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Au jardin des Serres d’Auteuil, le tour du monde en 1 jour et 6 serres

Mise à jour le 09/05/2022
Paradis des amateurs de botanique et d'horticulture, avec ses arbres remarquables et ses collections de plantes rares, le jardin des Serres d’Auteuil est l'un des jardins les plus singuliers de la capitale. Chacune de ses serres présente la flore d’un continent ou d’une famille botanique. Et en ce moment, les bourgeons frissonnent d’impatience.
Il est très tôt ce matin aux serres d'Auteuil, mais les 25 jardiniers sont déjà aux petits soins des 6 000 végétaux regroupés dans les serres. L'équipe de jardinières et jardiniers dirigée par François Crueize depuis 5 ans, est ravie de proposer un tour de la Terre en 6 serres.

La serre des cactus et des plantes succulentes

Mais « où sont les fleurs ? », se désespère cette petite visiteuse qui détourne aussitôt les talons et se volatilise. « Cette phrase, nous l’entendons souvent », s’amuse Virginie Garnier qui s’occupe des serres des cactus et des plantes succulentes (plantes grasses) depuis 3 mois. « Les cactus sont facétieux et attendent parfois la nuit pour fleurir… » En réalité, ils s’adaptent à leurs pollinisateurs qui ont une activité exclusivement nocturne.
Le Pilosocereus leucocephalus, cactus en forme de cierge, a par exemple ménagé le suspens car ses boutons charnus étaient bien fermés, mais le lendemain matin, les fleurs étaient là. Il fleurit le soir jusqu'au lendemain dans la journée, de la fin du printemps jusqu’au début de l'automne.
Le Cleistocactus straussi quant à lui était en bourgeon à 8 h et a fait des fleurs à 10 h.

Quelques cactus très étonnants

À gauche de l’une des entrées, on est saisi par les membres velus du cactus queue de singe (Cleistocactus colademononis) qui s’échappent d’un pot suspendu. Ce cactus originaire de Bolivie et du Pérou est à l’aise aussi bien en intérieur qu’en extérieur, mais a besoin de chaleur et de lumière toute l’année.
Le pachypode succulent (Pachypodium succulentum) a un étonnant pied renflé qui lui permet de faire des réserves d’eau en conditions extrêmes…
L’écorce épineuse de l’Alluaudia ascendens est recouverte de petites feuilles vertes cireuses en forme de cœur. Elle représente 45 % du volume de la plante. Surexploitée pour son bois très tendre et très léger qui sert pour la construction, le chauffage et la fabrication du charbon, l'Alluaudia ascendens est menacée d’extinction : elle est sur la liste rouge des espèces menacées del'IUCN et classée VU « Vulnerable ».
La plante « cailloux », ou Lithops, est aussi rare que peu photogénique. Ce n’est pas un cactus, bien qu’elle en ait les mêmes caractéristiques. Dans la nature, on ne la remarque même pas, ce qui lui permet de tromper la vigilance des herbivores. Ici, ces lilliputiennes sont à l’abri dans une cage de verre. Leurs deux feuilles épaisses et collées font penser à des cailloux mais en septembre ou octobre, une grande fleur semblable à une marguerite s’échappe de la jointure.
Les cactus viennent majoritairement du continent américain. « Le sort nous joue parfois de bons tours et nous n’avons pas à chercher très loin. Dernièrement, un collectionneur habitant la banlieue parisienne nous a cédé des cactus rares que nous n’avions pas. Nous acceptons rarement les dons mais celui-ci a été particulièrement apprécié », raconte François Crueize.

La serre des orchidées

Dans la serre des orchidées les plantes sont originaires de Madagascar, de la Nouvelle-Calédonie ou des montagnes de l'État du Meghalaya en Inde, qui est particulièrement humide… L’une de ses villes détient le record mondial des précipitations en un mois ! Alors, comment conserver l’humidité des orchidées pendant l’hiver dans les appartements ? François Crueize donne une astuce : « Remplissez une coupelle de billes d’argile et d’eau, posez dessus un pot à l’envers et mettez le pot de votre orchidée au sommet. »
Les ingénieuses Népenthès suspendues à droite et à gauche de l’une des entrées apprécient la main habile du jardinier qui les arrose sans jamais mettre d’eau dans les urnes. Les parois intérieures de ces carnivores sont recouvertes de cire. Les insectes qui s’y aventurent glissent, tombent dans un liquide qu’elles sécrètent naturellement, les piègent et s’y noient.

La serre des fougères tropicales

Dans la serre des fougères tropicales, pas de fleurs, mais des feuillages particulièrement décoratifs, aux formes parfois étranges comme la fougère crocodile. Autrefois, les feux de fougère au crépuscule dans les champs étaient censés attirer la pluie. Séchée et jetée sur des charbons ardents, elle éloignait les mauvais esprits. Boire sa sève donnerait même la jeunesse éternelle, selon la légende…
Les fougères sont les plus anciennes plantes connues sur terre après les mousses. Des plantes dites « archaïques » qui ont formé les premières forêts. Enfouies dans le sol au fil des siècles, elles sont la matière première du charbon. Elles ont été les premières dotées d’une reproduction sexuée et, pudiques, elles dissimulent leurs spores sous les feuilles qui se dispersent au gré du vent.
Christine Dessommes, qui s’occupe de la serre, explique qu’en ce moment, « la fougère Blechnum gibbum, originaire de Nouvelle-Calédonie et du Vanuatu, fait des feuilles stériles puis elle fera des feuilles fertiles l’été qui sont plus étroites et dressées. »

La serre des plantes de Nouvelle-Calédonie

La terre rouge de la serre des plantes de Nouvelle-Calédonie a fait un long voyage pour arriver jusqu’ici en 1998. Un périple impensable aujourd’hui, en particulier pour des raisons sanitaires. Le sol latéritique, riche en oxyde de fer et alumine, permet aujourd’hui au santal, au niaouli, au bancoulier, au kaori de s’épanouir… Un autre voyage par les mots… Les noix du bancoulier, carbonisées et mélangées à de l’eau ou du monoï, servaient autrefois de teinture pour les tatouages à Tahiti. Enfilées en brochettes sur des feuilles de cocotier puis s’enflammant l’une après l’autre, elles servaient aussi de flambeaux.
Endémique de Nouvelle-Calédonie, c’est-à-dire qu’il ne pousse que là-bas, l’Araucaria columnaris, ou « pin » de Cook, pousse droit comme un i dans son aire de répartition naturelle et jusqu’à 50 mètres de haut. Sa cime penche vers l’équateur partout ailleurs… Aucune hypothèse n’explique cela de façon satisfaisante. Gravité ? Magnétisme ? Angle des rayons solaires ? On n’en sait rien, mais dans l’hémisphère nord, il penche vers le sud et… vice versa, vous l’aviez deviné.

Le palmarium

Dans la plus spectaculaire des serres, le palmarium – elle mesure 99 mètres de long et 16 mètres de haut –, le parfum du clérodendron (Clerodendrum trichotomum) à droite du bassin est saisissant. Un arbrisseau venu de Chine et du Japon.
L’apparente quiétude est brisée par le gazouillis des perruches de la volière. La plus ébouriffée de toutes est aussi l’une des plus jeunes et des plus communicatives.

La serre des plantes utilitaires tropicales

Brigitte Berthelot pousse la porte de la serre des plantes utilitaires tropicales. Elle présente son domaine, le caféier, le cacaoyer, le henné, le patchouli, un poivrier, un aloe vera, un câprier déjà en fleurs. Trop tard pour récolter les bourgeons qui sont traditionnellement transformés en câpres… La main experte des jardiniers a fécondé l’orchidée grimpante qui donne la vanille et nous verrons bientôt des gousses. Patience…
La jardinière invite à frotter les feuilles de la sauge andine ou noire… Une odeur de cassis étonnante.
Toutes les parties de l’arbre sont utilisées comme épices. Mais c’est l’écorce du cannelier qui est récoltée pour les bâtons de cannelle. Elle provient essentiellement du Sri Lanka, des Seychelles et de Madagascar.
De nombreuses autres curiosités sont à découvrir dans les serres d’Auteuil et toutes les portes n’ont pas été poussées. Si on veut vraiment tout voir et poser des questions aux jardiniers, il faudrait y passer deux jours. N’hésitez pas à les solliciter, sinon vous risquez de passer à côté de merveilles insoupçonnées !
Jardin des Serres d'Auteuil
3, avenue de la Porte-d'Auteuil
75016 Paris
Complément d'adresse

Accès : 1 avenue Gordon Bennett, 2 boulevard d'Auteuil ou par le square des Poètes.

Lors du tournoi de tennis Roland Garros, les accès par l'avenue Gordon Bennett et le boulevard d'Auteuil, sont fermés. Les autres entrées et le square des Poètes, restent accessibles.

Lors de match au Parc des Princes, l'accès au jardin par le boulevard d'Auteuil est fermé 4 heures avant le coup d'envoi. Les autres entrées restent accessibles.

Bus
52, PC1, 123 ou 241
Métro
Porte-d’Auteuil, ligne 10
Velib
Station 16035, allee des fortifications
Station 16036, place de la porte molitor
Station 16034, 76 rue d'auteuil

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