Une décennie de violences contre les Juifs d’Europe de l’Est | Recherche

Focus

Mise à jour le 25/09/2026

Une petite fille tenant une poupée de soldat blessé, accompagnée d’un chien

Entre 1914 et 1924, les Juifs d'Europe centrale et orientale sont confrontés aux guerres, aux pogroms et à des déplacements forcés massifs. L'historien Thomas Chopard étudie cette décennie de violences et ses conséquences sur les populations juives, dans une Europe bouleversée par la guerre et l'effondrement des empires.

Infos clés

Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Thomas CHOPARD
Laboratoire : Centre d'études des mondes russe, caucasien et centre-européen (CERCEC – CNRS/EHESS)
Statut : recherche postdoctorale, 2017
Discipline : histoire contemporaine

Présentation

De la Première Guerre mondiale aux guerres civiles et aux recompositions territoriales qui suivent la chute des empires, l'Europe centrale et orientale connaît entre 1914 et 1924 une décennie de conflits particulièrement violents. Les populations juives, nombreuses dans ces territoires, sont prises dans les combats, les politiques de déplacement et de déportation, les réquisitions et les violences antisémites.

Thomas Chopard étudie cette période comme un moment de bascule dans l'histoire des Juifs d'Europe et de l'antisémitisme. Son projet s'intéresse notamment à l'évolution des pogroms, désormais perpétrés non seulement dans le cadre de violences locales mais également par des forces armées organisées, ainsi qu'à la diffusion de nouvelles représentations antisémites, en particulier le mythe du « judéo-bolchevisme » après la révolution russe de 1917.

En élargissant son enquête de l'Ukraine à un espace allant de la Baltique à la mer Noire et de la Hongrie à la Russie, il cherche également à comprendre les conséquences durables de ces violences sur les populations juives et sur la recomposition de l'Europe après la Première Guerre mondiale.

Méthodologie

La recherche s'appuie sur un vaste ensemble de sources recueillies notamment dans des fonds d'archives à Kiev, Moscou, Genève, Paris et New York, complété par des témoignages publiés et les travaux historiques consacrés à cette période.

Thomas Chopard croise les archives produites par les administrations et les armées avec celles des organisations juives d'entraide et des institutions humanitaires. Ces dernières permettent notamment de documenter l'expérience des personnes déplacées, les conséquences matérielles des pogroms et les conditions de vie des victimes.

Les nombreux rapports établis après les pogroms servent également à en reconstituer les différentes étapes : circulation des rumeurs, déclenchement des violences, destructions et pillages, profils des victimes ou encore violences sexuelles. L'étude combine ainsi des approches générales avec des études de cas locales et accorde une attention particulière aux relations entre les populations juives et leurs voisins.

Principaux axes de la recherche

La recherche met d'abord l'accent sur les transformations de la violence antisémite provoquées par la guerre. Dès 1914, les Juifs de l'Empire russe sont notamment soupçonnés par les autorités militaires d'être des espions ou des ennemis potentiels. En 1915, environ 700 000 Juifs sont expulsés ou déportés des zones de front vers l'intérieur de l'Empire russe.

Après 1917, la multiplication des guerres civiles s'accompagne d'une nouvelle vague de pogroms, particulièrement meurtrière en Ukraine mais également présente en Biélorussie, en Pologne et en Roumanie. Le projet s'intéresse à la participation des armées comme à celle de groupes locaux, ainsi qu'aux pillages, aux destructions et aux déplacements qu'entraînent ces violences.

Enfin, Thomas Chopard étudie les conséquences de cette décennie de conflits sur la géographie et l'organisation des communautés juives. Guerres, pogroms et politiques étatiques provoquent d'immenses mouvements de population : le projet évoque deux millions de réfugiés juifs circulant notamment entre l'Ukraine, la Biélorussie, la Pologne et la Roumanie. La période 1914-1924 apparaît ainsi comme une phase de profonde recomposition du monde juif d'Europe centrale et orientale.

Apports de la recherche

En replaçant les pogroms dans l'ensemble des bouleversements provoqués par la Première Guerre mondiale et ses prolongements, cette recherche permet d'étudier conjointement la guerre, les politiques de persécution, les déplacements forcés et les transformations de l'antisémitisme.

Elle éclaire notamment la manière dont la figure du « judéo-bolchevisme » se développe après 1917 et accompagne la politisation de l'antisémitisme dans plusieurs espaces d'Europe centrale et orientale. Plus largement, le projet montre l'intérêt d'étudier cette décennie pour comprendre à la fois la recomposition des populations après la chute des empires et les nouvelles formes prises par les violences antisémites.

Pour aller plus loin

Dans cet article publié sur Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe, Thomas Chopard revient sur les pogroms qui frappent les populations juives d’Europe orientale pendant et après la Première Guerre mondiale. Il montre notamment comment ces violences changent d’échelle avec leur militarisation et les bouleversements politiques qui suivent la révolution de 1917.

Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme

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