Lily Munson, nouvelle vigie du mobilier urbain à Paris
Mise à jour le 16/09/2026
Son obsession ? Le mobilier urbain ! Lily Munson, nouvelle déléguée générale au design et à l’esthétique, a même tapissé son bureau de photos de bancs et de panneaux de signalisation. Son rôle à la Ville ? Redonner une cohérence à son mobilier, répondre aux enjeux de qualité et de durabilité, favoriser de nouveaux usages, renforcer l’accessibilité ou encore adapter Paris au changement climatique. Sa conviction ? Pour embellir Paris, il faut commencer par désencombrer l’espace public.
C’est une nouveauté à la Ville de Paris : vous vous occupez du design et de l’esthétique de la capitale. En quoi cela consiste-t-il ?
Je comprends que cela peut être flou car Paris est déjà une ville très belle, qui se suffit à elle-même. Mon travail va être de m'assurer qu'elle le reste. Paris, ce sont des millions d’usages et d’usagers, des personnes qui passent, qui vivent, qui visitent… Il est nécessaire d'avoir une vigie qui coordonne, fait remonter, essaie de trouver des solutions, impulse… Pour cela, je vais travailler avec l'ensemble des directions qui interviennent dans l’espace public, en m’appuyant sur leurs expertises et leurs savoir-faire.
Au sein de la Commission de régulation de l'espace public, j'examine, par exemple, les nouveaux objets susceptibles d'entrer dans le catalogue de la Ville : un banc, une poubelle, un dispositif de signalétique… En m’assurant qu’ils répondent aux enjeux d’insertion paysagère, de durabilité, d’accessibilité, de réparabilité, d'utilité. Je veille aussi à ce que l’on n’installe plus aucun mobilier difficile à entretenir. Il y a des choses très belles sur le moment, mais qui vieillissent très mal. Disons que mon travail, c'est à 10 % de donner de l'espace à des créateurs, designers, artistes pour concevoir de nouveaux objets et, à 90 %, d’empêcher les problèmes d’apparaître.
Concrètement, quels sont les premiers projets ?
Alors que la Paris Design Week s'achève, Emmanuel Grégoire a annoncé une série de concours destinés aux artistes, architectes, paysagistes. Nous leur proposons notamment de mettre leur créativité au service de projets comme les nouvelles poubelles de rue afin de remplacer les deux modèles existants. Ils pourront également travailler sur une gamme de mobilier dédiée aux bords de Seine.
Afin d'apporter plus de joie dans l’espace public, la Ville souhaite développer des aires de jeux plus ambitieuses, à l'image de l'aire XXL de la porte Pouchet (18e), du mobilier à hauteur d’enfants et des marquages au sol des « rues aux écoles » plus originaux.
déléguée générale au design et à l’esthétique urbaine
Moins « jolis » mais très importants, les défibrillateurs et la façon dont on peut les incorporer dans l'espace public tout en gardant un cap : le « beau » !
Vous revendiquez une fascination particulière pour les bancs. Pourquoi ?
D’abord, parce que c'est un mobilier bien plus complexe qu’on ne le pense ! Un banc doit être accessible, confortable, robuste, réparable, durable, facile à entretenir et s’intégrer dans le paysage parisien. De nombreux designers s’y sont cassés les dents ! Comme l'écrit Viviane Chocas dans son livre Un banc, qu'est-ce que ça change ?, le banc diffuse un message très simple aux passants : vous êtes les bienvenus ici. C'est une reconquête de l'espace public : il autorise tout un chacun à s’arrêter, à s'installer, à y avoir une conversation, une rencontre, à y lire ou à déjeuner… gratuitement.
C’est aussi pour cela que l’on a déployé cet été de nouveaux mini-bancs Davioud dans les « rues aux écoles » (ce qui porte leur nombre à 70) pour que les enfants puissent se retrouver après la classe. Nous allons donc mener une réflexion autour des bons endroits où mettre de nouveaux bancs.
Vous défendez en même temps une politique de désencombrement. Pourquoi faut-il, selon vous, retirer du mobilier urbain à Paris ?
Parce que, au fil des années, la Ville est devenue extrêmement chargée. Potelets en plastique, barrière dite « croix de Saint-André », panneaux de signalisation, poubelles compactantes ou objets devenus obsolètes se sont accumulés. Or les usages ont évolué, il y a moins de voiture et plus de vélos, il y a plus de besoins en marchabilité, en accessibilité et nous souhaitons, en outre, redonner de la place aux enfants et aux femmes dans les rues.
Nous allons analyser l’espace public pour identifier ce qui peut être supprimé, notamment pour diminuer la pollution visuelle
déléguée générale au design et à l’esthétisme de Paris
Aussi, dans le cadre du plan de désencombrement de l'espace public et de lutte contre la saleté à Paris porté par le maire de Paris, nous allons analyser méthodiquement chaque rue pour identifier ce qui peut être supprimé, notamment pour diminuer la pollution visuelle. Moins d’objets, c’est aussi moins de choses à réparer, à nettoyer ou à détaguer. Faire le beau commence par supprimer le moche !
S’occuper du design et de l’esthétique, est-ce compatible à l’adaptation au changement climatique ?
Bien sûr ! Je pense à la végétalisation, à la présence de l’eau à travers des brumisateurs, des miroirs d'eau et des fontaines, à des revêtements de sol permettant de créer des effets d'infiltration ou encore aux ombrières statiques, pour lutter contre les îlots de chaleur. D'ailleurs, à la fin du mois de septembre, nous allons tendre une toile d’ombrage temporaire entre deux immeubles rue Jomard (19e) pour tester la sécurité et la prise au vent d'un tel dispositif. L'objectif est d'être prêts pour une implantation l’été prochain en cas de canicule.
Quelles rues ou places parisiennes vous inspirent particulièrement ?
La nouvelle place Félix-Éboué (12e) correspond à beaucoup de principes que nous voulons défendre : de l’eau, des arbres, de la biodiversité, des espaces de jeu, du mobilier patrimonial et un vrai travail sur l’accessibilité. Je trouve aussi la place Denfert-Rochereau (14e) très inspirante, notamment pour son travail autour du réemploi des pavés parisiens et ses bancs en calcaire de Souppes-sur-Loing (Seine-et-Marne), qui renouent avec l’histoire des matériaux de la ville. J’aime aussi certaines rues du Marais (Paris Centre), où les pavés ont été conservés, ou la rue Edouard Pailleron, dans le 19e, pour son impressionnante végétalisation..
Lily Munson en quelques dates
2015 - Sort diplômée de l'École normale supérieure de Lyon avec un Master en histoire contemporaine
2018-2023 - Occupe des fonctions de conseillère politique au sein du cabinet de l’adjoint à l’urbanisme et à l’architecture de la Ville de Paris
2022 - Corédige les trois premiers tomes du Manifeste pour la Beauté de Paris (le quatrième est en préparation).
1er juillet 2026 - Est nommée déléguée générale au design et à l'esthétisme de Paris.
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