Des films spoliés sous l’Occupation : une histoire encore à reconstituer | Recherche
Mise à jour le 23/09/2026
Pendant l’Occupation, des milliers de films ont été saisis en France par les autorités allemandes. Encore peu documentée, cette histoire est au cœur des recherches de Célia de Saint Riquier, qui retrace le parcours de ces œuvres et interroge la manière dont le cinéma est progressivement devenu un patrimoine à protéger.
Infos clés
Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Célia DE SAINT RIQUIER
Établissement : École nationale des chartes
Laboratoire : Centre Jean Mabillon
Statut : thèse en cours
Discipline : histoire
Présentation
Les spoliations d’œuvres d’art pendant la Seconde Guerre mondiale ont fait l’objet de nombreux travaux. Le sort des films demeure en revanche beaucoup moins connu. Pourtant, les bobines ont elles aussi été confisquées, déplacées ou perdues pendant l’Occupation.
Face au peu de ressources disponibles sur cette histoire, Célia de Saint Riquier a entrepris d’en identifier les acteurs, les circonstances et l’ampleur. Sa recherche met également ces spoliations en regard de l’évolution du statut du cinéma, dont la reconnaissance comme patrimoine à conserver et à protéger s’est progressivement affirmée.
À la croisée de l’histoire du cinéma, de l’histoire des spoliations et de celle du patrimoine, la recherche mobilise également les méthodes de la recherche de provenance, qui consiste à retracer l’histoire et les propriétaires successifs d’une œuvre.
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Méthodologie
La recherche repose principalement sur l’étude d’archives françaises et allemandes documentant les pertes, les confiscations et les déplacements forcés de bobines de films.
Ces archives étant souvent incomplètes, la chercheuse croise de nombreux fonds et documents pour reconstituer le parcours des œuvres. Elle adapte également au cinéma les méthodes de la recherche de provenance, déjà utilisées pour retracer l’histoire d’autres biens culturels spoliés.
Premiers résultats
Cette recherche constitue une première étude de grande ampleur consacrée aux spoliations cinématographiques en France. Elle permet d’en préciser progressivement l’étendue, d’identifier certaines des victimes et de retracer le parcours de films après leur confiscation.
Les travaux menés montrent notamment le rôle central de Paris, où convergeaient des saisies réalisées sur l’ensemble du territoire français.
Surtout, les recherches ont considérablement élargi le nombre de films identifiés comme ayant été saisis pendant l’Occupation : de quelques dizaines de titres connus initialement, le corpus atteint désormais plusieurs milliers de films. Dans certains cas, l’étude des archives a même permis de retrouver la trace d’œuvres jusqu’alors considérées comme perdues.
Apports de la recherche
Ces travaux contribuent à étendre au cinéma le champ de la recherche de provenance. La nature reproductible des films — dont plusieurs copies peuvent exister — nécessite cependant d’adapter les méthodes employées pour les autres œuvres culturelles.
La recherche vise également à mieux documenter le parcours de bobines entrées dans des collections françaises ou étrangères dans des circonstances parfois mal connues, et à permettre un dialogue avec les personnes ou ayants droit concernés par les spoliations.
À terme, ces travaux pourraient contribuer à l’identification d’œuvres dont l’histoire reste à éclaircir et nourrir la réflexion sur le traitement d’éventuelles demandes de restitution.
Partenaires
Célia de Saint Riquier réalise sa thèse à l’École nationale des chartes, au sein du Centre Jean-Mabillon, sous la direction de Christophe Gauthier et Dimitri Vezyroglou.
Elle a également bénéficié pendant deux années du soutien de la bourse Jean-Baptiste Siegel de la Cinémathèque française, d’abord comme chercheuse invitée puis comme chercheuse associée.
Découvrir les publications de la chercheuse
Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
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