La participation des enfants en protection de l’enfance : des droits aux pratiques
Mise à jour le 27/05/2026
Cette thèse analyse la manière dont les enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance participent — ou non — aux décisions qui les concernent. À partir d’une enquête de terrain menée auprès d’enfants, de familles et de professionnel·les, elle identifie les pratiques, les contextes et les relations qui favorisent une participation réellement significative des enfants dans les parcours de protection.
Chercheur-se : Elodie FAISCA
Période : 2020 - 2024
Statut : thèse soutenue
Direction : Direction de l'Action sociale, de l'Enfance et de la Santé
Thématique : protection de l'enfance, droits de l'enfant
Depuis plusieurs décennies, les politiques de protection de l’enfance accordent une place croissante aux droits et à la parole des enfants. Pourtant, de nombreux jeunes accompagnés par l’aide sociale à l’enfance estiment encore que les décisions se prennent souvent “pour eux” mais “sans eux”.
Cette recherche s’intéresse concrètement à la manière dont les enfants âgés de 8 à 14 ans peuvent participer aux décisions élaborées dans le cadre de leur accompagnement par l’aide sociale à l’enfance.
La thèse analyse :
- les espaces où la parole des enfants peut être exprimée ;
- les moments où elle est entendue ou ignorée ;
- les pratiques professionnelles qui favorisent leur participation ;
- ainsi que les obstacles institutionnels ou relationnels qui limitent leur implication.
Elle montre que la participation ne dépend pas uniquement du droit formel à s’exprimer, mais aussi :
- de la qualité des relations ;
- des conditions d’écoute ;
- de la compréhension des situations ;
- et de la manière dont les décisions sont construites au quotidien.
Méthodologie
La recherche repose sur une démarche ethnographique menée entre 2020 et 2023 au sein de services de protection de l’enfance.
La doctorante a suivi pendant plusieurs mois les pratiques quotidiennes de professionnel·les référent·es de l’aide sociale à l’enfance intervenant auprès de huit enfants âgés de 8 à 14 ans.
L’enquête combine :
- observations de terrain ;
- entretiens avec les enfants ;
- échanges avec les familles ;
- entretiens avec les professionnel·les ;
- analyse des écrits professionnels ;
- et observation d’audiences et de réunions.
La recherche adopte une approche centrée sur l’expérience vécue des enfants afin de comprendre :
- comment ils perçoivent leur participation ;
- ce qui leur permet de se sentir entendus ;
- et ce qui, au contraire, les invisibilise ou les décourage.
Résultats
La participation des enfants dépend fortement des relations construites avec les adultes
La thèse montre que les expériences de participation jugées positives par les enfants reposent largement sur :
- des relations de confiance ;
- une présence stable des professionnel·les ;
- et des espaces de dialogue sécurisants.
Les enfants participent davantage lorsqu’ils :
- comprennent les décisions ;
- reçoivent des informations claires ;
- et sentent que leur point de vue peut réellement influencer les échanges.
Les enfants sont souvent “vus” mais pas toujours réellement entendus
L’enquête montre que la parole des enfants peut être :
- recueillie ;
- retranscrite ;
- ou évoquée dans les écrits professionnels,
sans pour autant être pleinement prise en compte dans les décisions finales.
La thèse met en évidence plusieurs mécanismes :
- reformulation de la parole par les adultes ;
- hiérarchisation des points de vue ;
- ou interprétation des comportements et émotions des enfants.
Les audiences et réunions peuvent être difficiles pour les enfants
Les audiences judiciaires et certains espaces de concertation apparaissent souvent impressionnants ou peu adaptés aux enfants.
La recherche montre que :
- les enfants sont parfois peu préparés ;
- les échanges restent très centrés sur les adultes ;
- et les formes d’expression attendues ne correspondent pas toujours à leurs capacités ou à leur vécu.
La participation passe aussi par des formes d’expression non verbales
La thèse souligne que les émotions, les attitudes, les silences ou les comportements constituent aussi des formes d’expression importantes.
Elle invite à dépasser une vision limitée de la participation fondée uniquement sur :
- la prise de parole formelle ;
- ou la présence dans les réunions.
Les enfants peuvent participer de manière progressive, indirecte ou relationnelle.
Les organisations institutionnelles peuvent freiner la participation
La recherche met en évidence plusieurs obstacles structurels :
- manque de temps des professionnel·les ;
- lourdeur administrative ;
- multiplication des procédures ;
- fragmentation des interventions ;
- ou rotation des interlocuteurs.
Ces contraintes limitent parfois la possibilité de construire des relations durables avec les enfants.
La participation doit être pensée comme un processus vivant
La thèse propose finalement une modélisation de la participation des enfants fondée sur :
- les relations ;
- les émotions ;
- les contextes ;
- les temporalités ;
- et les dynamiques institutionnelles.
Elle montre que participer ne signifie pas seulement “donner son avis”, mais pouvoir :
- comprendre ;
- être soutenu ;
- disposer d’espaces adaptés ;
- et voir son point de vue réellement considéré.
Apports pour la Ville
Cette recherche apporte des connaissances utiles pour :
- améliorer les pratiques de protection de l’enfance ;
- renforcer la place des enfants dans les décisions ;
- et adapter les dispositifs d’accompagnement aux besoins réels des jeunes concernés.
Les travaux permettent notamment :
- d’identifier les conditions d’une participation significative ;
- de mieux comprendre les effets des organisations institutionnelles ;
- et de soutenir les professionnel·les dans leurs pratiques relationnelles et éducatives.
La thèse contribue également :
- aux réflexions sur les droits de l’enfant ;
- la qualité de l’accompagnement ;
- et l’évolution des politiques publiques de protection de l’enfance.
Partenaires
- Direction de l'Action sociale, de l'Enfance et de la Santé (DASES) - Ville de Paris
- Université Paris Nanterre
- Centre de Recherches Éducation et Formation (CREF)
- ANRT
Consulter la thèse
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