préserver une nature spontanée ;
  • aménager et sécuriser les lieux ;
  • maintenir des usages libres ;
  • répondre aux objectifs institutionnels de biodiversité et d’attractivité urbaine.
L’autrice souligne que la “mise en écologie” de la ville peut aussi produire de nouvelles formes de contrôle des espaces urbains.

Apports pour la Ville

Cette recherche apporte des éléments utiles aux politiques parisiennes de biodiversité, d’aménagement urbain et de gestion des friches.
Elle permet notamment de :
  • mieux comprendre les usages sociaux des espaces délaissés ;
  • penser les friches comme des espaces écologiques et sociaux ;
  • intégrer les pratiques habitantes dans les projets d’aménagement ;
  • réfléchir aux tensions entre ouverture au public, préservation écologique et contrôle urbain ;
  • nourrir les stratégies de biodiversité urbaine et de ville durable.
La thèse montre également que les espaces vacants jouent un rôle important dans les équilibres sociaux et écologiques des métropoles contemporaines.

Partenaires

  • Direction des Espaces Verts et de l'Environnement (DEVE) – Ville de Paris
  • Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN)
  • Observatoire parisien de la biodiversité
  • Agence d’écologie urbaine

Consulter la thèse

Le dispositif Cifre
Cette recherche est menée dans le cadre du dispositif CIFRE (Convention industrielle de formation par la recherche), qui permet à un doctorant ou une doctorante de conduire une thèse en partenariat avec une structure publique ou privée.
À la Ville de Paris, ce dispositif favorise le développement de recherches en lien direct avec les politiques publiques parisiennes.
En savoir plus sur le dispositif Cifre
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