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Série

Les 150 ans de la Commune : les figures incontournables (3/5)

Mise à jour le 22/03/2021
Elle était couturière, il était ouvrier. Elle vivait de sa plume, il était peintre. L'un est bourgeois, l'autre est d'origine aristocrate. Malgré leurs différences, tous et toutes se retrouvent autour d'un idéal à construire ensemble. Rencontre avec ces figures incontournables de la Commune de Paris.
150 ans après l'insurrection parisienne, qui se souvient encore d'André Léo, Paule Minck et Benoît Malon ? D'autres noms, comme Louise Michel et Gustave Courbet, nous sont déjà plus familiers. Mais qu'ont fait les un·e·s et les autres pendant ces 72 jours de révolution ? Partons à la rencontre de ces femmes et de ces hommes dont on a parfois tout oublié, mais dont les idées et les actions ont laissé des traces dans le Paris contemporain.

André Léo, la romancière émancipée (1824-1900)

André Léo
André Léo (1824-1900) publie pendant la Commune un appel « au travailleur des campagnes » pour unir campagnes et villes contre le gouvernement.
DR
Victoire Léodile Béra, plus connue sous le nom d'André Léo, est une romancière et militante féministe. Dès 1860, elle fait partie de l'Association internationale des travailleurs (AIT). Elle milite aux côtés de Paule Minck et Louise Michel pour les droits des femmes, et notamment pour l'instruction laïque des jeunes filles.

Croit-on pouvoir faire la Révolution sans les femmes ? Voilà 80 ans qu’on l’essaie et qu’on n’en vient pas à bout.

André Léo
RomanciÈre fÉministe
Pendant la Commune, elle devient membre du Comité des citoyennes du 17e arrondissement. Elle est aussi présidente de la Commission féminine de l'enseignement et exhorte les femmes à participer à la défense de la capitale. Elle réclame la séparation de l'Église et de l'État dans l'éducation et la santé et souhaite que les unions libres soient enfin reconnues.

Benoît Malon, l'ouvrier teinturier (1841-1893)

Benoît Malon. Malon dit la barbe du parti
Benoît Malon (1841-1893) est surnommé « la barbe du parti ».
©Roger-Viollet / Roger-Viollet
Originaire de la Loire, Benoît Malon a un goût pour les études qui doit le conduire à entrer au séminaire. Mais son destin l'attend plutôt à Paris, où il débarque en 1863. Il travaille alors en tant qu'ouvrier teinturier dans une usine de Puteaux. Rapidement, il devient membre de l'Association internationale des travailleurs (AIT) et défend les droits des ouvriers. Cela lui vaut plusieurs incarcérations sous l'empire de Napoléon III.
Libéré à la proclamation de la IIIe République, le 4 septembre 1870, Benoît Malon organise l'assistance publique des Parisiens pendant le siège. Quelques mois plus tard, il est élu au Conseil de la Commune et devient maire de l'arrondissement des Batignolles.
Après l'échec de la Commune, Malon s'exile en Suisse. Il forme alors une union libre avec André Léo (citée ci-dessus).

Gustave Courbet, le peintre indépendant (1819-1877)

Gustave Courbet (1819-1877), peintre Français.
Gustave Courbet (1819-1877), le peintre de « l'origine du monde » a terminé sa vie en Suisse, ruiné, après avoir été condamné à faire reconstruire la colonne Vendôme à ses frais.
© Roger-Viollet / Roger-Viollet
Gustave Courbet est un peintre prolifique qui se caractérise par son indépendance d'esprit. Avec enthousiasme, l'artiste participe au fonctionnement de la Commune.

Paris est un vrai paradis ! Point de police, point de sottise, point d’exaction d’aucune façon, point de dispute. Paris va tout seul comme sur des roulettes.

Gustave Courbet
Lettre à ses parents, le 30 avril 1871
Il est élu dans le 6e arrondissement, s'intéresse aux conditions d'habitation des Parisiens dont le logement a été détruit par les bombes prussiennes ou versaillaises et défend un exercice démocrate du pouvoir. On retiendra de lui son implication dans la destruction de la colonne Vendôme, héritée de Napoléon 1er, qu'il sera ensuite condamné à faire reconstruire à ses frais.

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Paule Minck, l'artistocrate révolutionnaire (1839-1901)

Paule Mink
Paule Minck (1839-1901) est incinérée au cimetière du Père-Lachaise le 1er mai 1901. Anarchistes, socialistes et féministes se pressent à ses funérailles pour lui rendre un dernier hommage.
CCO / JM Lopez
Paule Minck est une journaliste et fervente républicaine. Séparée de son mari, elle vient à Paris pour y travailler dans les années 1860. Elle suit les conférences de la féministe Maria Deraismes et prend part à la lutte pour les droits des travailleuses, puis cofonde la Société pour la revendication des droits civils des femmes.
Au côté de Louise Michel, elle fait partie du Comité de vigilance de Montmartre. Elle ouvre aussi une école professionnelle gratuite à l’église Saint-Pierre de Montmartre et anime des clubs révolutionnaires dans la capitale et dans le reste du pays.

Oui, camarades, vous avez raison de croire et d'espérer, car nous avons le courage et la foi qui changent la montagne de place ; nous croyons au progrès, à l'avenir de l'humanité […]

Paule Minck
Journaliste

Léo Frankel, l'orfèvre hongrois (1844-1896)

Léo Frankel est né à Budapest (Hongrie) en 1844. Rien ne semble le destiner à devenir le premier élu étranger de la Commune de Paris à l'âge de 27 ans. Avant d'arriver à Paris, Léo Frankel séjourne en Allemagne et en Autriche où il comprend que les travailleurs souffrent des mêmes maux, où qu'ils se trouvent.
Installé à Paris en tant qu'ouvrier-orfèvre, il est élu le 26 mars 1871 au Conseil de la Commune par le 13e arrondissement. Membre de la commission du travail et de l'échange, il fait interdire le travail de nuit des boulangers.
Après avoir été blessé sur la barricade du Faubourg Saint-Antoine (11e/12e), il réussit à s'échapper en Suisse puis en Angleterre où il rejoint Karl Marx.

Louise Michel, l’institutrice anarchiste (1830-1905)

Louise Michel (1830-1905), révolutionnaire française qui prit part à la Commune de Paris, en 1871.
Louise Michel (1830-1905) est déportée en Nouvelle-Calédonie, au même titre que de nombreux intellectuels français condamnés pour leur participation à la Commune.
© Albert Harlingue / Roger-Viollet
Lors du siège de Paris, en septembre 1870, l'institutrice Louise Michel devient présidente du Comité républicain de vigilance des citoyennes du 18e arrondissement. Ce comité s'oppose aux décisions du gouvernement, accusé de plier face aux Prussiens.
Louise Michel s'investit beaucoup durant la Commune. Elle anime un club de la Révolution dans le 18e et n'hésite pas à gravir la butte Montmartre pour protéger les canons qui s'y trouvent, dans la nuit du 17 au 18 mars. Elle fait partie de l'aile la plus radicale de la Commune. Acculée, elle se rend en mai 1871 et exige, lors de son procès, d'être condamnée à mort, au même titre que les hommes. Elle est finalement déportée en Nouvelle-Calédonie entre 1873 et 1880 avant de rentrer en France. C'est lors de son séjour en Nouvelle-Calédonie qu'elle devient anarchiste et prend la défense du peuple kanak.

Si l'égalité entre les deux sexes était reconnue, ce serait une fameuse brèche dans la bêtise humaine.

Louise Michel

Jules Vallès, fondateur du Cri du Peuple (1832-1885)

Portrait de Jules Vallès (1832-1885), écrivain, publiciste et membre de la Commune en 1871.
Jules Vallès (1832-1885) est l'un des rédacteurs de l'Affiche rouge qui dénonce, le 6 janvier 1871, le gouvernement de défense nationale et sa compromission avec les Prussiens, au détriment des Parisiens.
CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet
L'auteur de la trilogie L'Enfant, Le Bachelier et L'Insurgé s'est mobilisé dès 1848, avec toute la fougue de sa jeunesse, contre le Second Empire, le cléricalisme et la misère des travailleurs.
Il fonde avec Pierre Denis, un socialiste français, Le Cri du Peuple. Le journal se vend très bien durant toute la période de la Commune. Il lutte pour la liberté de la presse au moment où la Commune prend des tournures autoritaires. Jules Vallès est également élu au Conseil de la Commune par les électeurs du 15e arrondissement.
Il échappe à la condamnation à mort en 1872 en s'exilant à Londres.

Anna Jaclard, la socialiste russe (1843-1887)

Anna Jaclard
Anna Vassilievna est venue en France étudier la « question sociale ». C'est là qu'elle rencontre Victor Jaclard avec qui elle se marie en mars 1871 devant le maire Benoît Malon.
CCO/DR
Anna Vassilievna Korvine-Kroukovskaïa est, comme son nom le laisse entendre, née à Saint-Pétersbourg. Elle aime écrire et publie deux histoires sous un pseudonyme masculin qui lui valent l'admiration de Dostoïevski.
Elle arrive à Paris en 1868 et trouve un travail dans une imprimerie. C'est à ce moment qu'elle rencontre Victor Jaclard, un étudiant en médecine socialiste qui devient son mari.
En 1871, elle fonde avec André Léo un journal intitulé La Sociale. Membre du Comité de vigilance de Montmartre, elle participe également à l'Union des femmes pour la défense de Paris en tant qu'ambulancière. Elle se lie d'amitié avec Louise Michel et Paule Minck.
Anna et Victor seront condamnés par contumace pour leur participation à la Commune. Exilés à Londres, ils reviennent en France en 1880, profitant de l'amnistie générale ouvrant le pas à une réconciliation nationale.

Charles Delescluze, le bourgeois jacobin (1809-1871)

Portrait de Delescluze Louis Charles, (1809-1871), publiciste, membre de la commune.
Charles Delescluze (1809-1871), malgré son état de santé fragile, se trouve sur les barricades lors de la Semaine sanglante et exhorte les Parisiens à défendre leurs quartiers.
©Musée Carnavalet / Roger-Viollet
Issu d'un milieu bourgeois, Charles Delescluze est pourtant de toutes les révolutions. Dès 1830, il participe à la révolution de Juillet et défend ses idéaux démocratiques. Dix-huit ans plus tard, lors de la révolution de février 1848, il proclame la République de Valenciennes.
Après plusieurs amendes et condamnations (dont un séjour en Guyane en tant que prisonnier politique), Delescluze se trouve à Paris au début des années 1870. Outré par l'armistice signé avec les Prussiens, il appelle à la lutte contre le Gouvernement de défense nationale.
En mars 1871, il est élu au Conseil de la Commune par les 11e et 19e arrondissements. Il est aussi membre de la commission des Relations extérieures avant d'être élu au Comité de salut public. Au lendemain de l'entrée des Versaillais dans Paris, Delescluze se trouve sur les barricades. C'est là qu'il trouve la mort le 25 mai 1871. Il sera ensuite enterré par les Versaillais dans une fosse commune du cimetière de Montmartre.

Sophie Poirier, la couturière républicaine (1830-1879)

Sophie Poirier est originaire de la Marne. Elle vient travailler à Paris en tant que couturière. Pendant le Siège, elle participe à la confection des uniformes pour les gardes chargés de protéger la ville.
Dès septembre 1870, elle dirige le Comité de vigilance de Montmartre où elle collabore avec Louise Michel et Anna Jaclard. Pendant la Commune, le travail vient à manquer. Elle devient alors ambulancière.
Lors de son procès, malgré un « passé exempt de tout reproche », elle est condamnée pour « avoir fait preuve d'une grande exaltation ». Elle terminera sa vie en prison, où elle meurt à l'âge de 49 ans, en 1879.

Après la Commune, l'exil

Les communards et communardes brillent par leur diversité. Intellectuel·le·s, ouvrier·ère·s, politiciens, journalistes, c'est toute la diversité de la population parisienne qui s'exprime durant la Commune. Retrouvez en ligne une sélection plus large d'illustres communards et communardes ou venez (re)découvrir leurs silhouettes sur les grilles du square Louise-Michel (18e) à partir du 18 mars.
Après l'épisode de la Commune, nombre de ses acteurs et de ses actrices s'exilent en Suisse, en Angleterre ou encore en Belgique pour échapper aux poursuites judiciaires et aux condamnations. C'est le cas de Gustave Courbet qui décède en Suisse en 1877 et de Paule Minck qui y séjourne avant de revenir en France. D'autres, comme Louise Michel, sont envoyés en Nouvelle-Calédonie pour y purger leur peine, avant de pouvoir rentrer en France après l'amnistie générale de 1879-1880.

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