Comment se construit-on face au racisme et au sexisme ? | Recherche
Mise à jour le 30/09/2026
Comment des adolescentes confrontées à des assignations liées à leur genre, leur origine et leur milieu social construisent-elles leur identité ? Lucie Dupain suit des lycéennes parisiennes pour comprendre le rôle de l'école, des amitiés, de la famille et des réseaux sociaux dans ce processus.
Infos clés
Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Lucie DUPAIN
Établissement : Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
Laboratoire : Laboratoire d'études de genre et de sexualité (LEGS)
Discipline : études de genre
Présentation
À l'adolescence, l'identité se construit dans plusieurs espaces à la fois : au lycée, dans la famille, avec les amis, dans le quartier ou encore sur les réseaux sociaux. La recherche de Lucie Dupain s'intéresse à la manière dont ces différentes expériences façonnent la façon dont des adolescentes dites « racisées » se perçoivent et trouvent leur place dans la société.
La chercheuse analyse notamment l'articulation entre genre, origine et classe sociale. Elle cherche à comprendre comment les adolescentes prennent conscience des stéréotypes et des discriminations, comment elles construisent leur féminité et comment ces expériences évoluent lorsqu'elles fréquentent des milieux sociaux différents.
Méthodologie
Le projet prolonge une première enquête réalisée dans un collège du réseau d'éducation prioritaire de l'Est parisien. La recherche doctorale devait suivre plusieurs de ces adolescentes pendant leurs trois années de lycée et mettre en relation leurs expériences scolaires avec celles vécues dans leur famille, leurs groupes d'amis et l'espace urbain.
Les mouvements sociaux puis la crise sanitaire de 2020 ont cependant empêché les observations initialement prévues dans les lycées. Lucie Dupain a donc recentré son enquête sur sept adolescentes issues de milieux sociaux différents, en privilégiant leurs récits de vie, des entretiens libres et l'observation de petits groupes d'amies. Quelques entretiens ont également été réalisés à distance pendant la crise sanitaire.
Principaux enseignements
Les premiers travaux soulignent l'importance des groupes d'amies. Lucie Dupain qualifie de « cellules de confiance » ces petits groupes dans lesquels les adolescentes peuvent parler de leurs expériences, confronter les normes auxquelles elles sont soumises et élaborer ensemble des manières d'y répondre. Ces amitiés jouent ainsi un rôle dans la construction de l'estime de soi, mais aussi dans la manière de comprendre son environnement social.
La recherche met également en lumière le rôle des réseaux sociaux dans la construction et la présentation de soi. Sur Instagram notamment, les adolescentes sélectionnent et mettent en scène l'image qu'elles souhaitent donner d'elles-mêmes. Ces pratiques permettent d'expérimenter différentes manières d'exprimer sa féminité et varient selon les milieux sociaux et les groupes auxquels les jeunes filles appartiennent ou souhaitent appartenir.
L'étude montre ainsi que l'identité ne se construit pas uniquement en réaction aux discriminations. Les adolescentes développent aussi des espaces d'autonomie, font des choix, négocient différentes normes et s'appuient sur leurs relations pour construire leur propre manière d'être et d'agir.
Apports de la recherche
En suivant les adolescentes dans plusieurs dimensions de leur vie quotidienne, cette recherche permet de ne pas isoler l'expérience scolaire des autres espaces de socialisation. Une même jeune fille peut ainsi occuper des positions différentes selon qu'elle se trouve au lycée, dans son quartier, avec sa famille ou avec ses amies.
Cette approche contribue à mieux comprendre comment les rapports sociaux liés au genre, à l'origine et au milieu social se combinent concrètement dans les parcours des jeunes filles, sans réduire celles-ci aux discriminations auxquelles elles peuvent être confrontées.
Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
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