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5 techniques pour survivre pendant un siège à Paris (3/5)

Mise à jour le 02/11/2020
Directement inspirées du dernier siège parisien de 1870-1871, voici 5 techniques pour survivre à la famine, au froid et à l'envahisseur.
Paris est assiégée depuis septembre 1870. Les Français enchaînent les défaites contre les armées prussiennes. Si les autorités parisiennes ont essayé de constituer des réserves de nourriture, celles-ci s'épuisent plus rapidement que prévu. Les habitants en sont réduits à des extrémités qu'ils n'auraient jamais imaginées.

Sacrifier les chevaux que l’on ne peut plus nourrir

Marché aux chevaux novembre 1870
Marché aux chevaux, novembre 1870
CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet
Alors que le siège s'installe dans la durée, il devient clair que tout le monde ne pourra pas en réchapper. À commencer par les animaux domestiques, dont la nourriture est encore plus rationnée que celle de leurs maîtres, notamment les chevaux. Après les bêtes à cornes et les vaches laitières, c'est au tour des chevaux et des mulets de servir de nourriture aux Parisiens. En témoigne le livret de conseils hygiéniques délivrés par la mairie de Paris à cette époque :

La viande de cheval, qui était à tort si négligée par les travailleurs, est maintenant recherchée par tout le monde. Il ressortira de cette grande expérience, faite pendant le siège, qu'il n'est pas de nourriture animale plus substantielle et plus saine.

Ernest Onimus
Docteur
Sacrifier les chevaux n'en demeure pas moins un véritable crève-cœur. Henri Le Verdier rapporte les pleurs d'un cocher près de l'Hôtel des Postes : « Auprès de lui, un grand cheval gris, maigre, efflanqué, mangeait tranquillement sa dernière botte de foin : "Mange, mon pauvre vieux, disait l'homme, au moins tu ne t'en iras pas le ventre creux. »

Brûler des arbres centenaires pour se chauffer

L'hiver 1870-1871 a été particulièrement rude. Les températures descendaient allègrement en dessous des -15°C. S'il est déjà bien difficile de se nourrir correctement, il est aussi très compliqué de trouver du bois de chauffage.
Le Figaro informe ses lecteurs, le 1er janvier 1871, que les arbres plusieurs fois centenaires de l'avenue de Bagnolet ont été abattus. Ces ormes auraient été plantés par le gouvernement de Sully (1560-1641) et auraient « vu passer par conséquent bien des révolutions et bien des gouvernements ».
Un autre témoin complète : « Les Parisiens peu fortunés se sont improvisés bûcherons, et ce sont les plantations de la ville qui paient les frais de la récolte. On recueille jusqu'à la sciure de bois, et les ménagères la ramassent précieusement dans leurs tabliers …»

Manger des chats, des chiens et des rats

La queue pour la viande de rats.
La queue pour la viande de rats.
CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet
Paris meurt de faim. Même si le rationnement commence dès octobre, les provisions constituées par les autorités viennent rapidement à manquer. Les prix des denrées alimentaires augmentent et sont inversement proportionnels à leur qualité. Les Parisiens, après avoir fait la queue pendant des heures devant les magasins, repartent souvent les mains vides.
Au bout de quelques semaines à ce régime, toute protéine animale est bonne à prendre. C'en est fini des chiens et des chats, mais aussi des rats et des moineaux. Plus question de faire la fine-bouche, il s'agit de survivre et de ne pas capituler.
Francis Wey, dans sa Chronique du siège de Paris, commente :

À ce moment un œuf valait 1 franc, une brochette de six moineaux plumés se vendait 3 francs ; les chats, les chiens, débités aux boucheries, voire les rats d'égouts, écorchés du museau à la queue, trouvaient des chalands.

Francis Wey

Déguster les éléphants Castor et Pollux

Ô désespoir ! Les animaux du jardin d'acclimation, confiés à la bonne garde de la ménagerie du jardin des Plantes, vont faire les frais de la famine qui ronge les estomacs parisiens. Il a fallu s'y résoudre. Céder les animaux au plus offrant. Et accepter de les voir être débités par des bouchers puis vendus à la livre à celles et ceux qui pouvaient encore se le permettre, au début de l'année 1871.

Affronter le moment psychologique

Après autant de sacrifices consentis par la population, seule la victoire est envisageable. Mais les Prussiens ne voient pas la chose du même œil. Au début de l'année 1871, la résistance parisienne ne peut plus durer. Le fameux « moment psychologique » doit advenir, la capitulation devenant l'unique solution devant les forces prussiennes.
À coup de bombardements sur la ville, l'armée prussienne veut miner le moral de la population. Cette dernière, affamée, malade et isolée, résiste encore durant les premières semaines de janvier. Mais aucune délivrance n'est à attendre des armées françaises, complètement dépassées. Quant au gouvernement, des rumeurs signalent qu'il négocie une capitulation depuis décembre.
Cette fois, c'est la fin. Les Parisiens doivent se rendre à l'évidence. La Prusse a gagné, donnant naissance à une Allemagne unie. La France est condamnée à payer des réparations et doit céder une partie de son territoire, l'Alsace et la Moselle. Dans les rues de Paris, la colère commence à monter.

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