Le chômage comme responsabilité individuelle : comprendre les mécanismes du jugement social
Mise à jour le 27/05/2026
Cette thèse analyse les stéréotypes et jugements sociaux associés aux personnes sans emploi. À travers plusieurs études en psychologie sociale, elle montre comment les croyances méritocratiques — selon lesquelles chacun réussirait uniquement grâce à ses efforts — influencent la manière dont le chômage est perçu et peuvent renforcer la stigmatisation des chômeurs.
Chercheur-se : Charlotte RAUSCHER
Période : 2020 - 2024
Statut : thèse soutenue
Direction : Direction de l'Attractivité et de l'Emploi
Thématique : emploi, inégalités sociales
Présentation
Cette recherche s’intéresse au regard porté sur les personnes au chômage dans la société française.
Alors que le chômage est souvent présenté comme relevant de la responsabilité individuelle, la thèse interroge les conséquences de cette vision sur :
- les représentations sociales ;
- les politiques publiques ;
- et les discriminations rencontrées par les personnes sans emploi.
Le travail montre que les personnes au chômage font fréquemment l’objet de stéréotypes négatifs les présentant comme :
- peu motivées ;
- moins compétentes ;
- ou responsables de leur situation.
La recherche explore plus particulièrement le rôle des croyances méritocratiques, c’est-à-dire l’idée selon laquelle chacun obtiendrait sa place dans la société uniquement grâce :
- à son travail ;
- ses efforts ;
- et ses compétences.
À travers plusieurs études expérimentales, la thèse analyse la manière dont ces croyances influencent :
- les jugements sociaux ;
- les attributions de responsabilité ;
- et la perception de l’employabilité des personnes sans emploi.
Méthodologie
La recherche repose sur plusieurs études menées en psychologie sociale entre 2021 et 2024.
La doctorante combine :
- questionnaires ;
- expériences en ligne ;
- études comparatives ;
- et analyses statistiques.
Les travaux portent sur :
- les représentations du chômage ;
- les attributions causales du chômage ;
- les croyances méritocratiques ;
- et les jugements portés sur des profils fictifs de personnes en emploi ou sans emploi.
Plusieurs catégories de participants ont été étudiées :
- étudiants ;
- travailleurs ;
- recruteurs ;
- et grand public.
La recherche s’appuie également sur une analyse des politiques de retour à l’emploi et des représentations sociales contemporaines du chômage.
Résultats
Les personnes au chômage restent fortement stigmatisées
La thèse montre que les personnes sans emploi sont encore largement associées à des caractéristiques négatives.
Elles sont plus souvent perçues comme :
- moins compétentes ;
- moins motivées ;
- ou moins méritantes que les personnes en emploi.
Ces représentations influencent directement la perception de leur employabilité.
Les croyances méritocratiques renforcent le blâme des chômeurs
Les résultats montrent que les individus adhérant fortement à une vision méritocratique du travail ont davantage tendance à :
- attribuer le chômage à des causes individuelles ;
- considérer les personnes sans emploi comme responsables de leur situation ;
- et minimiser le poids des facteurs économiques ou structurels.
Le chômage apparaît alors comme :
- un manque d’effort ;
- de motivation ;
- ou de compétence.
Le chômage peut devenir un frein au retour à l’emploi
La recherche confirme l’existence d’une forme de discrimination liée au chômage lui-même.
Les personnes sans emploi sont jugées moins employables, y compris lorsque :
- leurs compétences ;
- leur expérience ;
- ou leurs qualifications
sont comparables à celles de personnes en emploi.
Le chômage peut ainsi produire un cercle vicieux :
- perte d’emploi ;
- stigmatisation ;
- difficultés de retour à l’emploi.
Les facteurs structurels sont souvent sous-estimés
La thèse montre que les explications liées :
- au marché du travail ;
- à la concurrence ;
- aux discriminations ;
- ou aux pratiques de recrutement
sont moins mobilisées que les explications centrées sur les individus.
Cette focalisation sur la responsabilité individuelle influence également les politiques publiques d’accompagnement des demandeurs d’emploi.
Les représentations sociales influencent les politiques de l’emploi
La recherche souligne que certaines politiques d’activation du retour à l’emploi reposent implicitement sur l’idée que les personnes au chômage manqueraient surtout :
- de motivation ;
- d’investissement ;
- ou d’efforts.
Or, les résultats montrent que :
- les obstacles structurels ;
- les discriminations ;
- et les représentations sociales négatives
jouent aussi un rôle important dans les difficultés rencontrées.
Le regard porté sur le chômage a des effets psychologiques importants
La thèse rappelle enfin que les personnes sans emploi sont confrontées :
- à une perte de confiance ;
- une dégradation du bien-être ;
- une fragilisation de l’estime de soi ;
- et des expériences répétées de jugement social.
Ces mécanismes peuvent affecter durablement :
- la santé mentale ;
- la motivation ;
- et les trajectoires professionnelles.
Apports pour la Ville
Cette recherche apporte des connaissances utiles sur :
- les représentations sociales du chômage ;
- les mécanismes de discrimination ;
- et les difficultés de retour à l’emploi.
Les travaux permettent notamment :
- de mieux comprendre les effets des stéréotypes sur les demandeurs d’emploi ;
- d’interroger certaines logiques d’accompagnement ;
- et de réfléchir à des politiques de l’emploi moins centrées sur la seule responsabilité individuelle.
La thèse contribue également :
- aux réflexions sur l’inclusion professionnelle ;
- la lutte contre les discriminations ;
- et l’accompagnement des publics éloignés de l’emploi.
Partenaires
- Direction de l'Attractivité et de l'Emploi (DAE) - Ville de Paris
- Université de Strasbourg
- Laboratoire de Psychologie des Cognitions (LPC)
- ANRT
Consulter la thèse
À la Ville de Paris, ce dispositif favorise le développement de recherches en lien direct avec les politiques publiques parisiennes.
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