Cette découverte archéologique exceptionnelle pourrait changer l’histoire de Paris
Mise à jour le 23/09/2026
Des fouilles préventives sont menées depuis février 2026 par le pôle archéologique de la Ville de Paris et l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) dans deux cours de l’Hôtel-Dieu (AP-HP), sur l’île de la Cité. Récemment découverts, les vestiges d’un mur de pierre et de bois brûlé pourraient constituer une avancée majeure pour comprendre la Lutèce gauloise. On vous explique.
Vidéo Youtube
Été 2026. David Couturier, responsable de fouille pour le Département d’histoire de l’architecture et d’archéologie de Paris (DHAAP), travaille depuis plusieurs mois sur le chantier dans une cour de l’Hôtel-Dieu (Paris Centre), sur l’île de la Cité. Des fouilles préventives ont été prescrites par le ministère de la Culture et la direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) Île-de-France, qui en assure le contrôle scientifique et technique en amont de la construction de deux nouveaux bâtiments pour l’hôpital.
L’archéologue sait que le site est un lieu emblématique : c’est là que Théodore Vacquer a exhumé, il y a cent cinquante ans, les plus importants vestiges de l’histoire de Paris. Quand sa truelle met à jour les premiers éléments d’un mur de pierre sèche, il a l’intuition qu’il a trouvé « quelque chose d’important ».
Mais, en archéologie, comme dans toute science, il faut raison garder tant que l’on n’a pas nettoyé, décortiqué, daté…
pôle archéologique de la Ville de Paris
Avec ses collègues du pôle archéologique de la Ville de Paris et ceux de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), David Couturier dévoile donc peu à peu un mur de pierre et de bois, conservé sur une vingtaine de mètres, dont la technique de construction est caractéristique des fortifications gauloises de la fin de l’âge du fer.
Plus exceptionnel encore, le mur porte les traces d’un violent incendie. Des graines carbonisées, qui traduisent la présence d’un lieu de stockage, et les vestiges d’un bâtiment en bois brûlé sont également mis au jour. Il semble que le feu a permis de figer une réalité archéologique !
Un vestige de la cité des Parisii ?
Des spécialistes de la datation au carbone 14 sont dépêchés sur place. Résultat : ces vestiges remonteraient à une période comprise entre -200 et -30 avant J.-C. Ces éléments, associés à l’importante plateforme artificielle de sables et de graviers située à l’arrière de l’ouvrage, ouvrent une piste pour le moins spectaculaire : et si ce mur était en réalité un vestige du rempart de l’oppidum de Lutèce, la cité des Parisii ? Un rempart qui aurait été incendié en 52 avant notre ère, lors de la confrontation entre les Parisii et les troupes romaines de César !
Attention, cependant : la prudence scientifique impose encore de vérifier sa fonction et sa chronologie, mais il existe bien là une convergence d’indices…
« Ce vestige est en tout cas quelque chose que les archéologues parisiens recherchaient depuis des années, voire des siècles, sourit Dorothée Chaoui-Derieux, conservatrice en chef du patrimoine à la DRAC Île-de-France. C’est émouvant… et surprenant, puisque l’opération de diagnostic préalable n’avait pas du tout donné d’indices quant à la possibilité de mettre à jour des vestiges de cette période ! »
Le récit de Jules César
La Lutèce gauloise est principalement connue grâce aux récits de Jules César. En -53 avant J.-C., le général romain se rend à la « Lutèce des Parisii », où il convoque une assemblée de peuples gaulois. Un an plus tard, son lieutenant, Titus Labienus, affronte les Gaulois lors de la bataille de Lutèce. César décrit alors la ville comme un oppidum des Parisii installé sur une île de la Seine.
Selon son récit, les Gaulois incendient eux-mêmes leurs installations avant l’arrivée des troupes romaines. Mais une question reste posée depuis des siècles : où se trouvait exactement cette Lutèce gauloise ?
Pendant longtemps, l’hypothèse de l’île de la Cité a semblé la plus évidente. La description de César correspond en effet à une île reliée par des ponts située sur une boucle de la Seine, tandis que le nom de Lutèce continue d’être associé au site dans l’Antiquité.
Mais les preuves archéologiques d’une véritable implantation gauloise sur l’île de la Cité sont restées très limitées… La découverte réalisée à l’Hôtel-Dieu (AP-HP) pourrait aujourd’hui relancer le débat.
Transformer une hypothèse en démonstration
Cette découverte majeure de la cour dans l’Hôtel-Dieu pourrait donc faire le lien, pour la première fois de manière aussi directe, entre le Paris contemporain, le site antique de Lutèce et la Lutèce gauloise décrite par César.
Compte tenu de son caractère unique, un avis de découverte d’importance exceptionnelle est validé par la Commission territoriale de la recherche archéologique Centre-Nord mi-septembre. Une décision qui permet à la DRAC Île-de-France de prescrire la poursuite de la fouille avec davantage de moyens humains et logistiques, afin d’étudier l’ensemble du dispositif à travers une batterie d’analyses.
Les archéologues chercheront notamment à établir :
- la fonction exacte du mur ;
- sa date de construction ;
- les modalités de sa destruction et de son abandon ;
- la relation entre le mur et la plateforme de sables et de graviers ;
- les éventuels aménagements côté Seine ;
- la présence éventuelle de niveaux d’occupation plus anciens sous l’ouvrage.
L’objectif est désormais de transformer une hypothèse exceptionnelle en démonstration scientifique.
Nous espérons découvrir d’autres constructions, des habitations, des greniers, des fosses, mais aussi du mobilier comme de la céramique… qui viendront compléter ces découvertes, ou même les réfuter.
Responsable du pôle archéologique de Paris
Settings Text Html