Une vie en Seine : Sophie Malherbe, Commandant de la Brigade Fluviale

Série

Mise à jour le 31/03/2026

La brigade fluviale de la Ville de Paris.
Sophie Malherbe, Commandant divisionnaire fonctionnel, chef de la Brigade Fluviale de la Préfecture de Police, veille sur la Seine, mais aussi sur 600 kilomètres de voies navigables. Depuis 2020, elle dirige une unité centenaire, orchestrant secours, enquêtes et missions exceptionnelles au fil du courant.
La Seine, c'est leur quotidien : par métier, par passion, ou parce qu’elle s’est imposée comme une évidence. Plus qu’un fleuve, la Seine est un souffle : le cœur battant de Paris, et celui de leurs vies.
La Seine n’est jamais immobile. Ses eaux reflètent la ville, ses lumières et ses dangers. Depuis 1991, la Brigade Fluviale occupe des bâtiments en bord de fleuve, où une centaine d’agents se relaient jour et nuit. Trente plongeurs, trente sauveteurs de surface, vingt bateaux et véhicules toujours prêts. Créée en 1900 par le préfet Lépine, l’unité a grandi avec Paris, mais sa mission reste la même : protéger, secourir, enquêter, prévenir les drames invisibles du fleuve.

Sous la surface

« Tout était confidentiel, je n'avais pas le droit d'en parler à mon équipe. »

Juillet 2024. La Seine devient le théâtre le plus regardé du monde à l'occasion de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques. Mais ce que les téléspectateurs ne voient pas, c'est ce qui se joue dans l'ombre, sous la surface. Un an et demi avant le grand soir, le commandant Sophie Malherbe et ses équipes commencent une mission confidentielle d'une ampleur inédite : mettre en place des stratégies de sécurité, inspecter le fond du fleuve, visiter les coques de tous les bateaux stationnant dans la Seine, détecter d'éventuels engins historiques susceptibles de compromettre la sécurité.
La parade réunit 150 bateaux. Il faut anticiper chaque avarie moteur, coordonner les interventions en temps réel, s'entraîner à des scénarios (jusqu'à la prise d'otage sur bâtiment flottant) que personne n'avait jamais eu à gérer. « Tout était confidentiel, je n'avais pas le droit d'en parler à mon équipe », confie-t-elle. Une charge lourde à porter seule. Jusqu'au moment où elle peut enfin embarquer tout le monde avec elle. « Ensuite, tout le monde m'a suivi : des hommes et des femmes de l'ombre, avec des compétences en dehors de leur zone de confort. » Et puis cette histoire de cheval d'argent qui remonte tout le fleuve, au départ, personne n’y croit, jusqu’à devenir l’étonnant clou du spectacle vu par 5 milliards de téléspectateurs autour de la planète.
L'épilogue est à la hauteur de l'aventure : une fois la parade terminée, la brigade doit ouvrir la voie aux céréaliers, car c'est la pleine saison de la moisson, pendant que les structures flottantes sont déjà en cours de démontage. Ils finissent à 5 heures du matin. « Une formidable aventure », dit-elle sobrement, ses yeux trahissant encore l'intensité de ces nuits-là, teintés d'une pointe de nostalgie.

Dans le flot quotidien

« La meilleure protection, c'est l'anticipation. »

Le quotidien est moins spectaculaire, mais tout aussi exigeant. Non loin du Jardin des Plantes (5e), dans des locaux construits sur la Seine, la brigade concentre tout son dispositif : embarcations, équipements de plongée, matériel de secours, jusqu’à une salle de sport et un garage intégré dédié à l’entretien et à la réparation.
De là, les équipes patrouillent sur 600 kilomètres de fleuve, canaux et lacs en Île-de-France : cinq à six le jour, deux la nuit. Tous les agents sont pilotes et secouristes, trente sont plongeurs spécialisés en police technique et scientifique.
« La meilleure protection, c’est l’anticipation ». Chaque matin, au programme : entraînement physique, nage, plongée. La sécurité est affaire d’automatismes. Le danger redouté pour les plongeurs est le barotraumatisme, lié aux variations de pression entre 0 et 10 mètres, qui peut causer de graves problèmes pulmonaires.
Leur travail va du secours à la personne, souvent en collaboration avec la Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris, à la sécurisation des bateaux de transport, habitation et tourisme. Les plongeurs interviennent aussi pour la justice : recherche d’armes, de preuves ou de corps (une cinquantaine par an). Chaque geste compte pour ne pas altérer les indices, les rapports devant être transmis sous 48 heures.
Et depuis peu, la brigade contrôle également l’alcoolémie et les stupéfiants des pilotes. En 2025, 318 bateaux ont été inspectés, 3 % en infraction. « C’est important de vérifier, comme quand on conduit une voiture. Il peut y avoir jusqu’à 700 personnes sur le bateau ! »

À la source

« J’ai encore des étoiles dans les yeux quand je vais travailler. »

Sophie Malherbe rejoint la police en 1994 : « Je suis rentrée pour arrêter les méchants », dit-elle dans un sourire. Police judiciaire, ressources humaines : des parcours variés qui lui ont appris à comprendre, accompagner et décider.
En 2020, elle intègre la Brigade Fluviale, milieu qu’elle ne connaissait pas, et prend la tête d’une unité centenaire. Six nouvelles recrues l’ont rejointe depuis, dont trois femmes. « La jeunesse est insolente, audacieuse, pleine d’humour. Ça nous bouscule ». Depuis son arrivée, le service s'est modifié, pour accueillir encore plus de professionnels au service des Parisiens. Et on peut désormais se baigner dans le fleuve ! Une activité qu'il a fallu réfléchir, encadrer et sécuriser. Sur la Seine, rien n’est jamais figé : le courant impose son tempo, les missions ne cesseront d'évoluer !
Face au danger trop souvent sous-estimé du fleuve, le message est clair : si quelqu'un tombe à l'eau, ne plongez pas. Appelez le 112, suivez la personne du regard, lancez une bouée. Et surtout, la baignade sauvage est très dangereuse, donc interdite. Seules les zones délimitées de baignade sont autorisées.
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